Engagement pour le besoin et des réfugiés
Selon une étude de l’Université de Lucerne, faite à la demande de l’Union suisse des comités d’entraide juive (le VSJF), la pauvreté de la population juive en Suisse s’est aggravée ces dernières années. Le VSJF, dont le siège se trouve à Zurich, aimerait aider à enrayer cette tendance. Il s’est donc donné pour tâche de soutenir financièrement et socialement des personnes juives dans le besoin, quels que soient leurs milieux. Depuis des années, de nombreux solliciteurs reçoivent des allocations mensuelles. «En plus du soutien financier, nous offrons également une assistance professionnelle ou procurons des aides aux personnes seules, afin de leur permettre de faire des promenades ou leurs achats», explique Gabrielle Rosenstein, la nouvelle présidente de l’Union. Elle a succédé au prin¬temps dernier à Doris Krauthammer, qui pendant douze ans a été membre du comité de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) et a représenté, en tant que tel le VSJF au sein du Comité directeur de la FSCI.
Désir de coopération
Depuis la fondation du VSJF, il y a plus de 80 ans, et surtout après la prise du pouvoir des nazis dans les années trente en Allemagne, l’Union s’est occupée en premier lieu des réfugiés de guerre et des dommages psychologiques qu’ils avaient subis. «En allant faire des visites à plus de 90 pour cent des survivants de l’Holocauste dans le besoin, nous avons contribué à les sortir de l’isolement, et les avons aidés à obtenir l’aide des services sociaux des communautés locales» dit Gabrielle Rosenstein. Elle explique que ce ne sont pas seulement des personnes âgées qui ont besoin d’aide, mais également un grand nombre de familles qui comptent également sur un apport financier pour pouvoir se nourrir. Et ajoute encore que l’objectif premier du VSJF est de soutenir des personnes juives en difficulté et d’assister à titre de conseiller les services d’entraide des communautés.
Le VSJF travaille en collaboration avec ces services, mais s’occupe également de personnes qui ne sont membres d’aucune communauté. Gabrielle Rosenstein estime que les communautés et le VSJF ne doivent pas se faire concurrence, mais au contraire arriver à coopérer de manière compétente. L’important est surtout d’aider de manière professionnelle les personnes dans le besoin. «Il faut bien que quelqu’un paie la facture du dentiste.»
Contribution à l’intégration
L’arrivée de la nouvelle présidente a également apporté des changements au sein du VSJF. Le service de conseil psychosocial, qu’animait depuis de longues années Jolanda Gross, âgée aujourd’hui de 97 ans, a maintenant été repris par Eran Simchi. L’ancien moniteur pour jeunes de la Cultuse¬gemeinde de Zurich a une grande expérience en matière de travail social. Il a pour tâche d’aider de manière pratique les gens qui se trouvent dans une situation précaire. «Je parle avec eux de leur situa¬tion ou leur explique comment se comporter avec les services administratifs», dit Simchi. Pour les familles étrangères, ce sont le plus souvent leur acclimatation et leur adaptation à un nouveau pays qui posent problème» explique cet Israélien de naissance, qui reçoit environ une vingtaine de demandes par semaine. «Mais parfois, l’im¬portant consiste à seulement écouter les gens et à leur donner quelques conseils.» Simchi est en contact permanent avec le service social de la Ville de Zurich. «Bien des gens, de tous milieux, ont simplement peur ou ne savent pas à qui s’adresser quand ils ont un problème», raconte Simchi.
Outre le service de conseil psychoso¬cial, le VSJF contribue également à intégrer les étrangers. Un groupe d’anciens réfugiés russes juifs, dont s’occupe le service d’entraide, se réunit chaque mois pour discuter. L’Union offre en outre une aide scolaire trois fois par semaine aux enfants de familles d’immigrants juifs et non juifs ¬habitant dans le Kreis 2 zurichois. Cet engagement a été confirmé dans le dernier rapport d’activités de l’Union : «Nous considérons que notre contribution à l’intégration est une tâche très importante.»
Projet pilote
La dernière vision du VSJF en faveur de l’intégration est un projet pilote. Afin d’améliorer l’égalité des chances de jeunes gens et jeunes adultes juifs, le VSJF offre une formation de deux semestres, couronnée d’un diplôme d’employé de bureau GEC, qui permet ensuite d’intégrer les jeunes au marché du travail en Suisse. «Nombre d’élèves n’ont pas la possibilité d’étudier à l’université ou de faire un apprentissage. L’accès au monde du travail est particulièrement important pour les milieux défavorisés», dit Gabrielle Rosenstein, qui, en plus de ses fonctions au sein du VSJF, travaille également comme professeur dans le degré secondaire. En collaboration avec l’Ecole de langues et de commerce Benedict, le VSJF offre deux formations en parallèle avec l’activité professionnelle: l’acquisition d’un diplôme d’employé de bureau ou d’un diplôme de commerce. L’Ecole Benedict fait un rapport sur les progrès, les difficultés et les résultats des élèves. Le VSJF sélectionne selon leurs aptitudes les personnes qui veulent se former et contrôle les coûts. Ceux-ci sont pris en charge par la Fondation Dorothea Gould.
Partenaire politique
Le VSJF est le prolongement politique de la FSCI pour les questions ayant trait aux réfugiés. Dans cette fonction, l’Union est membre de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés. Gabrielle Rosenstein trouve que «les milieux juifs ne connaissent pas assez le rôle que joue le VSJF dans le débat politique». L’Union prend souvent position dans les questions concernant les réfugiés ou les lois sur l’asile, comme par exemple la nouvelle loi sur l’asile et les étrangers. «C’est absolument dans l’intérêt du VSJF de faire partie de la politique suisse», souligne Gabrielle Rosenstein. Le VSJF est un important partenaire de l’Office fédéral des migrations dans le domaine de l’asile, bien que le nombre des réfugiés juifs soit aujourd’hui faible. Doris Krauthammer a confirmé cette année à la revue juive, juste avant de remettre sa présidence, que vu leur expérience historique et leur sensibilité à ce sujet, il était éminemment important que les Juifs aient voix au chapitre sur la question de l’asile en général.
Bien que la guerre de Géorgie n’ait pas déclenché une forte vague de réfugiés en Suisse et qu’il n’y ait pas eu de personnes juives parmi les rares réfugiés, le VSJF a participé jusqu’à mi-octobre à 639 interrogatoires à l’aéroport de Zurich et à l’Office fédéral des migrations en collaboration avec le comité d’entraide des Eglises protestantes de Suisse. Malgré le durcissement de la nouvelle loi sur l’asile, que les citoyens suisses ont clairement adoptée en 2006, le nombre des interrogatoires n’a pas cessé d’augmenter. Depuis janvier dernier, le SJF est le seul comité d’entraide à participer au nouveau processus d’admission à l’aéroport de Zurich. En l’espace de 20 jours, les autorités ont à décider si les demandeurs d’asile peuvent entrer en Suisse ou s’ils doivent être internés en attendant d’être reconduits à la frontière. C’est Martha Knieza qui est la responsable des interrogatoires. Elle coordonne le travail de 21 représentants des œuvres d’entraide et organise le recrutement du personnel au bureau de réception. Etant donné qu’elle remplit cette tâche à la demande de l’Office fédéral des migrations, la Confédération rembourse à la VSJF ses frais. Pour le reste, l’Union s’autofinance avec les cotisations des communautés affiliées, ainsi qu’avec des dons et legs privés.
Déjà active avant le début de la guerre
En 1925, l’Association suisse des œuvres juives de secours a été fondée en tant qu’organisation faîtière regroupant les œuvres locales d’entraide juives. A partir de 1933, elle est devenue un bureau central d’accueil pour les réfugiés juifs victimes de l’Allemagne nazie. En sa qualité de membre fondateur de l’Organisation suisse¬ d’aide aux réfugiés, l’association s’est engagée dans l’entraide depuis 1936. En 1939, le VSJF a surtout organisé le transit des réfugiés, selon les directives de la police des étrangers. Après le début de la guerre, l’aide consistait principalement à organiser et financer le séjour des réfugiés. Les moyens financiers étaient mis à disposition par les Juifs de Suisse et par des œuvres d’entraide juive américaines, notamment par l’American Jewish Joint Distribution Committee, le Hebrew Immigrant Aid Society et le HIAS-ICA-Emigdirect.
En 1943, l’Association a reçu le nom d’Union suisse des comités d’entraide juive. Entre 1933 et 1945, elle s’est occu¬pée de quelque 23’000 réfugiés, notamment de survivants des camps de concentration Bergen-Belsen et Theresienstadt, ainsi que d’enfants et jeunes survivants de Buchenwald. Ses principales tâches et activités à l’époque consistaient à représenter les requêtes des réfugiés auprès des autorités suisses, à leur fournir des vêtements, à leur procurer des soins médicaux, à réunir les familles et à les loger chez des privés, à rechercher les personnes disparues, à les conseiller juridiquement, à leur procurer une formation professionnelle en vue de leur retour ou immigration dans d’autres pays. Pendant l’après-guerre, le VSJF a également aidé bien des Juifs à présenter leurs demandes de réparation à la République fédérale allemande et à l’Autriche. Après la guerre, le VSJF a poursuivi ses activités d’entraide, ainsi que son aide aux réfugiés. Il s’est occupé de réfugiés juifs en provenance de nombreux pays, tels quel l’Egypte, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Pologne, l’Union soviétique et la Bosnie. Au cours d’un demi-siècle, le VSJF s’est également fait un nom en matière d’aide internationale aux réfugiés.