Une montée des tensions couplée à certaines «erreurs d’appréciation»
Des tensions grandissantes entre les grands pays occidentaux et l’Iran, notamment en perspective du nouveau train de sanctions économiques se voulant «paralysantes» que l’administration Obama veut initier à l’ONU avec la France et l’Allemagne grâce à la neutralité bienveillante de la Russie; le renforcement militaire actuel de la flotte et des bases américaines dans certains pays du Golfe avec des missiles anti-missiles balistiques ultraperfectionnés; un régime syrien qui redresse la tête pour servir de «plaque tournante» dans la solidification de l’axe islamique Téhéran-Damas-Beyrouth-Gaza-Ankara; une Autorité palestinienne qui, depuis des mois, refuse obstinément de reprendre les pourparlers avec Israël. Le tout, ajouté à certaines erreurs d’appréciation de l’administration Obama sur le conflit israélo-palestinien: le moins que l’on puisse dire, c’est que les tensions montent en ce début 2010 au Proche-Orient…
Continuant, grâce à ses livraisons massives d’armes transitant par l’aéroport de Damas, à soutenir directement la milice chiite du Hezbollah déployée surtout à la frontière nord d’Israël et devenue au Liban une véritable armée de quelque 40 000 soldats ultra-armés, très motivés et bien entraînés, Téhéran a en fait mis en place ces dernières années une véritable «stratégie de la tenaille» contre l’Etat hébreu: car, outre le bras armé du Hezbollah pro-iranien prêt à tout au nord d’Israël, les ayatollahs perses soutiennent aussi massivement à la frontière-sud du pays le groupe intégriste – (même s’il est sunnite) du Hamas devenu, depuis sa totale prise de contrôle de la Bande de Gaza en 2006, le véritable fer-de-lance le plus extrémiste de la « cause palestinienne » puisqu’il refuse de reconnaître l’Etat d’Israël et répète qu’il ne cessera sa «lutte armée contre l’occupant sioniste» qu’après avoir reconquis toute la Palestine, du Jourdain à la Méditerranée»…
Or, avant même que le régime intégriste chiite de Téhéran n’annonce – sans doute sous peu – sa parfaite maîtrise de l’arme atomique en devenant officiellement une «puissance nucléaire», le renforcement, qui s’est accéléré ces deux dernières années, de cette stratégie hégémonique iranienne dans tout le Moyen et le Proche-Orient a eu pour effet de saper certains équilibres géopolitiques jusque-là «rassurants» et fort bien établis…
Une guerre – pour l’instant verbale – entre Israël et la Syrie…
Après que le N°1 de la Défense israélienne, Ehoud Barak, aient déploré le 1er février que l’absence de pourparlers avec Damas puisse «déboucher sur un conflit au nord d’Israël», le président Bachar Assad a accusé le 3 février l’Etat hébreu de «pousser la région vers la guerre».
Suite à quoi Oualid Muallem, le chef de la diplomatie syrienne, a engagé Jérusalem à ne pas tester la détermination de la Syrie. D’autant que la prochaine guerre touchera les villes israéliennes. Or pour la 1ère fois depuis 1973, les Syriens ont fait un lien entre la situation au Sud-Liban et leur volonté de reprendre le plateau du Golan: leur armée, ont-ils dit, ne restera pas les bras croisés si Israël s’attaque à la milice chiite du Hezbollah déployée au Pays du Cèdre. Avigdor Lieberman, le chef de la diplomatie israélienne, a rétorqué que, après une éventuelle guerre entre les deux pays: «Assad et sa famille ne resteraient plus au pouvoir à Damas». Quant à Binyamin Nétanyahou, il devait tenter sans succès, le 7 février, de stopper cette escalade verbale en disant qu’Israël est «prêt à des négociations de paix directes avec la Syrie, mais sans préconditions».
Une « guerre des mots » qui se superpose au renforcement, courant 2009, des deux armées déployées de part et d’autre du Golan. Le tout, pendant qu’au Liban, l’Iran – qui craint que le Hezbollah ne refuse de prendre le lourd risque de pilonner l’Etat hébreu avec ses milliers de missiles en cas de conflit ouvert entre Téhéran et Jérusalem sur le nucléaire – a donné ordre à ses «pasdarans» (les Gardes révolutionnaires depuis longtemps dépêchés sur place) de prendre les commandes des batteries de missiles iraniens déployées au nord de Beyrouth et plus au sud dans la plaine de la Bekaa jouxtant de près de la frontière syrienne.
Pour tempérer tous ces «mauvais signes», certains experts régionaux plutôt optimistes ont affirmé malgré tout que ces tensions pourraient avoir été «fabriquées de toutes pièces» par la Syrie et Israël afin de justifier auprès de leur opinion publique une prochaine reprise des pourparlers de paix…
Une Syrie extrémiste, devenue la «plaque tournante» des intérêts iraniens
Alors que pressurisée au plan international depuis 2004 par l’administration Bush qui l’accusait de servir de «tête de pont» aux terroristes en tous genres frappant l’US. Army en Irak, la Syrie avait paru, il y a encore quelques mois, vouloir montrer sans cesse « patte blanche » aux Occidentaux en espérant entrer enfin entrer dans le «concert des grandes nations» pour mettre fin à l’ostracisme dont elle souffrait depuis longtemps (lui-même cause de son terrible sous-développement économique), l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche et le renforcement de l’influence iranienne dans toute la région ont fait prendre une tout autre direction au président syrien Bachar Assad…
A preuve: les visites fréquentes, ces tout derniers mois, à Damas et simultanément à Beyrouth, du ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, et du chef d’état-major de la puissante armée perse, le général Ahmad Vahidi, tous deux chaque fois entourés d’une escouade d’officiers des Gardes révolutionnaires iraniens… Un ballet pseudodiplomatique qui s’est soldé par la signature, en décembre dernier, d’un «Pacte de défense mutuelle» entre la Syrie et l’Iran, ainsi que de différents accords économiques et stratégiques avec Ankara qui ont eux-mêmes servi de «pont» pour le rapprochement en cours entre la Turquie et l’Iran.
Résultat de la constitution de cette nouvelle version élargie de «l’axe du mal» proche-oriental qu’avait défini le président George Bush, avec désormais comme «centre initiateur» le régime des ayatollahs iraniens : l’apparition d’un nouvel axe régional bien plus englobant Téhéran-Damas-Beyrouth-Gaza-Ankara !
Or la conséquence principale de l’émergence de cette nouvelle force militaro-stratégique menée par Téhéran, c’est la marginalisation en cours des deux piliers censés rester des alliés fondamentaux des Etats-Unis au Proche-Orient qui ont été jusque-là de véritables « relais » de la politique américaine dans la région: l’Arabie Saoudite et l’Egypte…
Les erreurs d’analyse de l’administration Obama
Dans l’interview qu’il a accordée le 21 janvier dernier au magazine «Times», le président américain a lui-même avoué qu’«il est tout simplement très difficile» de relancer le dialogue entre Israéliens et Palestiniens : «Mon administration a certes surestimé nos capacités à persuader les deux parties à négocier, à l’heure où leurs positions à tous les deux vont dans le sens contraire», a dû publiquement reconnaître Obama. Les deux côtés – les Israéliens comme les Palestiniens – se sont rendus à l’évidence que le climat politique actuel, la nature de leur coalition gouvernementale respective, et les profondes divisions existant au sein de leur société rendaient difficiles pour eux de s’engager à présent dans des pourparlers sur le fond….
Et de distribuer ainsi à chacun des
«points» visant dans les faits à disculper ses propres erreurs d’appréciation : «Le président de l’AP, Ma’hmoud Abbas, doit sans cesse surveiller du coin de l’œil le Hamas et tenir compte du climat prévalant aujourd’hui dans l’ensemble du monde arabe où l’on se montre très impatient de voir le processus de paix repartir. (…) Quant à Israël, il est vrai qu’après beaucoup de temps perdu, il a montré une certaine bonne volonté à modifier certains aspects de sa politique, mais je trouve qu’il lui
est encore très difficile d’aller plus loin afin de faire certains gestes significatifs ! (…)»
Au-delà de cette autocritique assez superficielle – pas de très bon augure pour Israël car la Maison Blanche risque à l’avenir de durcir encore le ton contre Jérusalem en augmentant ses pressions pour obtenir de nouvelles concessions unilatérales de la part de l’Etat hébreu – le général Giora Eyland, ex-conseiller stratégique au Conseil national de sécurité israélien,
a recensé quant à lui au moins cinq
erreurs successives commises par l’administration américaine depuis un an dans ce domaine…
1) Le fait de croire que le fossé séparant à présent les positions israéliennes de celles des Palestiniens n’est pas si énorme et qu’il serait « surmontable d’ici 2012 », comme l’a souhaité Obama lui-même. Et ce, parce qu’il ne s’agirait en l’occurrence que d’une affaire de «bonne volonté» à susciter et à encourager de la part des deux camps.
2) Le fait d’avoir donné dès le départ
de fausses illusions aux Palestiniens en accentuant les pressions sur Israël dans le but d’exiger de l’Etat hébreu un « gel de la construction » en Judée-Samarie – ce à quoi il a fini par acquiescer, sauf à Jérusalem-Est.
3) Penser que les pays arabes dit «modérés» de la région (comme l’Égypte, la Jordanie ou l’Arabie Saoudite) auraient intérêt à aider à la résolution du conflit israélo-palestinien, tout en croyant aussi que si elle survient un jour, cette résolution et donc la création d’un Etat palestinien entre le Jourdain et la Méditerranée amèneront enfin toute la région à une réelle stabilité –comme si c’était là le seul conflit en jeu dans tout l’instable Proche-Orient et comme si la naissance d’un Etat palestinien susciterait plus de calme!
4) Penser que la seule issue au conflit israélo-palestinien résiderait dans l’application de la fameuse « vision » exprimée en juin 2004 par le président George Bush : celle de «deux Etats vivant côte à côte dans la paix» – comme s’il n’existait pas d’autres solutions alternatives , sans doute moins flamboyantes mais bien plus réalistes, et comme si ce conflit plus que centenaire n’avait qu’une cause principalement «territoriale».
5) Croire qu’une solution qui serait enfin amorcée pour résoudre ce conflit – surtout sur la base de concessions avant tout israéliennes – amènerait les pays arabes «modérés» à mieux aider les Etats-Unis et les pays occidentaux à résoudre l’épineux dossier du programme nucléaire iranien en favorisant l’émergence d’une vaste alliance régionale contre les sinistres plans du régime de Téhéran… richard darmon
Notre correspondant donne une conférence sur le conflit israélo-palestinien et l’Iran le 3 mars à Genève (ma.com, 17 h 30 et 20 h).