Interview de Herbert Winter
Revue Juive: Depuis plus de 100 jours, vous êtes président de la Fédération
suisse des communautés israélites (FSCI). Qu’y avez-vous vous trouvé à
votre arrivée?
Herbert Winter: J’y ai trouvé une organisation avec un comité directeur compétent et engagé, qui fait un très bon travail, surtout en coulisse. Mais une certaine insécurité règne sur le rôle que doit jouer l’organisation faîtière pour être mieux perçue et apporter une plus-value. Notre communauté a sur ce sujet des opinions très divergentes et des attentes relativement hautes. Cela demande beaucoup de travail … Heureusement que je peux compter sur l’appui de ma famille!
Quelle direction prend la FSCI sous sa nouvelle présidence?
Les questions soulevées ne sont pas nouvelles, mais ont souvent dégénéré en discussions sur les structures, qui n’ont pas apporté les éclaircissements voulus. Nous avons examiné de manière critique les tâches et les fonctions de la FSCI et sommes arrivés à la conclusion qu’il n’est pas nécessaire de changer de cap. Nous voulons cependant poser de nouveaux accents au niveau de la thématique et de la communication, ce qui est absolument faisable avec les structures actuelles de la fédération. Elles ont certes besoin de réformes, mais nous voulons pour l’instant nous focaliser sur le fond et certains sujets.
Les statuts définissent à quelques détails près les tâches de la FSCI. Et pourtant, ce sont justement les divergences ponctuelles qui ont un caractère décisif. Quelles positions entendez-vous défendre ici?
Représenter les positions et intérêts juifs reste notre objectif principal. Pour ce faire, nous devons contribuer encore plus activement à former l’opinion publique dans notre pays sur les questions sociopolitiques interreligieuses. Faisant partie de cette société, nous y sommes légitimés, voire même obligés. De plus, nous possédons l’expérience et la sensibilité historique nécessaires pour nous positionner dans les questions de la protection des minorités et des droits de l’homme, dans les questions éthiques, en médecine par exemple, mais surtout dans les domaines de l’antisémitisme et du racisme. Nous entendons également aborder de nous-mêmes des sujets d’actualité, qui sont essentiels pour, et au-delà de, la réalité quotidienne de la communauté juive. Dans le domaine de la communication, nous voulons dialoguer de manière plus active avec les politiciens et les représentants des médias – et pas seulement parler, ou émettre des critiques dix jours plus tard, quand quelque chose arrive. Nous prévoyons également de mettre à disposition des communautés le matériel d’information et les prises de position que nous préparons à ces sujets.
La FSCI, avec sa structure hétérogène, peut-elle se mettre d’accord sur des positions qu’elle doit ensuite publier dans des communiqués ?
Il y a toutes sortes de questions sur lesquelles nous arrivons à nous mettre d’accord, malgré notre hétérogénéité. Comme par exemple la prise de position de la FSCI sur l’initiative des minarets, que nous avons communiquée récemment.
L’important est que les positions possèdent un fondement solide. Il y aura certes toujours des domaines sur lesquels nous aurons des difficultés, ou même l’impossibilité, à trouver un consensus – mais cela arrive également dans d’autres institutions ou communautés.
Quels sont les objectifs que vous voulez atteindre en parlant avec les partis ou les politiciens ?
Nous voulons qu’ils connaissent et comprennent nos intérêts et nos positions, mais également nos contributions à la discussion sociale. Ce qui nous permettra de notre côté de connaître les positions des autres, de les comprendre et de voir où se situent les points communs et les divergences. Les relations personnelles sont très importantes dans de domaine.
Israël est certainement une question qui ne perd rien de son actualité.
Notre position à l’égard d’Israël n’a pas changé. Nous ne sommes pas le porte-parole du gouvernement israélien et n’avons pas à défendre sa politique. Par contre, nous intervenons quand le droit à
l’existence de l’Etat d’Israël est remis en question, quand les faits sont déformés ou que des critères sont appliqués plus sévèrement pour ce pays que pour d’autres Etats. Ce sont des affaires qui touchent la communauté juive de Suisse. Le plus souvent, nous ne communiquons pas officiellement nos points de vue, ce qui ne ferait que durcir les positions, mais les présentons surtout dans le cadre de discussions régulières.
Vous privilégiez donc les positions claires à l’activisme?
Nous ne voulons en aucun cas faire de l’activisme. En raison déjà de nos capacités limitées, nous sommes obligés d’établir des priorités et de nous y concentrer.
La voix populaire – ou du moins le pourcentage qui se manifeste toujours à nouveau – exige cependant parfois plus d’activisme. Comment gérez-vous cette divergence entre comportement professionnel et réponse à cette demande?
Je prends les voix critiques au sérieux et ne les considère pas comme un appel à l’activisme. Comme mentionné au début, les attentes sur ce que doit faire et ne pas faire la FSCI sont très différentes. Je suis persuadé qu’avec un programme ciblé, nous nous engageons dans la bonne voie. Nous devons aussi impérativement communiquer clairement ce que nous faisons, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais là également, je privilégie la qualité à la quantité.
Arriverez-vous à faire accepter ce ton calme au Comité central (CC), qui, comme on le sait, exige très souvent une manière d’agir différente?
Parler d’un ton calme et objectif, agir de manière droite est à mon avis primordial. Je suis content qu’en plus de l’Assemblée des délégués, qui ne se réunit qu’une fois par année, nous puissions également compter sur le CC comme «souding
board», et nous prenons très au sérieux cet interlocuteur. En cas d’avis divergents, nous en discuterons et tiendrons compte des demandes qui semblent légitimes.
Quelles innovations avez-vous prévu
d’introduire ces dernières semaines ?
Nous sommes en train de fixer nos priorités et de définir notre mode de communication. Nous prévoyons de travailler, à partir de 2009, avec un programme clairement ciblé, de traiter les sujets de manière professionnelle et de renforcer notre image par une communication efficace. Dès le mois de février, nous serons secondés par Jonathan Kreutner, un secrétaire général jeune et engagé, qui, naturellement, facilitera grandement
l’application de notre nouveau programme. Un autre point qui me tient très à cœur est la coopération avec les libéraux. Nous nous sommes déjà prononcés en commun sur l’initiative des minarets, et avons participé ensemble à l’entretien que la Société Suisse-Israël avait organisé avec la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. Nous voulons en général trouver des domaines, dans
lesquels nous pouvons intervenir et agir ensemble, et qui, espérons-le, conduiront de nouveau à longue échéance à un accord formel.
Où en est la vente des Berges du Léman ?
Il y a encore quelques
points à éclaircir du côté des acheteurs. Nous espérons bien conclure cette affaire avant la fin de l’année.
La prochaine séance du CC aura lieu en septembre. Quels seront les sujets de discussion entre le CC et le Comité directeur ?
De notre côté, nous voulons présenter un papier sur les tâches et les fonctions que nous prévoyons de légèrement modifier, et garderons du temps pour aborder les sujets d’actualité.
Depuis quelques mois, les organisations juives se préparent à tenir la conférence qui fera suite à celle de Durban, et qui aura lieu cette fois à Genève. Qu’entreprend la FSCI à ce sujet?
De devons tout faire pour qu’elle se déroule de manière correcte. Il ne faut plus qu’Israël soit exclu verbalement et condamné de manière unilatérale, ou que se produisent des excès antisémites comme il y en a eu à Durban. La conseillère fédérale Calmy-Rey nous a assuré, lors de l’entretien que nous avons eu dernièrement avec elle, qu’elle prenait très au sérieux cette requête. Comme elle l’a dit, c’est absolument dans l’intérêt de la Suisse que les infamies de Durban ne se reproduisent plus. Afin de soutenir cet objectif, la FSCI a noué des contacts à plusieurs niveaux, en collaboration avec d’autres organisations et services administratifs. Au cas où les discussions dépasseraient le cadre toléré pendant la préparation de la conférence, et que le risque d’une instrumentalisation devienne trop grand, nous demanderons au Conseil fédéral de se prononcer contre une participation de la Suisse à la conférence.
Y a-t-il encore d’autres sujets juifs qui vous tiennent personnellement autant à cœur?
Laissez-moi vous en citer un: je trouve très important de renforcer l’identité juive des jeunes, et également celle des adultes, notamment en développant leur perception de nos valeurs et traditions religieuses, de nos contributions au développement de la société humaine, que ce soit dans le domaine de la culture, de la science ou de l’économie. En juin, la FSCI a publié le magnifique livre «Les synagogues de la Suisse». Une librairie non juive a consacré toute une vitrine à cette œuvre! Cela devrait nous motiver à nous pencher plus attentivement sur les diverses facettes du judaïsme et à en être fiers. Nous voulons soutenir ce besoin en encourageant la transmission des connaissances sur le judaïsme et les échanges de points de vue constructifs.
Interview Yves Kugelmann