Quelques raisons de l’impasse actuelle entre Israël et l’Autorité palestinienne

Richard Darmon, September 17, 2009
Alors que le gouvernement Netanyahou est en train de plancher pour arrêter ses positions diplomatiques concernant une possible reprise des discussions de paix afin de résoudre le conflit, c’est en fait le maintien, voire l’accentuation des divisions interpalestiniennes et l’irrédentisme des mouvements armés islamistes comme le Hamas qui sont à l’origine de l’impasse actuelle des pourparlers bilatéraux.
BIBI NETANYAHOU Son préliminaire est désormais connu; la suite l’est moins …

La veille de l’arrivée dans la région, le 16 avril dernier, de l’envoyé spécial américain pour le Proche-Orient, George Mitchell, les dés étaient en fait déjà jetés côté palestinien sur les chances de réussite de cette visite, la 2ème du genre pour Mitchell depuis sa nomination par le président Barack Obama fin janvier dernier.

En effet, alors que l’Egypte et l’Arabie Saoudite ont tenté de convaincre sans relâche ces deux derniers mois l’AP – qui contrôle encore la plupart des territoires de Judée-Samarie ou Cisjordanie – et le Hamas – qui est au pouvoir dans la Bande de Gaza – de former ensemble une « confédération » afin de présenter un front commun face aux Israéliens, la direction de l’AP tout comme celle du Hamas ont refusé cette proposition…
Dissimulant mal la lutte fratricide qui existe de longue date en¬tre les deux factions rivales, leur argument officiel fait mine néanmoins de justifier ainsi leur refus commun: accepter de former un tel leadership «confédéral» pour la future Palestine reviendrait, selon elles, à reconnaître de facto la partition actuelle entre Gaza et la Cisjordanie.

Or c’est bien cette division interpalestinienne à la fois idélologique et stratégique couplée au climat de guerre civile – parfois larvée, parfois ouverte – existant entre elles qui empêche les Palestiniens d’avoir un leadership doté d’une position commune et cohérente face à l’Etat hébreu : ainsi, alors que l’AP de Mahmoud Abbas se dit toujours – du moins en théorie – prête à reconnaître l’Etat d’Israël dans ses frontières d’avant juin 1967, le Hamas insiste toujours pour établir «une grande Palestine totalement libérée de l’occupation sioniste» en lieu et place de tout le territoire israélien…   

Le « caractère juif» de l’Etat d’Israël

Alors que Mitchell s’est employé, comme on s’y attendait, à répéter à Jérusalem et Ramallah que, selon l’administration Obama, toute issue à ce vieux conflit de plus de 100 ans passait nécessairement par l’urgente application de « la solution à deux Etats » – déjà promue sans succès  par G. W. Bush – prévoyant qu’Israël et la Palestine vivent  pacifiquement côte à côte»,  Binyamin Netanyahou devait faire savoir lors de sa rencontre de deux heures, le 16 avril, avec l’envoyé américain, que la reconnaissance d’Israël par les Palestiniens  comme «Etat juif» constituait pour son gouvernement  «un élément fondamental pour favoriser la reprise puis l’avancée des pourparlers».  Netanyahou a encore affirmé qu’Israël dé¬sirait ardemment avancer sur la voie d’une « paix solide » avec les Palestiniens, mais que ce processus devait nécessairement  « prendre en compte les intérêts sécuritaires vitaux du pays ». «A part les groupes islamistes extrémistes, personne – ni dans la région ni sur la scène internationale – n’a en effet intérêt à ce que le rive-Ouest du Jourdain ne se transforme elle aussi, tout  comme Gaza, en Hamastan !» devait encore préciser Bibi.
Une position confortée par celle du ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, qui a expliqué à Mitchell pourquoi les tentatives réitérées faites en direction de la paix par ses six derniers prédécesseurs à la tête de la diplomatie israélienne s’étaient soldées depuis 1993 en «une série d’échecs cuisants».  Puis Lieberman a énoncé face à Mitchell les trois «têtes de chapitre» des principes – actuellement en voie d’élaboration – du cabinet israélien, lesquels pourraient à terme déboucher sur une nouvelle initiative proposée par Jérusalem: assurer d’abord la sécurité de l’Etat hébreu notamment par l’arrêt total des tirs de roquettes sur son territoire; faire cesser le programme nucléaire iranien (ce qu’a aussi demandé avec insistance à Mitchell le président de l’Etat Shimon Peres); améliorer rapidement la situation économique dans les territoires palestiniens.
Or, comme on pouvait s’y attendre – puisque c’est bien là le nœud gordien historique de ce conflit bilatéral centenaire – les Palestiniens, Hamas et AP confondus, ont aussitôt rejeté la demande de Netanyahou de reconnaître le caractère juif d’Israël:  «Cette demande de Bibi illustre la reconnaissance implicite par le premier ministre israélien qu’il ne peut arriver à la paix », a déclaré Saëb Erekat, le chef des négociateurs de l’AP. Un refus catégorique repris en chœur par tous les porte-parole du Fatah et du Hamas.
« Ce front commun, devait répliquer un haut diplomate israélien, pose en fait de nombreuses questions sur le sérieux des Palestiniens à vouloir réellement opérer avec nous une réconciliation historique. Car la reconnaissance d’Israël comme Etat juif est un élément clé de tout processus de réconcilia¬tion.» Quant à Bibi, il devait ensuite préciser à ce propos: «Je n’ai pas dit que cette reconnaissance était une condition sine qua non pour la reprise des pourparlers avec l’AP, mais plutôt pour leurs chances de progresser et déboucher enfin sur des résultats concrets.»

Jérusalem prépare avec sérieux la prochaine visite de Netanyahou à Washington
Si l’on reste assez soulagé à Jérusalem du fait que l’administration américaine – qui elle non plus n’a pas encore achevé son cycle de « brain stormings » visant à fixer sa propre politique proche-orientale – butte aussi pour l’instant sur les sempiternelles divisions palestiniennes comme l’un des principaux obstacles à la relance du « processus de paix » et à l’exercice de nouvelles pressions sur Israël, tout le monde est conscient dans l’entourage de Netanyahou que la visite du premier ministre israélien prévue courant mai prochain aux Etats-Unis «donnera le ton» aux futures relations avec Washington.
Voilà pourquoi le Gouvernement israélien, malgré les forces assez hétéroclites qui le composent, ne cesse de travailler ces jours-ci à la mise au point d’une plate-forme et d’une ligne diplomatique cohérentes qui permettraient au moins de présenter un «front commun» face aux dirigeants américains et d’éviter tout télescopage fort dangereux avec l’administration Obama.

«Les liens entre les USA et Israël sont profonds et solides, si bien que nous pouvons et devons parvenir à une entente avec l’Amérique sur toutes les questions à l’ordre du jour», a déclaré le 19 avril Ehoud Barak, le ministre travailliste de la Défense, lors d’une des réunions de travail du cabinet en proposant «une initiative israélienne de paix basée sur le plan de la Ligue arabe pour résoudre le conflit au Proche-Orient et établir un Etat palestinien. (...) Cette formule devra inclure les demandes de sécurité exigées par Israël et son exigence d’être reconnu comme un Etat juif.»