Économie
C’est par seulement 13 voix pour, 12 contre et une abstention que, après 16 heures d'un débat mouvementé, le cabinet israélien a fini par adopter à l’aube du 25 août dernier le projet de loi de finances pour 2009. Un budget où les dépenses sociales et de la défense ont encore été réduites et que certains considèrent comme «très politisé» en raison de l’instabilité chronique de la coalition gouvernementale actuelle. Or ce budget 2009 suscite d’ores et déjà une vive controverse de la part de certains partis politiques: des polémiques qui pourraient faire tomber le cabinet Olmert avant l’heure …
S’adressant aux ministres de Kadima avant cette réunion capitale du cabinet, la ministre des Affaires étrangères, Tsipi Livni a appelé ses rivaux à la direction du parti à se mettre d’accord pour voter le plus vite possible cette proposition de budget: «Nous sommes d’abord et avant tout des ministres, c’est pourquoi nous avons une obligation face à l’économie. Il est de notre devoir d’agir dans les intérêts du pays et de faire preuve de responsabilité lorsqu’il s’agit du budget, en dehors des primaires, a-t-elle dit. Nous devons faire preuve de stabilité pour l’économie, même si nous devons affronter de grosses difficultés budgétaires.» Or de son côté, le ministre des Transports, Shaul Mofaz, a soutenu l’appel des ministres du Parti travailliste et des orthodoxes séfarades de Shas de repousser le vote du budget après les élections primaires de Kadima prévues pour le 17 septembre.
Bien que peu en accord entre eux sur l'essentiel à moins d'un mois des élections primaires du parti Kadima, Olmert et Livni n'ont guère ménagé leurs efforts pour finalement convaincre in extremis, et à une seule voix près, tous ceux qui refusaient de voter ce budget – qu'ils qualifiaient de «trop politisé …» – d'un montant total de 319 milliards de shekels présenté par le ministre des Finances, Roni Bar-On.
Très difficile
Olmert a donc dû convoquer le ministre de la Défense, Ehoud Barak, pour lui demander – en vain – d'infléchir l'hostilité à ce budget de tous les ministres travaillistes. Il faut dire que peu avant le vote, 17 ministres, dont 4 de Kadima, s’opposaient au budget contre 7 qui lui étaient favorables … Olmert leur a déclaré: «Je rappelle à tout le monde que 2009 pourrait être une année très difficile et que nous devons faire preuve de retenue, de stabilité et de prudence. Le marché israélien pourrait dégringoler et le gain momentané de votre satisfaction pour de nouvelles dépenses, pourrait se transformer en un échec économique cuisant! Je ne m'associerai donc pas à des décisions pouvant provoquer l’effondrement de notre économie pour de triviaux calculs politiciens! A partir du moment où le cabinet initie un projet, ceux qui s’y opposent ne sauraient en rester partenaires … »
Des coupes claires dans
la Défense, mais aussi dans le social…
Quant à Bar-On, il a convaincu les ministres de choisir d’importantes réductions dans le budget de la Défense nationale (quelque 2,4 milliards de shekels de
moins qu’en 2008) aussi accompagnées de coupes dans le domaine social: «Séparez donc l’économie de la politique, c’est un jour décisif pour l'économie nationale!», a-t-il recommandé. Craignant apparemment que l’inflation ne redresse trop la tête d’ici à l’année prochaine, il a souligné que ces réductions étaient nécessaires puisque, selon lui, des allocations familiales «trop élevées» augmenteraient le taux d’inflation.
Le ministre des Finances a également réduit de moitié les montants alloués aux «fonds spéciaux» censés injecter de l’argent pour des projets sociaux, comme l’aide d’urgence aux enfants en danger, aux handicapés et à d’autres catégories défavorisées. Et ce, alors que d’autres projets financés par le bureau du premier ministre, comme la relance de la croissance économique à Jérusalem, vont aussi pâtir de ces coupes budgétaires.
Une proposition de budget qui touche encore les secteurs sociaux les plus faibles en imposant une sévère réduction des subventions d’Etat aux transports publics, ce qui provoquera une hausse de 9 % des tarifs des autobus et des trains à partir du 1er janvier. Les congés de maternité seront réduits à 12 semaines au lieu des 14 actuelles; quant à la prime de naissance, elle ne sera désormais versée que pour le 1er enfant. Les femmes au repos forcé durant leur grossesse subiront également les réductions budgétaires:
jusqu’à présent, après 30 jours de repos, elles recevaient leur salaire entier, mais ce budget propose de le réduire de moitié.
Le système éducatif sera également affecté : le ministère de l’Education allouera des budgets pour un minimum de 36 heures hebdomadaires de cours par classe, mais seules les classes d’au minimum de 25 élèves recevront ces subventions.
Quant à l’administration du désengagement d’août 2005 (Sela) censée traiter les demandes des expulsés de Gaza et du Nord de la Samarie, elle fermera le 1er janvier 2010, même si à 16 mois seulement de cette date butoir, l’écrasante majorité de ces expulsés n’a pas encore été relogée et que les localités prévues pour les accueillir
n’ont pas encore été construites.
Un budget fragile critiqué
par tout le monde !
Or les ministres travaillistes ont d'emblée fait savoir qu’ils rejetaient tous ces «faux choix» en exigeant une augmentation du montant des dépenses de l'Etat de quelque 2,5 % par rapport au budget actuel. Ehoud Barak a ainsi répondu à Olmert en déclarant: «J’ai rencontré les principales personnalités du secteur socioéconomique, dont la direction de la Histadrout et des employeurs, sans
distinction de couleur politique. Or le premier ministre et son ministre des Finances devraient en faire autant en se concertant avec ces acteurs économiques afin de parvenir à un budget plus équilibré!»
En fait, tous ces désaccords sur le budget 2009 – qui persistent toujours après son adoption – pourraient faire chuter le gouvernement si Olmert appliquait sa menace de limoger Barak au cas où les travaillistes continueraient de s’opposer aux propositions du Trésor.
«Le budget doit être soutenu par tous les partis de la coalition, et ce indépendamment des conflits politiques, affirmait ainsi un proche
d’Olmert. Barak s’oppose aux budgets pour des raisons politiques et si le premier ministre n’a pas d’autre choix, il devra envisager de le renvoyer … En fait, cela dépend de l’attitude de Barak. »
Selon certaines sources, Olmert envisagerait de congédier Barak à cause de la «guérilla politique» que ce dernier ne manque pas de provoquer à chaque réunion du cabinet. Mais, d’après l’une des principaux responsables travaillistes, «c’est certainement là le meilleur moyen d’écourter le mandat déjà amputé d’Olmert en tant que premier ministre et celui de Kadima en tant que parti au pouvoir !»
Richard Darmon