La Libye, le Bahreïn et le Yémen...
Démarrée en Tunisie puis en Egypte, cette spectaculaire flambée de soulèvements populaires contre les pouvoirs souvent despotiques et dictatoriaux en même les régimes les plus « durs » comme celui de Khadafi en Libye – semblent pouvoir être aussi touchés. Un processus en pleine évolution qui a déjà modifié certaines données géostratégiques régionales et amplement confirmé la volonté hégémonique de l’Iran des mollahs…
1- Des révoltes a priori fort justifiées
Il est rassérénant – pour des observateurs juifs et démocrates – de voir des peuples dé
«démunis» se soulever massivement contre les pouvoirs autocratiques hypercorrompus et/ou caricaturalement autoritaires et répressifs qui les ont si longtemps maintenus dans une terrible pauvreté, la maladie, la surnatalité et l’analphabétisme… Comme c’est le cas notamment en Egypte, véritable
Inde du Proche-Orient, où plus de 40 % des habitants d’une population de 82 millions d’âmes – qui s’accroît tous les huit mois d’un million de bébés supplémentaires – ne vivent qu’avec un revenu de 2 dollars par jour, où l’on compte plus de 20 % de chômeurs, 15 % de gens atteints de maladies endémiques ou chroniques , et plus de 60 % d’analphabètes.
2- La question palestinienne n’est plus prioritaire
L’un des aspects les plus significatifs de ce processus de soulèvements régionaux à effets de dominos, c’est qu’ils n’ont rien à voir, les uns comme les autres, avec le «problème palestinien», assez peu évoqué jusque-là dans les rassemblements d’opposants. Devenue une litanie ânonnée depuis 1948 par tous les leaders arabes et les dirigeants occidentaux qui continuaient à leur faire la cour, cet alibi facile et systématique de la « langue de bois » du nationalisme arabe traditionnel qui justifiait l’absence de démocratie et les multiples oppressions intérieures subies dans ces différents pays musulmans a sans cesse fait d’Israël le « bouc émissaire » régional de tous les maux du Proche-Orient. Ce qu’a encore voulu démontrer ces derniers jours Amr Moussa, le président (égyptien) de la Ligue arabe, qui est l’un des candidats potentiels à la succession d’Hosni Moubarak après que l’armée aura organisé des élections générales et, en principe, cédé de nouveau le pouvoir aux civils…
Conséquence : le dossier palestinien, qui était déjà dans la plus profonde impasse avant cette flambée régionale, n’est pas prêt d’être réglé – surtout à l’heure où c’est le Hamas qui sort renforcé, face à l’AP d’Abou Mazen, de la chute de Moubarak. Et ce, quelles que soient les pressions que voudra encore exercer pendant l’année qui vient l’administration Obama.
3- De plus en plus d’incertitudes sur les plans sécuritaire et diplomatique
Leader du monde arabe depuis l’époque de Nasser et toujours restée le pays le plus peuplé de la région, l’Egypte et à sa suite plusieurs pays du Maghreb ainsi que du Proche et du Moyen-Orient sont donc entrés dans une phase de hautes incertitudes: leurs peuples sont-ils désormais assez forts, mûrs au plan sociologique et motivés au niveau idéologique et politique pour y imposer des régimes réellement démocratiques ou en tout cas plus libéraux ? Ou bien, une fois passée l’euphorie compréhensible de tous ces moments de révolte, des forces mieux organisées au discours démagogique ou fondamentaliste – comme les Frères musulmans égyptiens, ou même une junte de « jeunes officiers » de l’armée – vont-elles récupérer la situation après avoir su habilement surfer sur l’immense vague des protestations ?
Autrement dit: partis de Tunisie et surtout d’Egypte, les soulèvements de 2011 vont-ils déboucher sur des changements positifs pour les peuples en question, ou bien assistera-t-on à une triste répétition du scénario de 1979 en Iran qui avait aussi commencé par un immense soulèvement populaire… débouchant sur les affres répressifs de la République islamique ?
4- La faillite scandaleuse de l’administration Obama
Les événements survenus en janvier et février derniers auront consacré la faillite totale dans toute la région de l’équipe Clinton-Obama installée à la Maison-Blanche depuis deux ans, eu égard à la fois aux intérêts bien compris des Etats-Unis, et plus largement à ceux des pays occidentaux comme d’Israël : non content de poignarder dans le dos son « allié de toujours » en demandant à Hosni Moubarak, dès les premiers jours d’émeutes massives, de « partir dès que possible » – même s’il en est soudain revenu en souhaitant « une phase de transition aménagée » – Barak Hussein Obama a montré encore une fois qu’il réagissait plus par impulsion et improvisation qu’en fonction d’une vision stratégique mûrement réfléchie.
A n’en pas douter, une telle leçon de « fidélité » de l’allié américain a de quoi faire réfléchir ses amis dits jusque-là « modérés » d’Arabie saoudite, de Jordanie, du Yémen, du Bahreïn et des autres Etats du Golfe qui tremblent depuis longtemps déjà face à
la perspective – en cours de réalisation – que l’Iran des mollahs ne nucléarise… D’ailleurs, malgré la dure répression exercée à Téhéran et dans d’autres villes iraniennes par les Gardes révolutionnaires contre les manifestants de l’opposition à ce régime islamiste intégriste, Obama n’a guère demandé à Ahmadinedjad de quitter « immédiatement » le pouvoir !
5- L’Iran ne cesse de marquer des points
Du Liban, tranquillement et sans coup férir tombé à la mi-janvier dernier dans le camp de l’axe Téhéran-Damas-Ankara-Hezbollah-Hamas à l’occasion de l’implacable «coup d’Etat feutré» réalisé par la milice chiite contre le cabinet de l’ex-premier ministre Rafik Harari remplacé par Najib Mikati, un pro-iranien patenté, sans que les USA ou l’Europe ne lèvent le moindre petit doigt … au Bahreïn, au Yémen et aux régions sud-ouest de l’Arabie saoudite, où ce sont des agents des services secrets iraniens et des officiers du Hezbollah qui ont ouvertement entraîné et organisé depuis des mois les populations chiites locales et les groupes intégristes à se soulever contre des gouvernements sunnites assez pro-occidentaux, les tentacules longtemps mises en place par Téhéran sont en train de surfer sur les soulèvements actuels en jouant partout la carte de l’opposition « populaire » chiite contre les pouvoirs despotiques ou monarchiques sunnites. Une évidence qui semble échapper encore à Washington qui laisse faire, en critiquant vertement les pouvoirs sunnites !
Dernier avatar en forme de test et de provocation montrant que les Iraniens se sentent bel et bien désormais avec le vent en poupe: l’envoi par Téhéran, pour la première fois depuis 32 ans, de deux navires de guerre en Méditerranée pour transiter par le canal du Suez – aux mains d’un pouvoir égyptien devenu incertain – censés approvisionner le Hezbollah en nouveaux missiles et roquettes…
6- Un processus général «bon pour Israël» ?
Pas à court et moyen termes, notamment avec au nord un Liban déjà « hezbollisé » et placé sous la coupe de Téhéran et de Damas. Avec au sud un Hamas regonflé et confirmé dans son intransigeance fondamentaliste campant sur la frontière de Gaza et sur la péninsule du Sinaï, désormais toutes deux entièrement ouvertes aux terroristes du Djihad global. Il serait donc très inquiétant pour l’Etat hébreu, sur les plans militaire, sécuritaire et diplomatique qu’un régime hostile ou islamiste s’installe demain au pouvoir en Egypte – plus encore que dans le golfe Persique qui est non-frontalier – et qui pourrait dénoncer les fameux accords de paix de Camp David signés en 1979 par Begin et Sadate. Cela obligerait Tsahal à se préparer à l’éventualité de l’ouverture, en cas de guerre régionale, d’un second front d’envergure au sud du pays, et ce, contre une armée égyptienne ultra-équipée depuis 30 ans par les Américains… Un véritable cauchemar pour les stratèges israéliens qui avaient plus ou moins pu faire l’impasse, trois décennies durant, sur ce « danger égyptien ».