Vers un gel de la construction dans les localités juives de Judée-Samarie ?
On sait que depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama n’a cessé de demander avec insistance le «gel de la construction» en Judée-Samarie en considérant qu’il s’agit là d’un sujet-clé pour débloquer l’impasse diplomatique actuelle entre Israéliens et Palestiniens, pendant que le premier ministre Benyamin Nétanyahou a déployé face à cela d’immenses efforts afin de repousser les intenses
et nombreuses pressions américaines et européennes auxquelles il est soumis depuis six mois.
En fait Nétanyahou sait très bien qu’il doit prendre une décision officielle sur ce délicat dossier Etats-Unis pour la séance d’ouverture de l’Assemblée annuelle de l’ONU lors de la 3ième semaine de septembre, pour y rencontrer à la fois Obama et aussi le président de l’AP, Abou Mazen, afin de rendre possible une relance du processus de paix israélo-palestinien bloqué depuis des années…
« Nous avançons vers une reprise des négociations avec l’AP, a ainsi déclaré Nétanyahou après sa rencontre à Londres, le 26 août dernier, avec son homologue britannique Gordon Brown. Mon gouvernement a d’ailleurs pris des résolutions aussi bien verbales que dans les faits afin de débloquer la situation. (…) Et ce, afin d’entamer des négociations diplomatiques pleines et entières avec les Palestiniens dans le but de parvenir à un accord régional de paix. ».
Or il s’avère aussi qu’après son importante rencontre avec Nétanyahou à Londres, l’émissaire américain au Proche-Orient, George Mitchell – qui doit revenir dans la région à la mi-septembre – a informé les chefs des principales diplomaties européennes des derniers développements concernant le gel de la construction en Judée-Samarie. Se montrant clairement optimiste, Mitchell a indiqué à Javier Solana, le délégué aux Affaires étrangères de l’Union européenne, que « les choses avancent rapidement ».
De passage en Israël le 31 août après une visite-éclair à Damas, Solana a quant à lui déclaré : « Les conseillers de Nétanyhaou et de Mitchell ne traitent plus de sujets généraux d’ordre politique, mais seulement de leurs aspects techniques. On va donc vers un accord entre Israël et les Américains sur le gel de la construction dans
les implantations, et ce, avant même l’Assemblée générale de l’ONU de la fin septembre.»
Déclarations et intentions
souvent contradictoires…
Une révélation qui semble toutefois contradictoire avec différents éléments: d’abord avec les propos tenus le 27 août dernier à Berlin par Nétanyahou à l’issue de sa rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel quand il a déclaré qu’« il n’y a pas d’accord ni de décision sur un quelconque gel de la construction! On note certes des tentatives de combler le fossé entre les deux positions, mais toutes ces rumeurs ne sont pas fondées»; et surtout avec l’annonce faite le 3 septembre dernier par l’entourage de Bibi qu’il autoriserait sous peu la poursuite des travaux de construction pour quelque 2 500 unités de logements dans différentes localités de Judée-Samarie. Et ce, afin de renforcer la position d’Israël face aux Américains et aux Arabes dans ce difficile bras de fer, et surtout afin de pouvoir vérifier que les promesses faites par certains pays arabes de procéder à certains «gestes de normalisation» avec Jérusalem se concrétisent effectivement.
Ainsi, bien que les Saoudiens aient déjà dit qu’ils ne feraient pour leur part « aucun geste » envers l’Etat hébreu tant qu’un accord définitif de paix ne serait pas conclu, Jérusalem s’attend à une série de mesures allant dans ce sens : la réouverture d’un bureau d’intérêt économique au Maroc, le rétablissement de liens diplomatiques – même ténus – avec le Qatar et le sultanat d’Oman, des échanges culturels et éducatifs avec plusieurs pays du golfe Persique, ainsi que le droit qui serait ccordé aux avions israéliens longs courriers de survoler l’espace aérien de certains pays arabes.
De nouveaux développements
diplomatiques en perspective
Selon l’accord israélo-américain en préparation qui rendrait possible un sommet tripartite Obama-Nétanyahou-Mazen, Israël procéderait donc à un «gel provisoire et partiel» – 6 à 9 mois – de la construction dans les localités juives, pendant qu’au même moment (ou juste après) les pays arabes prendraient les mesures de normalisation précitées.
Puis, les trois responsables se rencontreraient au Palais de Verre de l’ONU à New York. Et enfin, d’ici à 2011 au plus tard, Israéliens et Palestiniens pourraient signer un accord de paix dont les principaux axes reprendront sans doute une partie des clauses du plan de la «Feuille de Route» lancée en 2003 sous Sharon et Bush.
Les Américains indiquent quant à eux que le président Obama n’a pas vraiment préparé de nouveau plan de paix, mais qu’il agira avec une certaine prudence en avançant pour l’instant des idées « différentes » par rapport à celles de la Conférence d’Annapolis. Mais il est probable qu’à terme – notamment en cas de nouveau blocage diplomatique –, le président américain lancera plus tard son propre «plan de règlement accéléré» du conflit. On sait aussi que si la prochaine rencontre du 23 septembre est positive, Obama voudrait organiser une conférence internationale de paix avant la fin 2009 qui pourrait avoir lieu à Paris, peut-être sous les auspices du Forum de l’Union pour la Méditerranée, d’autant que Nicolas Sarkozy et Hosni Moubarak lui ont déjà fait une proposition semblable.
Or malgré l’optimisme modéré qui règne à Jérusalem et Washington face à ces perspectives éventuelles de détente avec le monde arabe, l’entourage de Bibi a tenu à rappeler ces derniers jours qu’il fallait prêter attention «aux trois choses importantes» que répéte le premier ministre israélien depuis son entrée en fonctions: le fait qu’il considère la souveraineté israélienne sur tout Jérusalem «comme sans équivoque» – si bien que son gouvernement ne procédera à aucune limitation de la construction dans la capitale réunifiée d’Israël; qu’il souhaite une poursuite de la «vie normale» dans les localités juives; et enfin qu’un «équilibre» doit être justement trouvé entre la nécessité de relancer le processus politico-diplomatique et le besoin tout aussi évident d’assurer une vie normale pour les Israéliens de Judée-Samarie.