Négociations sur la paix ou non l’opinion refuse toute partition

Richard Darmon, December 3, 2010
En voulant rediviser Jérusalem, la communauté internationale persiste à s’opposer au «consensus israélien» datant de 1948.
ITZHAK RABIN, BILL CLINTON ET YASSER ARAFAT Malgré l’énorme avancée du 13 septembre 1993 la fameuse poignée de main laissait bien des problèmes dans l’ombre. Depuis…

A l’heure où les pourparlers israélo-palestiniens semblent être toujours dans l’impasse, l’insistance de l’administration Obama et de l’Union européenne pour imposer une nouvelle partition de la ville, voire son internationalisation, se heurte au large consensus populaire existant dans le pays depuis 1949, 1967, 1980 et jusqu’à aujourd’hui sur l’indivisibilité de la capitale d’Israël. Mais quoi qu’il advienne, et même si l’on devait se remettre à discuter sérieusement d’un accord global pour résoudre ce conflit plus que séculaire, le futur statut de Jérusalem sera l’un des dos­siers les plus délicats à traiter.
On se souvient que les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE)  avaient adopté en décembre 2009 le texte d’une résolution proposée par la Suède ne reconnaissant  aucun changement dans les frontières de 1967» et mentionnant que l’Etat palestinien serait composé de «la Cisjordanie et de Gaza avec comme capitale Jérusalem-Est». En fait, pas une semaine ne passe depuis sans que des représentants de l’administration Obama ou des délégués de l’UE en visite en Israël ne mentionnent la nécessité, selon eux «incontournable», que l’Etat hébreu accepte un compromis  sur Jérusalem en laissant sa partie Est devenir la capitale de l’Etat palestinien, pendant que les lieux saints de la Vieille-Ville seraient «internationalisés» de différentes manières… 
C’est d’ailleurs ce qu’avait suggéré l’ex-premier ministre Ehoud Olmert dans un article de presse paru fin septembre dernier et intitulé «Les termes d’un accord», dans lequel il avait repris en détail les propositions qu’il avait lui-même faites au président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbbas, lors de leurs derniers entretiens de 2008 – peu avant l’arrivée au pouvoir de Nétanyahou – en suggérant la partition de Jérusalem, censée devenir ainsi la double capitale de deux Etats séparés.
Inspirée par les vues partitionnistes de la communauté internationale, cette position d’Olmert tranche de manière très contrastée avec le consensus israélien, passé et actuel, sur l’unité de Jérusalem.
L’Etat hébreu a de tout temps écarté un statut international» pour Jérusalem
On sait que la résolution 181 de l’ONU du 29 novembre 1947 instituant le «Plan de partage» de la Palestine, alors placée sous mandat britannique, entre un Etat juif et un Etat arabe avait recommandé – sans nulle force obligatoire, d’autant que les pays arabes l’ont totalement rejetée – que Jérusalem soit placée «sous le contrôle de l’ONU avec un “corpus separatum” [un statut distinct]». Mais ensuite, l’ONU s’est bien gardée d’appliquer ce «statut spécial», et ce, sans du tout intervenir quand les Jordaniens y ont sans cesse profané pendant 20 ans (de 1947 à 1967) les synagogues et les cimetières juifs.
On se souvient aussi que dans un discours resté célèbre prononcé le 5 décembre 1949, David Ben Gourion avait écarté sans hésitation toute perspective d’inter­nationa­lisation de Jérusalem en relevant que l’ONU n’avait pas levé le moindre «petit doigt» lorsque
la coalition des armées arabes était entrée au début 1948 dans la ville pour y détruire le quartier juif – ce que la levée du siège de la cité par l’armée israélienne à peine fondée a heureusement  permis d’éviter… Or huit jours après, Ben Gourion annonce le transfert de la Knesset et du siège du gouvernement justement à Jérusalem, en précisant qu’Israël ne saurait reconnaî­tre «aucune autorité morale» à la résoluton 181.
Plus tard en 1980 – dans le sillage des événements intervenus lors de la guerre des Six-Jours en juin 1967 –, la Knesset adopte une Loi fondamentale intitulée «Jérusalem, capitale d’Israël» déclarant que la «ville pleine et réunifiée est la capitale indivisible de l’Etat d’Israël» et décrétant que toutes les institutions centrales du pays y auront désormais leur siège définitif.
Le 28 mai 1995, presque deux ans après la signature des Accords d’Oslo avec l’AP de Yasser Arafat, Itzhak Rabin devait déclarer à ce propos: «En 1980, la Knesset a adopté la Loi de Jérusalem. Or tous les gouvernements de notre pays, y compris le ­mien, ont toujours affirmé que ce qui a été accompli en 1967 sur le terrain  a ensuite été reconnu en 1980 par cette Loi fondamentale, faisant ainsi de Jérusalem une ­cité unifiée sous souveraineté exclusive d’Israël en tant que capitale de l’Etat hébreu et cœur du peuple juif: des faits qui demeureront pour l’éternité!»

L’ONU a sans cesse été incapable de régler la question de Jérusalem

Ainsi que le fait remarquer l’ex-délégué d’Israël à l’ONU, Dore Gold, qui préside aujourd’hui le Centre des Affaires pu­bliques et de l’Etat installé à Jérusalem, «en analysant les enjeux des six dernières décennies, on peut affirmer que la proposition de l’ONU sur l’internationalisation  de Jérusalem a complètement échoué. Pourtant, il semble que cette proposition soit à nouveau à l’ordre du jour avec les  dernières déclarations de l’ex-premier ministre Olmert qui a évoqué “le constant aspect international du bassin sacré de la Vieille-Ville incluant le mont du Temple et le Mur occidental”.»
Pour Gold, qui est aussi un expert renommé en droit international, cette apparente position de faiblesse accusée aujourd’hui par Israël concernant ses droits, en comparaison  avec les discours officiels pourtant fermes de 1949, 1980 et 1995,  n’est pas justifiée: «En effet, la majorité juive à Jérusalem remonte à 1863 , et d’après la plupart des experts en droit international, la Jordanie a bel et bien envahi Jérusalem en 1948, tandis qu’Israël n’a fait en 1967 qu’occuper des territoires lors d’une guerre défensive et justifiée pour sa survie.»
Le consensus national israélien opposé à toute division de la capitale !
Du côté de l’opinion elle-même, on se doit de relever que même au plus fort des «années Oslo» et des illusions de l’époque qui furent celles de nombreux Israéliens sur la possibilité d’«échanger des territoires contre la paix», une majorité plus ou moins forte  de citoyens s’est toujours opposée à la partition de la capitale réunifiée de l’Etat hébreu, même dans le cadre d’un traité global de paix mettant fin au conflit avec les Palestiniens et le monde arabe.
Une tendance qui s’est bien sûr accentuée après l’échec du sommet de Camp David en juillet 2000, provoqué par un Arafat qui avait alors préféré refuser les importantes concessions d’Ehoud Barak (entre autres sur une «souveraineté verticale» partagée entre Israël et l’AP dans différentes zones de la Vieille-Ville), tout simplement parce qu’il avait déjà planifié le début des hostilités de l’Intifada armée dès la fin du mois de septembre suivant en s’inspirant de la «victoire» du Hezbollah sur Tsahal qui s’était retirée en une nuit de la zone de sécurité du Sud-Liban sur ordre de Barak…
Or depuis, malgré les nouvelles illusions que tentent encore de semer certains faiseurs d’opinion très partisans sur  «une relance inévitable du processus de paix» avec l’AP, tous les sondages réalisés depuis un an font état de 73 % à 79 % d’opinions défavorables à toute partition de Jérusalem.