Entre images et bruits divers, bientôt
Au rayon du septième art, les derniers temps n’ont pas été avares de présence juive. D’abord, avec la tout de même très déterminante étoile jaune «réclamée» par le très jeune Lucien Ginsburg au presque début de la fantastique mise en biofantasme de Joann Sfar. Pour être le premier, lui fait-il dire, ce qui, vrai ou non, est une belle trouvaille... Ensuite avec la puissante «méditation de mœurs» des frères Coen, s’ouvrant sur une citation de Rachi et la présence d’un dibuk du fin fond des anciens pays de l’Est pour se dérouler ensuite au beau milieu du Midwest des années soixante. Sur fond de la très «US way of life» d’une communauté avec ses hiérarchies et ses impasses en tout genre , direction une vertigineuse plongée dans le non-sens. Sans que – sauf erreur ou omission – même pendant la scène presque finale de la Bar Mitsvah du garçon ayant manifestement tâté du «pétard» pour être à la hauteur, pas un seul des personnages mis en scène ne mentionne l’alyah... Enfin avec «Lebanon» et son huis clos de quatre tankistes montrant la condition d’«assailleur-assailli» qui prolonge d’une autre manière «Valse avec Béchir» ou «Beaufort» et Amos Gitaï.
Pas chiches non plus, les librairies et la presse n’ont pas été en reste. Il y a huit jours, une accroche du «Monde» annonçait dans le supplément «Livres» le thème: «Identités juives». Et, effectivement, quoique reclassée en catégorie«littératures», une page recensait les «Scènes de la vie villageoise» d’Amos Oz (Gallimard, 208 p.), le «Dernier Juif» de Yoham Kaniuk (Fayard, 622p.) et les tribulations du «Comme Personne « d’Hugo Hamilkton (Phébus, 336 p.). Le sujet annoncé la veille avait-il donc été «sucré»? Pas vraiment. Car, en pages suivantes, il était question du décidément incontournable Shlomo Sand («Comment le peuple juif fut inventé»sur lequel les prof. Ehrenfreund et Ruben-Hayoun ont donné leur point de vue dans les «rj» d’avril et septembre 2099). Après la une et deux pages du «Temps» en décembre à l’occasion de sa parution en anglais,ces deux articles dans «le Monde» du12 février) étaient dus à sa parution en Poche. Dans le premier, sous le titre «A fiction, fiction et demie», Nicolas Weill s’interrogeait sur l’engouement suscité par un ouvrage «entièrement de seconde main». Et, à son tour, démontait point par point la thèse de la création de toutes pièces d’une fiction pour une nation juive moderne. Et presque toutes celles que contiennent les 606 pages de l’opus. De son côté, dans sa chronique désormais hebdomadaire, Pierre Assouline s’est lancé sur un petit jeu de piste des plus instructif. S’interrogeant sur la disparition du point d’interrogation dans le titre initial de Sand, citant d’abord le «Haaretz» et son titre «Inventing an invention» puis la liste des dures critiques de fond signées Attali, Marty, Winock, Benbassa sur des erreurs ou approximations, il en arrivait au réseau de «l’éveilleur de consciences». Et s’interrogeait avec humour sur la tournure que pourrait désormais prendre la carrière de Shlomo Sand.
A propos d’itinéraire, celui de Claude Lanzmann ne cessera décidément jamais de surprendre. Sortant d’un silence de plusieurs mois sur «Jan Karski», le roman en trois parties (dont l’une entièrement empruntée au texte du film «Shoah» et une entièrement de fiction ayant valu à Yannick Haenel l’Interallié) il s’en est pris
avec une belle vigueur à l’»auteur». L’accusant non seulement de reproduction non autorisée de textes mais de falsification de l’histoire. Tout en annonçant un prochain dossier sur le diplomate polonais ayant tenté d’alerter les Alliés sur le sort des Juifs pendant la guerre dans «Les Temps modernes». Et la prochaine diffusion en mars du «Rapport Karski», un document filmé de 50 minutes réalisé à partir d’entretiens réalisés après le tournage de «Shoah» avec le professeur et qu’il évoquait dans «Le Lièvre de Patagonie». Comme quoi, même si tout n’y tourne pas toujours rond, le monde de la fiction peut parfois avoir du bon...