Quand la spiritualité va... (presque) tout va!

Propos recueillis par Olivier Kahn , September 6, 2010
Entre l’installation de son nouveau rabbin et la proche célébration des 100 ans de sa «syna», la communauté vaudoise vit de riches heures. Dont le rayonnement ne sera pas que commémoratif, espère le Antoine David.
LE PRESIDENT ANTOINE DAVID «Par dessus tout, un geste de transmission »

S’étant de nouveau officiellement dotée d’un guide spirituel (lire en page 19), et juste avant de célébrer  le centenaire de sa synagogue (voir l’encadré ci-contre), la Communauté israélite de Lausanne et du Canton de Vaud  semble aller de fête en fête. Manifestement heureux, après les problèmes  vécus il y a quelques  années,  de voir l’énergie communautaire  (600 foyers membres représentant quelque 1500 personnes)  converger vers des projets constructifs,  Antoine David (qui n’envisage pas  un deuxième mandat présidentiel) évoque d’abord le changement de climat .

Antoine David: Avec le comité, qui a vraiment pratiqué et cultivé un remarquable esprit de consensus, nous avons beaucoup «bossé». Sur le plan organisationnel, nous avons mis en place de nouveaux outils et, même s’il reste bien évidemment beaucoup  de choses  à faire, grâce aussi à la volonté de la très grande majorité des membres, le climat communautaire est redevenu nettement plus favorable.


revue juive: Comment est accueilli le rabbin Lionel Elkaim?
Notre rabbin a été intronisé au terme d’une procédure parfaitement régulière et, si l’on sait à quel point la recherche d’un rabbin peut être délicate, le temps écoulé depuis le départ du rabbin Nacache en octobre 2008 n’a rien d’extravagant. Etre rabbin de yeshiva est une chose, être rabbin d’une communauté en est une autre. Nous sommes convaincus d’avoir choisi en la personne du rabbin Lionel Elkaim l’homme de terrain et d’écoute que nous recherchions. Il sait apporter l’aide, le conseil ou l’apaisement sans perdre de vue sa ligne de direction et n’y déroge pas tout en sachant dire les choses d’une manière non cassante. Il faut dire qu’il a eu des maîtres magnifiques. En  tout cas, tout le monde semble content, même lui qui – tout au moins au départ – était quelque peu réticent.  Il faut aussi ajouter qu’il n’arrive pas seul et que  «le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre ».


Et le poste de hazan?
Alain Blum a accepté d’exercer la tache de ministre officiant jusqu’à la fin de l’année civile et nous continuons nos recherches. Mais, trouver le hazan «ad hoc» relève de la même difficulté que lorsqu’il s’agit  de choisir un rabbin. Bien que nous ayons reçu de très bons candidats, la suite est plus difficile à dire et les choses restent ouvertes.


Les  affaires dites «courantes», semblent aller au mieux mais est-il vrai que le fait de demander aux fidèles non membres de payer leur place au culte soit envisagé ?
L’assainissement financier est en bonne  voie même si tous les problèmes ne sont évidemment pas résolus, notamment en termes de coût de certaines prestations comme celles du centre communautaire. Et, effectivement, il a été envisagé de demander aux non-membres venant régulièrement aux cultes de participer aussi à certaines charges, comme cela se fait dans de nombreuses communautés, notamment en Amérique. Mais pour le moment, rien n’est décidé.


Ce centenaire qui  cristallise une bonne partie de l’énergie communautaire s’est aussi  traduit par de grands travaux travaux de réfection dans la synagogue?
A.D.-- Les 12 membres du Comité d’organisation du centenaire que préside Elie Elkaim  représentent vraiment les différents courants de la communauté et ont accompli un travail remarquable.  Parallèlement à la partie officielle, qui sera étoffée par les  discours du conseiller d’Etat Philippe Leuba, du syndic Daniel Brélaz et du grand rabbin de France Gilles Bernheim avec – naturellement –  ceux du rabbin et du président de la CILV, ainsi que par la présence des anciens rabbins Sadia Morali et  Alain David Nacache, c’est la dimension de «transmission» de ces fêtes qui nous a semblé la plus importante. D’où l’accent mis par le comité sur les conférences, expositions, concerts, voire certains offices religieux ouverts à tous. 
Parallèlement à ce programme de célébrations, déjà très dense, nous avons aussi entrepris de refaire l’extérieur des façades et un traitement de la pierre de la grande synagogue qui va ainsi retrouver tout son éclat tout en gardant l’esprit et la beauté liés à son âge. Quant à la «petite», située juste en dessous, nous en refaisons tout l’intérieur, en accord avec  le responsable cantonal du patrimoine qui s’est montré enthousiaste.


Personnellement, que ressentez-vous  à la veille de cette date charnière pour votre communauté?
J’ai, évidemment, une pensée particulière pour la personne de Daniel Ifla, dit Osiris, le mécène juif, français et nationaliste dont la devise était «Dieu, Patrie, Liberté». C’est grâce à lui qu’existent notre synagogue et  le monument ainsi que la chapelle dédiés  à Guillaume Tell à Montbenon.  Mais je pense bien entendu aussi à tous ceux qui nous ont précédés: les présidents, les rabbins, les hazanim de la communauté dont  je rappellerai d’ailleurs officiellement les noms; ainsi qu’à tous ceux qui ont fait et  permis que nous formions une commu­nauté vivante,  de taille plutôt moyenne et, au fond, de type très familial. En Israël, un musée expose les maquettes de centaines de synagogues  disparues  dans la Shoah. Alors, lorsque  je regarde la nôtre, j’ai envie de dire combien  je la trouve belle et, aussi à tous nos amis de l’extérieur, combien je suis conscient de notre  chance d’être dans ce pays. En 1910, la communauté juive de Lausanne comptait 150 familles; aujourd’hui la communauté vaudoise en représente 600. J’aimerais enfin que, en rayonnant au-delà de ces fêtes, ce 100ème anniversaire encourage et  incite les membres à mieux s’investir pour leur communauté. Afin que dans 100 ans, d’autres puissent aussi ajouter leur pierre à l’édifice. Un anniversaire fait regarder vers le passé mais c’est au présent qu’on le fête et ce présent  regarde déjà vers le futur.

A Lire : «Histoire de la Communauté israélite de Lausanne, 1848-2002»,  d’Anne Weill-Lévy (voir en page 21) «Osiris et Guillaume Tell. La synagogue de Lausanne et son mécène», par Dominique Jarrassé,  Ed. Esthétiques du divers.