Un «passeur d’humanité» nommé yossel

Louis Bloch, December 10, 2009
«(...) la philosophie juive d’Espagne avait un grand nombre d’adeptes en terre ashkenaze et plus particulièrement chez les juifs alsaciens(...)».

L’influence des penseurs séfarades en Alsace depuis 1945 ou 1962? Pas tout à fait. Nous sommes au début du XVIème siècle et la citation, volontairement tronquée, extraite du livre «L’Avocat des Juifs»   en souligne l’actualité. En fait les tribulations de Yossel de Rosheim dans l’Empire de Charles Quint passionnent et troublent à la fois. Freddy Raphaël et Monique Ebstein qui ont assuré la traduction du livre de Selma Stern l’ont fort bien relevé dans un chapitre annexe, «A la charnière du Moyen-Age et des Temps modernes». Passionnant de parcourir l’Europe avec l’avocat des Juifs plaidant auprès de l’Empereur et des grands de ce monde la cause de ses coreligionnaires persécutés. Passionnant de découvrir la réalité de cette société en mutation, on pense à Fustel de Coulanges et à sa «Cité antique».
Mais troublant de constater que, malgré le passage de siècles passablement obscurantistes vers une ère humaniste, l’antijudaïsme, à quelques exceptions près, persistait. Ainsi l’Eglise catholique accusait les Juifs d’être responsables de la Réforme protestante car «c’est eux qui auraient enseigné leur foi aux luthériens». Ces derniers pour autant ne furent pas spécialement judéophiles. Dans son opuscule de 1543 «Des juifs et de leurs mensonges», Luther demanda même que l’on confisque les livres de prières et les exemplaires duTalmud qu’il qualifia de «fatras de haine et de mensonge à l’égard du christianisme».
Comment ne pas songer à notre époque? Après l’antisémitisme chrétien puis raciste qui ont abouti à la Shoah, l’on espérait, après la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, la fin de la judéophobie. Moins de 10 ans plus tard nous avons dû constater, avec Berthold Brecht qu’il n’en était rien: «Il est encore fécond le ventre de la bête immonde.» Avec une différence toutefois.
L’empereur Charles Quint serait-il réincarné par Barak Obama et Yossel de Rosheim par Benjamin Nétanyahou? Ce dernier s’élèvera-t-il au niveau de l’Avocat des Juifs que Freddy Raphaël et Monique Ebstein ont ainsi défini: «Face à une culture de la haine, Yossel remplit sa vocation de Juif: il est un passeur d’humanité» ?
L’avenir nous le dira.