Editorial: Opportunité de renouveau
La nouvelle année. L’année 5769, qui est à nos portes, peut signifier un renouveau pour le judaïsme suisse – si ceux qui dirigent nos communautés et organisations faîtières le veulent bien.
Les années passées. Pendant des années, le judaïsme suisse officiel, et en particulier les principales institutions juives de Suisse, s’est bloqué lui-même avec un agenda – si c’en était un – très éloigné des préoccupations de la base juive. La Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) a plus fait la une des journaux avec ses pannes internes qu’avec ses compétences politiques,
l’Israelitische Cultusgemeinde Zürich (ICZ) s’est écartée de l’unité et du noyau de sa communauté avec des concepts irréalistes de transformations, de restaurant ou de recherche de rabbin. Elles ont raté d’importants sujets politiques nationaux, investi leur énergie dans de faux amis ou beaucoup trop de projets de lutte contre l’antisémitisme, au lieu de se concentrer sur le fond, les activités politiques et sociales, sur les préoccupations de la base juive, les besoins des familles et des membres. Pendant des années,
le judaïsme officiel a donné une triste image de lui-même, n’a plus reflété une communauté juive pluraliste, vivante et innovatrice, et a trop souvent mis en jeu sa crédibilité.
L’opportunité. Ces derniers mois, de nouveaux présidents et comités ont repris les rênes de la FSCI, des grandes communautés de toutes tendances de Bâle, Berne, Genève, Lausanne et
Zurich et auront l’opportunité d’y apporter des changements et du renouveau. C’est un premier pas, qui ne sera achevé que lorsqu’ils s’attaqueront enfin aux principales questions suprarégionales des Juives et Juifs de Suisse. Comme par exemple la réunification des organisations faîtières juives, des règlements transparents de cacherout et sceaux rabbiniques pour la Suisse, un accès raisonnable aux conversions, des institutions pour l’éducation plus abordables, des programmes attrayants pour les jeunes adultes, de nouvelles voies dans la prise en charge des personnes âgées, et enfin la possibilité pour les rabbins, surtout ceux des communautés de toutes tendances, de prendre à nouveau des décision de manière autonome et libérée de toute obédience anticipatrice à des organisations rabbiniques internationales ou autres.
La colonne vertébrale. Pendant des décennies, le noyau de la communauté juive, les grandes communautés de toutes tendances, a représenté la colonne vertébrale de la communauté juive en Suisse. Maintenant, les nouveaux dirigeants André Bollag et Shella Kertesz (ICZ), Guy Rueff (IGB), Edith Bino (JGB), Ron Aufsesser (CIG), Antoine David (CILV) et notamment Herbert Winter (FSCI), élus avec de grandes attentes, doivent trouver des solutions aux questions en suspens, bâtir un fondement moderne, comme l’ont fait leurs prédécesseurs il y a bien des années, et sur lequel reposent aujourd’hui encore les structures du judaïsme institutionnalisé. Si rien de tout cela n’arrive, la communauté juive continuera à grandir en dehors des communautés officielles et à suivre ses propres voies.
Yves Kugelmann