La cote d’alerte est plus que franchie

Richard Darmon, September 6, 2010
La «fenêtre d’opportunité» d’une attaque israélienne contre les installations nucléaires de l’Iran semble se refermer. Mais l’attitude russe comme les réactions états-uniennes et les autres options n’incitent pas à l’optimisme. Ni à la passivité.
NETANYAHOU-OBAMA D’une manière générale, des analyses très différentes sur l’Iran (et pas seulement)


Alors que l’Iran a fait démarrer en grande pompe,  fin août, la grande centrale nucléaire prétendument «civile» de Bouchehr avec l’aide directe de la Russie – qui lui a fourni le carburant d’uranium – et au moment où Téhéran multiplie les lancements dûment médiatisés de nouvelles armes aériennes offensives pouvant atteindre tous les pays de la région, Jérusalem garde pour l’instant un profil assez bas en se bornant à appeler la communauté internationale à «réagir»…  
Démarré le 21 août dernier dans les « piscines d’eau» de Bouchehr sous la supervision – assez platonique il est vrai – de l’Agence internationale à l’Energie atomique (AIEA), le processus de chargement de quelque 163 barres de fuel d’uranium livrées par les Russes aux Iraniens (en application d’un accord bilatéral déjà signé en 1995 pour le lancement et la maintenance de cette centrale) devrait théoriquement prendre fin au tout début du mois de septembre. Suite à quoi il faudra encore attendre deux mois supplémentaires pour que cette centrale, devenue dès lors une véritable infrastructure nucléaire, puisse produire quelque 1000 mégawatts d’électricité.
Outre les traditionnels discours de «gloriole nationaliste» sur un ton toujours agressif auxquels se sont encore livrés les responsables du programme nucléaire de Téhéran présents à ce lancement de Bouchehr, les Iraniens et leur allié russe – qui a promis de reprendre ses barres d’ura­nium après usage pour diminuer les chances de les voir utiliser à d’autres fins… – ont tenu à affirmer en chœur que l’activité de cette centrale sera exclusivement «civile». D’autant, précisent-ils, que le fuel d’uranium utilisé sur place est enrichi à moins de 90 %, ce qui exclurait, selon eux, toute récupération militaire en vue de fa­briquer une bombe atomique.
Une version des faits plus ou moins acceptée par les Etats-Unis qui se sont pourtant efforcés depuis trois ans de promouvoir à l’ONU pas moins de quatre trains de sanctions successifs contre l’Iran en lui demandant instamment de stopper son programme nucléaire : «Le réacteur de Bouchehr est destiné à fournir de l’énergie nucléaire à usage civil, devait ainsi déclarer Darby Holladay, l’un des porte-parole du Département d’Etat américain. Les Etats-Unis ne le voient donc pas comme faisant peser un risque de prolifération nucléaire car il sera contrôlé par l’AIEA et parce que c’est la Russie qui en a fourni le combustible qu’elle compte d’ailleurs récupérer après usage.»

Pas trop d’inquiétude concernant les nouvelles armes iraniennes…

Alors que l’armée iranienne ne cesse de lancer de nouveaux armements offensifs – dont de nouveaux missiles à moyenne portée et à combustible liquide (moins repérables par les radars), et surtout  le «Karrar», leur premier drone à longue portée inauguré le 22 août et défini par ses promoteurs comme «un messager de la mort pour tous les ennemis de l’humanité (…) censé paralyser les forces ennemies sur leurs bases» – le porte-parole de l’administration américaine ne semble pas du tout inquiété par ce renforcement permanent de l’arsenal offensif du régime des mollahs.
«Même si nous sommes préoccupés par le programme nucléaire de Téhéran et la course aux armements que cela sous-tend, a ainsi déclaré Philip J. Crowley, le principal porte-parole du Département d’Etat, nous ne pensons pas que le lancement de tel ou tel système d’armement va modifier d’une manière ou d’une autre la balance militaire globale avec l’Iran.»
Plus généralement, Israël et les Etats-Unis ne font pas du tout la même analyse sur le sens et la gravité de la nouvelle situation créée par ces avancées stratégiques iraniennes… C’est ainsi qu’à Jérusalem, on considère les choses tout autrement et avec beaucoup d’inquiétude: «Il est totalement inacceptable qu’un pays qui n’a cessé de violer les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU et qui ignore ses propres engagements à respecter le Traité de non-prolifération atomique bénéficie de la production de sa propre énergie nucléaire, a ainsi protesté Yossi Lévy, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères. La communauté internationale doit donc intensifier ses pressions sur l’Iran pour qu’il applique les décisions internationales, stoppe ses activités d’enrichissement d’ura­nium ainsi que la construction de ses mégaréacteurs nucléaires, et qu’il réponde clairement aux accusations lancées contre lui.»

La mise en garde de Danny Ayalon

Quant au vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon, il a précisé les points suivants dans une interview réalisée par le département étranger de Kol Israël, la radio d’Etat, qui a été traduite en farsi et adressée le 23 août dernier au peuple iranien : «On peut redouter que l’Iran – de plus en plus pressurisé par les sanctions internationales – en profite pour lancer tel ou tel type d’opérations militaires contre Israël par l’intermédiaire de ses supplétifs du Hezbollah sud-libanais ou du Hamas de Gaza. Il est aussi possible que l’Iran mène telle ou telle action armée contre les Etats du Golfe afin de porter atteinte aux flux pétroliers mondiaux… Ce qui, dans tous ces cas, amènerait à une grave détérioration de la situation régionale qui pourrait déboucher sur une large confrontation. Il faut d’ailleurs se rappeler que les sanctions internationales ont pour but d’empêcher l’Iran de se doter d’armes nucléaires et que si elles n’atteignent pas leur but, les Etats-Unis et d’autres pays pourraient considérer d’autres options… »
Et de poursuivre en précisant : «Israël n’a aucune animosité contre le peuple iranien: nous lui manifestons un profond respect et aspirons à coopérer avec lui afin d’initier une meilleure réalité pour toute la région. Le problème tient  à la nature et au comportement  du régime iranien lui-même, notamment eu égard à son programme nucléaire. C’est en effet un régime qui appelle ouvertement à la destruction des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et d’Israël, et qui, tout en opprimant son propre peuple, répand partout l’instabilité et le terrorisme. Il est donc tout à fait inacceptable qu’un tel régime puisse disposer d’armes nucléaires ! D’ailleurs, le réacteur de Bouchehr représente une terrible menace pour la stabilité de toute la région et pour la paix du monde en général, parce qu’en plus de ses armements nucléaires, l’Iran est aussi en train de développer des systèmes de missiles qui menacent tous les pays du Moyen-Orient et d’autres encore en Europe!» 

D’autres options?

Certes, voilà déjà de longs mois déjà, qu’on répète ainsi à Jérusalem que si la communauté internationale ne parvenait pas – par ses injonctions et ses sanctions – à stopper le programme nucléaire de l’iran, «Israël a en main d’autres options»… A savoir celle d’une frappe militaire massive contre les infrastructures atomiques des mollahs… Qui ne serait évidemment pas vue d’un bon œil par l’administration Obama dans le contexte diplomatique et international actuel!
Exprimant publiquement ce que l’on dit tout bas à Jérusalem et à l’état-major de Tsahal, l’ex représentant des Etats-Unis à l’ONU, John Bolton – un haut diplomate américain très pro-israélien – a déclaré que du fait de la mise en activité de la centrale de Bouchehr, «Israël ne disposait désormais plus que de quelques jours pour attaquer ce site», compte tenu notamment des gros risques humanitaires que ferait courir la destruction d’une telle infrastructure censée fonctionner bientôt à plein rendement avec du combustible à base d’uranium...