Entre trêve imposée et guerre des tranchées
Les vœux de réconciliation émis par une des principales donatrices de l'Ecole Girsa en septembre dernier (voir la «RJ» 4-2011) auraient-ils été entendus? Bien que certains parents aient manifesté leur soutien à l'actuelle direction, que leurs alter ego mécontents n'aient pas mis leurs menaces de retrait des enfants ou de «grève» à exécution, et qu'un certain calme règne apparemment à l'école qui ne semble pas avoir connu de véritable hémorragie, rien n'est moins certain. Signifiée à l'intéressée entre Roch Hachanah et Yom Kippur avec effet immédiat, la nouvelle du licenciement de la rabbanit Jaffa Dayan a fait l'effet d'une bombe. Et conforté les adversaires de Me Isaac Elbaz dans l'idée que le président du conseil d'administration de l'école était en train non seulement de déjudaïser mais de démanteler l'institution. Tout en confirmant désormais leur sentiment qu'il régle des «comptes» avec le grand rabbin Dayan puisque celui-ci comptait parmi les signataires de la lettre de protestation des 23 parents disant craindre une déjudaïsation de l'école et réclamant l'élection d'un nouveau comité (de plus, le grand rabbin nous avait par ailleurs fait part de ses réserves sur la vérification de la validité des ketoubot de certains parents de nouveaux élèves).
Un directeur intermittent?
Répondant finalement aux parents qui l'avaient interpellé, notamment par lettre, mais pas seulement, Marc Eisenberg, le président de l'Alliance Israélite Universelle, aux commandes de l'école depuis 2009, a dit prendre le problème au sérieux. Et, tout au moins dans un premier temps, dépêché un nouveau directeur en la personne de Shlomo Botbol. Qui, dirigeant déjà le Lycée-Collège de l'Alliance à Nice, vient à Genève deux jours par semaine (parfois un, entend-on aussi). Parmi ses premières mesures, l'élection (le 21 novembre) de délégués des parents d'élèves. Un pas vers l'apaisement disent certains, un sparadrap sur une jambe de bois disent d'autres qui y voient au contraire une manœuvre destinée à détourner l'attention des vrais problèmes, à commencer par celui de la composition du comité et la personnalité comme les façons du président du conseil d'administration.
Malgré la lettre envoyée par un parent ayant une assez curieuse conception de l'information puisque recommandant à toutes les personnes concernées de ne rien dire à l'extérieur, surtout aux médias, afin de ne pas «nuire à l'image» de la communauté, de part comme d'autre certains refusent de se censurer et pensent au contraire qu'un véritable débat contribuerait à sortir de la «nasse» actuelle.
Une annexe d'Aix?
Il y a par exemple ceux qui, au moins partiellement d'accord avec M.Elbaz, soutiennent son projet de modernisation et adaptation. Ou qui, se disant partisans d'un judaïsme traditionnel mais ouvert, pensent que Girsa était en train de devenir une annexe de la Yeshiva d'Aix-les-Bains et dénoncent la mainmise de «quelques “noirs” subventionnés». Mais il y a aussi ceux qui dénoncent les «dérives» et la déjudaïsation dont serait victime l'école depuis sa prise en main par l'AIU en 2009. Avec, entre autres exemples, la mixité des cours de gymnastique ou l'interdiction faite à un admor de visiter et prendre la parole à l'école alors que le rabbin libéral François Garaï y a été invité… Ainsi que les contradictions de M.Elbaz (à qui, disent-ils, il aura donc fallu longtemps pour s'apercevoir que M.Marcel Lévy n'avait pas le profil souhaité alors que de prestigieuses institutions l'ont sollicité, qu'il a – notamment – enseigné à l'AIU et que, indépendamment du soutien qui lui a été manifesté depuis, il avait très officiellement signé le programme de la rentrée de septembre…). A réitérées reprises, par oral comme par écrit, nous avons tenté de connaître le point de vue de M.Elbaz mais il a apparemment décidé ne plus nous répondre. De même que le directeur intérimaire de l'Ecole Girsa qui obéit sans doute aux consignes de son président de conseil d'administration. Une attitude d'autant plus regrettable que, pendant ce temps, de sévères commentaires circulent. Sur – par exemple – le «mobbying» dont aurait été victime la rabbanit, «remerciée» entre Roch Hachanah et Kippur après de nombreuses années à la direction d'un kodesh désormais dirigé par une non-Juive. Ou l'ambiance délétère de l'établissement.
Sans doute trop impliqué, le grand rabbin à qui certains reprochent de s'être manifesté et d'autres d'être intervenu trop tard, préfère actuellement ne pas faire de commentaires. De son côté, Roger Chartiel, le président de la CIG, trouve consternante cette affaire car même si sa communauté n'est pas directement «partie prenante» au conflit, une école juive est nécessaire à Genève, ne serait-ce que pour assurer la continuité du Gan. «Des mesures économiques devaient sans doute être prises, mais je pense qu'il s'agit, a priori, d'un manque de communication, de finesse, de savoir-faire, de respect et de courtoisie. Aujourd'hui, la seule voie devrait être le dialogue avec toutes les parties afin de trouver une issue favorable au retour du calme et de la sérénité», dit -il en pensant au Shalom communautaire sérieusement menacé. En attendant, si son vœu ne devient pas rapidement réalité, c'est devant les prud'hommes que les représentants de la rabbanit et du président du conseil d'administration se retrouveront le 9 janvier. Avec tout ce que cela comporte.