Entre printemps arabe et automne palestinien
Prononcé juste après le départ, sur un constat d’échec, de l’émissaire américain «historique» au Proche-Orient George Mitchell et dans le but manifeste de surfer sur la vague du «printemps arabe», tout en espérant ne pas devoir exercer son veto au Conseil de sécurité de l’ONU lorsque viendra le vote sur l’Etat palestinien, le discours de Barack Obama aura au moins fait bouger certaines «lignes». Tout en demeurant, malgré ses nombreux revers, dans celle de son discours du Caire. Et tout en donnant l’impression de vouloir se démarquer d’une certaine intransigeance israélienne qui lui est par ailleurs utile. Mais, de là à pouvoir penser qu’une ère vraiment nouvelle vient de commencer, l’enjambée risque d’être très longue. Et difficile.
Indépendamment de ce que recouvrent les subtilités sémantiques entre les termes de «lignes» et de «frontières», avec leurs implications concrètes, Binyamin Nétanyahou n’a pas fait attendre sa réplique. Le jour même du discours présidentiel américain, il a laissé une commission gouvernementale israélienne annoncer que 620 nouveaux logements allaient être con¬struits à Jérusalem-Est… Et, le lendemain, face aux caméras devant le
bureau ovale de la Maison-Blanche, il a posément – brillamment disent certains – réaffirmé la position double qu’il défend depuis maintenant
deux ans. Sur l’attitude des Palestiniens qui «ne veulent pas négocier» ni «accepter les réalités de base», ou le caractère juif de l’Etat hébreu qui ne pourrait accepter le retour des réfugiés palestiniens, et son désir de réaliser la paix tout en empiétant des territoires un jour, en les désoccupant un autre. Tout en martelant le caractère «indéfendable» des lignes d’avant 1967.
Particulièrement intéressante, la gestuelle des deux hommes a été révélatrice. Comme pour voir si son staff approuvait ses propos et le trouvait bon, Bibi regardait souvent en dehors du champ de la caméra tout en multipliant les signes d’opposition courtoise mais très ferme à son interlocuteur américain. L’air un peu crispé et emprunté, ce dernier semblait dans l’impossibilité de répondre à l’Israélien. Leur poignée de main prolongée a eu l’air de tout, sauf réelle et spontanée. Mais il n’empêche: les jours suivants, les deux hommes se sont de nouveau exprimés, séparément, devant le
congrès de l’AIPAC. Et, chacun dans son genre, c’était à qui expliquerait le mieux que des différends de cet acabit surviennent non seulement dans les meilleures familles mais au sein des plus anciennes amitiés…
Dans le même temps, d’autres lignes donnent également l’impression de ne pas bouger. Chez les Palestiniens, par exemple, on a pu et on peut tous les jours, lire, voir ou entendre à peu près tout et son contraire. Un jour Mahmoud Abbas qualifie le Hamas de force démocratique de la société palestinienne. L’avant-veille, il l’accusait de se laisser dicter son calendrier par Téhéran. Côté israélien, on n’est pas forcément en reste. Un jour c’est Ehoud Barak qui (pour promouvoir son nouveau parti?) lance un plan de paix tout en affirmant vouloir rester au gouvernement afin d’essayer de peser sur le cours des choses. Mais quelques jours plus tard approuve de nouvelles constructions israéliennes en Cisjordanie occupée. Un autre jour, côté Kadima, c’est Shaül Mofaz qui invite «Bibi» à immédiatement négocier avec le Hamas tandis que Tzipi Livni l’accuse de faire payer à Israël un prix bien trop élevé afin de sauver sa coalition…
Déjà en campagne pour sa prochaine réelection, Barack Obama a pris le risque de s’aliéner une partie importante de l’électorat juif américain pour replacer son pays au centre du jeu proche-oriental. A moins qu’il n’ait subitement trouvé les moyens de peser réellement sur ce que font Binyamin Nétanyahou et Mahmoud Abbas, on voit assez mal comment ceux-ci ¬deviendraient subitement désireux de se rencontrer réellement sur le
terrain de la paix. Tandis que d’autres flottilles vont tenter de gagner Gaza et que d’autres déferlements de jeunes feront des morts aux frontières
israéliennes, les suites du coup tenté par le président américain ne s’annoncent faciles pour personne. ●