Que la lumière des lumières ...

February 18, 2010
Editorial de Oliver Kahn

Entre ce que nous disent les rabbins sur la commémoration de la victoire des Maccabées face aux Syriens hellénisateurs du monde juif en l’an 162 avant l’ère actuelle, l’histoire du «miracle» de l’huile et le fait que les jours s’apprêtent de nouveau à rallonger, on peut aussi avoir envie de laïquement formuler le vœu de voir toutes ces lumières nous éclairer. Bien au-delà du huitième jour...

D’abord pour que ceux de nos amis musulmans et arabes qui se sont sentis blessés et bafoués par le vote dit anti-minarets sachent que, avec toutes nos différences, nous sommes proches d’eux et leur souhaitons la force de dépasser ce moment difficile avec distance et sérénité. Cela sans nécessairement approuver la démagogie de certains organisateurs de manifestations aux slogans parfois générateurs de dangereuse confusion. Par exemple, scander «Nous sommes tous musulmans» peut sembler participer d’une générosité rappelant le naïvement sympathique «Nous sommes tous des anarchistes juifs allemands» ayant fait florès en 68. Mais le faire devant certaines mosquées connues (ou plus souvent méconnues) pour être traversées par des courants pas nécessairement socialement ouverts comme le habachisme mais proches du salafisme et d’autres intégrismes aura tout de même été plus que douteux. Et le fait d’avoir osé comparer la situation des musulmans aujourd’hui en Suisse à celle des Juifs à l’époque de Kristallnacht mériterait aussi plus qu’une longue analyse (rappelant si possible au passage que l’une des premières initiatives acceptées en Suisse fut celle de 1893 interdisant l’abattage rituel.)

De la lumière, il en faudra beaucoup pour que, comme l’ont très officiellement souhaité la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) et la Plateforme des Juifs Libéraux de Suisse (PJLS), l’acceptation de l’initiative ne porte pas atteinte à la liberté de religion». Et que «les problèmes posés par la modification de la Constitution soient abordés dans un dialogue politique et interreligieux
sérieux fondé sur les valeurs et l’ordre de notre Etat de droit». A cet égard, des réactions comme celles d’un Oskar Freysiger comparant le port de la burqa à celui de la kippa, ou – il s’en est par la suite repenti – d’un Chris­tophe Darbellay appelant à la fin des exceptions reli­gieuses dans les cimetières, laissent augurer du pain que nos associations comme la CICAD ou le CJE ont sur la planche.

Clarté ? En souhaitant qu’elle oriente aussi les pas et la pensée des princes qui nous gouvernent à l’échelon de la planète, on pense évidemment d’abord à Barack Obama de qui étaient attendus peut-être pas des changements géopolitiques et stratégiques surnaturels mais en tout cas autre chose que la cafouilleuse prestation signée Hillary Clinton lors de son passage à Jérusalem et de sa rencontre avec Nétanyahou. Dont on se demande, comment il va se sortir des contradictions dans lesquelles il se meut avec sa coalition gouvernementale élargie mais demeurant plus que fragile. Ou pendant combien de temps il va pouvoir continuer à slalomer entre les nouvelles annexions-constructions, notamment à Jérusalem, et leur gel provisoire ailleurs. Quelles que soient les réalités liées à la nouvelle donne turque, au réarmement hezbollesque, à la menace iranienne et aux perspectives de 3ème intifada à l’horizon des élections de l’AP encore agendées au 24 janvier, il n’est plus possible d’ignorer la détresse de l’ensemble du peuple palesti­nien. Et même si ses «partenaires» potentiels sont souvent très loin d’être aussi blancs que certains le croient ou feignent de le croire, il est désormais impossible de ne pas s’interroger sur la réelle volonté du Gouvernement israélien d’entrer en pourparlers et entreprendre des négociations. Après ­Gaza, c’est en substance le message que lui adressent des organisations de genres parfois très différents.

Symboliques leurs actions? Peut-être. Mais, tout en tenant compte des «contingences de la réalité» c’est peut-être d’elles que continuera la lumière. Pour autant qu’il y ait encore de l’huile dans le chandelier... ●