Un être profondément humain
L’homme. Le pédiatre, le spécialiste en médecine nucléaire, le scientifique, le professeur, l’admirable mari et père de famille, très attaché aux valeurs familiales, s’est engagé jusqu’à la fin de sa vie pour les enfants. Jusqu’à ses dernières heures encore, Alfred Donath s’est occupé de Save a Child’s Heart. Cette organisation humanitaire se consacre, à l’intérieur et à l’extérieur d’Israël, au secours d’enfants originaires de pays en développement, nés avec une malformation cardiaque mortelle, en les opérant gratuitement au centre hospitalier Edith-Wolfson à Holon. Jusqu’à la fin, ses enfants, ses petits-enfants et sa famille étaient le centre de sa vie. Le lundi soir avant son subit décès, Alfred Donath avait participé à la fête de Bar-Mitsvah de son petit-fils, au sein de sa famille et de ses amis.
Le penseur. Alfred Donath, fils de rabbin, s’est inspiré aux sources. En tant que scientifique ou penseur juif, il ne voyait pas de divergence entre les Lumières, la science et la religion, mais une condition mutuelle. Le commandement juif de «Pikuach Nefesch», la sauvegarde de la vie humaine, s’accompagne en effet de la recherche et des
sciences modernes. Alfred Donath était persuadé de l’importance des Lumières, il était profondément émancipé et évoluait à l’université, à l’hôpital ou dans les communautés juives avec une évidence qui reposait sur le fondement de son immense culture. Juste et droit, il s’investissait toujours/pour la vie. Lors du projet fédéral relatif à la recherche sur les cellules souches, le juif orthodoxe et célèbre déontologue médical Donath plaida pour un oui et le justifia du point de vue de la Halakha. Et lorsqu’il siégea, suite à Tchernobyl, à la Commission fédérale de protection contre la radiation, il exhorta à la précaution. Pour Alfred Donath, il s’agissait toujours de l’homme et avant tout de l’homme.
Le joueur. Alfred Donath n’était ni un politicien, ni un tacticien ni même un fonctionnaire. Le brillant joueur d’échecs et sportif qu’il était, se mesurait à son adversaire pour le jeu et non pas pour le combat. Il prévoyait deux coups à l’avance au jeu.
Dans la vie et dans ses fonctions, il agissait avec un regard droit et juste sur les hommes, sans stratégie ou intérêt personnel. Sa notoriété allait au-delà des frontières suisses, il mit le Congrès juif mondial à genoux ou intervint en faveur de collaborateurs. Il n’était pas la personnalité politique représentative qui se soumettait aux programmes, aux concepts ou aux commissions, mais toujours à la cause. Cela lui attira parfois critiques et conflits, lorsque, en partie à cause de certains égards erronés de sa part envers les autres, on lui reprocha, un manque de qualités en tant que dirigeant ou des prises de positions changeantes. Cependant, le fondement inébranlable des actions de Donath comprenait toujours éthique, justice et
humanité.
L’ancêtre. Peut-être Alfred Donath avait-il quelque chose de l’ancêtre Abraham d’après lequel il avait été nommé: rebelle, hospitalier, humain. Il donnait une image paternelle, parlait de manière souveraine avec esprit, humour et modestie, et toujours de manière fondée. Et, comme la tradition l’écrit, il quitta ce monde comme Juste, à la veille du jeûne du 17 tamouz. Dorénavant, nombre d’hommes célébreront ce jour de jeûne et la période de deuil de trois semaines qui suit en souvenir du temple de Jérusalem, à la mémoire de ce gardien inébranlable de ces traditions.
L’homme. Ce qu’il convient de différencier à juste titre lors de son vivant sera autre par la suite, lorsque ces différences ne seront plus à distinguer. Les conversations, les débats et les discussions durant des heures sur l’Europe, le Judaïsme, l’Ethique, la Science, la Politique et bien plus, résonnent encore. Le sourire de l’homme profondément humain nous accompagne. Alfred, Alfred ! Tu vas nous manquer.
Sur www.tachles.ch, vous trouverez dans les archives en ligne des interviews et des textes d’Alfred Donath.