N’opposons plus les institutions juives dont la CIG doit demeurer le pivot
revue juive: Vous exercez la présidence de la CIG depuis deux ans, mais vous répercuterez cette charge à un successeur ce printemps. Quelles en sont les raisons ?
ron aufsesser: En réalité j’ai été élu pour la première fois à la présidence de la CIG il y a déjà quatre ans et réélu il y a deux ans. Nos statuts prévoient un maximum de deux mandats de deux ans et j’ai donc atteint cette limite statutaire. J’ai eu beaucoup de satisfactions pendant ces quatre ans mais il est très sain de devoir passer la main à quelqu’un d’autre. Quatre années représentent une période suffisamment longue pour pouvoir mener à bien des projets qui nous tiennent à cœur mais pas trop longue pour ne pas lasser les autres et soi-même.
La CIG a évolué considérablement dans les dernières années. Le nouveau centre communautaire ma.com, mais aussi le conflit avec Hekhal Haness ont apporté de forts changements dans la vie communautaire. Comment jugez-vous la communauté aujourd’hui ?
Le nouveau centre communautaire ma.com a certainement donné un souffle nouveau à notre communauté. Même si au début certains de nos membres ont exprimé des regrets à l’idée de quitter « les vieilles pierres » de la rue Saint-Léger, la plupart de nos membres s’accordent aujourd’hui pour penser que ma.com est le lieu le plus adéquat pour développer nos activités même si des améliorations continuelles sont nécessaires. Preuve en est le fait que nos nouveaux locaux se révèlent déjà trop exigus et que nous avons entamé des réflexions pour agrandir nos surfaces.
Une des caractéristiques de notre communauté, qui en fait également sa richesse, est la diversité de nos membres. Cette diversité génère des attentes et des demandes très variées que nous nous efforçons de satisfaire dans la mesure de nos moyens.
Il est cependant tout à fait normal et compréhensible que la CIG ne puisse pas satisfaire à tout moment tous les besoins de ses membres et que par conséquent nos membres profitent à certaines occasions des services offerts par d’autres associations qui correspondent plus précisément à ce qu’ils recherchent sans aucune exclusive.
Que faut-il dire en plus?
Comme je me plais à le répéter souvent, il faut cesser d’opposer les différentes institutions juives les unes aux autres. Il faut savoir faire preuve d’ouverture et dépasser les « crispations » qui ont pu exister à cet égard.
Beaucoup de nos membres prient tantôt à Hekhal Haness, tantôt à la synagogue de l’avenue Dumas ou à Bet Yaakov, assistent parfois à des offices ou des fêtes organisées par le Bet Habad ou à des conférences organisées par la CIG, la CILG ou d’autres associations, sans que cela ne constitue en quoi que ce soit une défiance à l’égard de la CIG.
Chacune de nos communautés ou associations a ses spécificités propres qu’il importe de respecter, mais cela ne signifie en aucune façon qu’elles ne peuvent pas coexister et coopérer harmonieusement dans certains domaines.
Nous collaborons d’ailleurs au quotidien dans de nombreux domaines avec toutes les associations ou communautés juives de Genève (service social, sécurité,
CICAD, etc.) sans que cela ne pose de problèmes particuliers. A cet égard les célébrations tenues ces dernières années à l’occasion de Yom Haatzmaout ou Yom Hachoa et qui ont accueilli plusieurs milliers de Juifs de tous horizons en sont la preuve la plus éclatante.
Il faut simplement faire en sorte que la CIG reste l’élément pivot et rassembleur de la vie juive genevoise.
Au vu du nombre de sollicitations dont nous faisons l’objet à la fois des milieux juifs et non juifs, je puis vous assurer que la CIG est bien l’institution juive de référence à Genève et que nous sommes déterminés à ce que cela continue ainsi.
Bien que la CIG soit une des trois grandes communautés juives, ses recettes fiscales sont essentiellement inférieures à celles de Bâle ou Zurich. Pourrez-vous, un jour, adapter votre système fiscal ?
Le canton de Genève ne connaît pas un système de «transparence fiscale» comparable à celui de Bâle ou Zurich. La CIG ne peut donc pas obtenir du fisc des informations concernant les revenus de ses membres.
Notre système de cotisations basé sur une échelle de revenus repose donc nécessairement sur la confiance et sur la sincérité des déclarations de nos membres. La fixation du niveau de la cotisation initiale ou un éventuel reclassement ultérieur fait l’objet d’une discussion entre le membre du comité chargé de ce dossier et la personne concernée.
Pour que le système fonctionne nous devons faire appel au sens de l’équité et de la solidarité de chacun de nos futurs et actuels membres.
Nous travaillons cependant continuellement à essayer de rendre le système de perception des cotisations le plus équitable possible.
Dans quelle mesure la CIG peut-elle encore toucher les membres sépharades ?
Je dois avouer que je ne comprends pas le sens de votre question. La CIG compte environ deux tiers de membres d’origine sépharade qui sont parfaitement intégrés dans notre communauté. Notre comité compte 5 membres d’origine sépharade et 3 membres d’origine ashkénaze et je puis vous assurer que nous veillons tous au bien commun de la communauté, sans tenir compte des provenances géographiques de nos ancêtres !
La Grande Synagogue au centre de Genève est un vrai fleuron, alors que pratiquement aucun Miniyan ne peut y être tenu. Que pensez-vous faire avec la synagogue ?
Comme vous le savez nous avons célébré l’année passée les 150 ans de la synagogue Bet Yaakov et avons à cette occasion également inauguré une magnifique salle au sous-sol dédiée à la mémoire du Grand Rabbin Alexandre Safran zl.
Cette salle, qui fait également office de Soukka, a déjà accueilli de nombreuses réceptions, repas, fêtes familiales et communautaires ainsi que des conférences et des projections de films.
Cette salle contient également des vitrines rassemblant des objets cultuels que nous exposons pour les nombreux visiteurs (écoles, paroisses, etc.) qui visitent la synagogue tout au long de l’année.
Nous entendons d’ailleurs continuer à développer ce genre d’activités et encourager tous les Juifs de Genève à venir célébrer leurs fêtes familiales dans cette splendide synagogue, berceau historique de notre communauté, qui est maintenant parfaitement équipée à cet effet.
Il est malheureusement vrai que, comme tant d’autres synagogues en Europe, nous avons des difficultés pour assurer le minyan quotidien et ne connaissons pas toujours la fréquentation que nous pourrions souhaiter les chabbatot et jours de fêtes, à part bien entendu pendant les Grandes Fêtes où nous prions à «guichets fermés».
Pour améliorer cette situation peu satisfaisante, nous venons de créer une commission synagogale, chargée de faire des propositions concrètes pour «dynamiser» la synagogue Bet Yaakov et en améliorer la fréquentation régulière. Ce n’est certes pas une tâche aisée, mais nous comptons beaucoup sur cette commission pour essayer d’y parvenir.
L’établissement de sa propre école a encore renforcé l’organisation du Habad à Genève un peu plus. Comment décririez-vous sa coopération avec la CIG ?
Je ne sais pas si l’école Habad à renforcé son organisation ou non, mais la CIG a quant à elle décidé de collaborer dans la mesure du possible avec l’école Girsa qui a été reprise récemment par l’Alliance Israélite Universelle et dont l’orientation scolaire et religieuse correspond tout à fait aux valeurs préconisées par la CIG.
Comme je vous l’ai dit avant, nous sommes parfaitement capables de nous développer harmonieusement côte à côte malgré (ou grâce à) nos spécificités propres, tout en coopérant dans les domaines que j’évoquais quand cela se révèle possible et utile que ce soit avec le Bet Habad ou toute autre association.
C’est d’ailleurs ce à quoi j’ai essayé de contribuer au cours de ma présidence.
Habad, le nouveau centre communautaire des Libéraux et nombre d’autres choses démontrent le développement devenant toujours plus multiple de la société juive genevoise. Beaucoup de projets et d’organisations toutefois dépendent de donations. Comment cela a-t-il influencé la situation financière des communautés juives à Genève dans les derniers mois ?
Ce développement de la vie juive genevoise est tout à fait naturel et doit être salué. Cela dénote le dynamisme des Juifs de Genève et leur attachement aux valeurs juives.
Vu la diversité de la population juive habitant notre canton (env. 5000 personnes), l’existence d’une communauté unique qui répond en tout temps à tous les besoins des Juifs de Genève n’est tout simplement plus une option réaliste aujourd’hui.
Cette situation n’est d’ailleurs pas spécifique à Genève et on assiste à un développement similaire dans la plupart des communautés juives dans le monde.
Il est vrai que nos membres sont très souvent sollicités par des organismes de toute sorte. Il en résulte en effet parfois une dilution de la «manne financière» qui est forcément limitée et la création de projets similaires qu’on aurait parfois pu regrouper de manière plus efficace.
C’est probablement le prix à payer pour la diversité dont je parlais tout à l’heure.
En ce qui concerne la CIG, cela nous oblige à nous fixer comme objectif de couvrir nos «dépenses courantes» par des revenus réguliers, telles les cotisations, les dons réguliers et maintenant les revenus locatifs de notre ancien centre communautaire de la rue Saint-Léger et de ne solliciter des donations importantes que pour des projets « extraordinaires ».
Pour l’instant, nous avons heureusement toujours pu compter sur la générosité de nos donateurs pour nous soutenir en cas de nécessité.
En Romandie, la FSCI n’est guère connue. En parlant à des membres des communautés à Genève, on trouve que pratiquement personne ne s’y intéresse. Mais cette année, l’Assemblée des délégués de la FSCI se tiendra néanmoins à Genève. Comment jugeriez-vous la position de la FSCI ?
Il est vrai que la FSCI ne bénéficie pas du même attachement historique et « émotionnel » parmi les membres de la communauté juive genevoise, qu’en Suisse alémanique.
Cela étant, tout le monde, y compris à Genève, reconnaît l’importance d’avoir une représentation centrale pour défendre les intérêts communs des communautés juives suisses au plan fédéral. Dans ce domaine la FSCI remplit très bien son rôle, même si un allègement à moyen terme de ses structures me semblerait à titre personnel souhaitable.
La CIG se réjouit bien sûr d’accueillir à nouveau à Genève après 10 ans tous les délégués à l’assemblée générale de la FSCI. Ca sera pour nous l’occasion de mettre en valeur la diversité de notre communauté, à l’image de la cité internationale dans laquelle nous avons le bonheur de vivre.