Le Billet bleu
Quand on n’a plus d’avenir, il vous reste les souvenirs. Cette phrase cueillie dans un moment de déprime me ramène aux temps sombres de la Deuxième Guerre mondiale. Mon renvoi du collège parce que je ne portais pas «l’étoile jaune», notre fuite en «zone libre» pour échapper aux Allemands venus nous arrêter, et combien d’autres traumatismes que j’ai subis ainsi que la plupart de mes coreligionnaires. Ces années d’angoisse prirent fin avec la victoire des Alliés sur les nazis, la joie succéda à la peine, un immense espoir nous souleva: la liberté, la justice, la démocratie enfin retrouvées. Qu’en est-il aujourd’hui? L’islam intégriste s’installe en Europe et gagne le Nouveau Monde, l’Etat d’Israël dans bon nombre de médias et de consciences est devenu le «Juif» des nations avec l’hostilité qu’une telle ambiguïté génère. L’antisémitisme se mue en antisionisme. Bien sûr des «Justes des Nations» issus de tous les milieux, «ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas» se distinguent de la meute et souvent jugulent la haine raciale. Dans certains pays, comme la France, le législateur a œuvré dans ce sens. Paradoxalement cette situation a entraîné un regain des études juives, un ancrage de l’Etat d’Israël, Etat des Juifs, parmi les nations du monde. Le désespoir n’est plus de mise. A nos souvenirs se mêlent les promesses d’un avenir.
«Destiny waits in the hand of God,
shaping the still unshapen»
(T.S. Eliot)
Traduction:
Le destin attend dans la main de Dieu
formant ce qui encore est informe.
Par Louis Bloch