Dialogue
Tout change. Il est une phrase de Voltaire que je croyais coulée dans le marbre; elle semble remise en question. La voici: «Qu’à la bourse d’Amsterdam, de Londres ou de Surate ou de Bassora, le guèbre, le banian, le juif, le mahométan, le déicole chinois, le bramin, le chrétien grec, le chrétien romain, le chrétien protestant, le chrétien quaker trafiquent ensemble: ils ne lèveront pas le poignard les uns sur les autres pour gagner des âmes à leur religion.»
Du 7 au 9 juillet 2008 dans l’île de Hokkaïdo, à Toyoka ( Japon), se tenait le sommet des nations les plus industralisées de la planète, le G8. La présidence en était assurée par le premier ministre nippon, M. Yasso Fukunda. Au menu, si l’on peut dire, les principaux dysfonctionnements qui secouent les sociétés au niveau mondial avec la flambée des prix du pétrole et des produits alimentaires, le changement climatique, l’assistance au développement des pays africains, la stabilisation des marchés financiers. Sans oublier les deux menaces majeures pesant sur la paix mondiale: le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Comme l’a déclaré le président Fukunda: «Sous ma présidence les délégués laisseront leurs différences de côté et auront des discussions sérieuses pour aborder ces problèmes. En outre, des dirigeants représentant des pays et des organisations internationales intéressés à la solution des problèmes précités sont réunis ici pour une conférence parallèle, plus étendue que tout ce qui a été entrepris jusqu’ici.»
Nul doute que M. Fukunda visait le rassemblement plurireligieux, «Religions pour la paix» à quelques kilomètres de là, à Sapporo, les 2 et 3 juillet, précédant ainsi le sommet du G8.
Plus de 100 responsables religieux représentant les religions majeures: bouddhisme, christianisme, hindouhisme, judaïsme, jaïnisme, islam, shintoïsme, zoroastrisme. Le judaïsme était représenté par le grand rabbin René Gutmann, de Strasbourg (France).
«Il n’y a pas de paix sans code moral, m’a-t-il confié. Et pour nous faire entendre des hommes politiques du G8, leur rappeler que la vie est supérieure à la mort j’ai rapporté la réaction du dalaï lama au cours d’une réunion des grandes religions du Livre.»
Une pause . Puis il reprend: «Chaque délégué a montré la valeur essentielle qui caractérise sa religion: l’amour pour le christianisme, la paix pour l’islam, la justice mêlée de compassion pour le judaïsme.» Le dalaï lama nous fit alors remarquer avec douceur: «Je ne comprends rien à ce que vous avez dit. Ma vérité à moi c’est de sourire à la personne qui est en face de vous, de préserver la vie même du moustique, de ne pas faire du mal à l’éléphant qui se promène ...»
«Aussi, dans le messagel que nous avons adressé depuis Sapporo au G8 n’avons nous pas parlé de Dieu ni utilisé de concepts religieux. Il fut remis par une délégation dont j’ai fait partie au premier ministre Fukunda. Après nous avoir vivement félicités et promis de transmettre l’Appel de Sapporo aux membres du G8, il a ajouté: “Il est désormais nécessaire que les dirigeants politiques et religieux dialoguent et travaillent en étroite collaboration afin d’affronter nos problèmes communs.»
C’est ce que formulent , en conclusion, les auteurs de l’Appel de Sapporo: «Nous, leaders de diverses communautés religieuses, nous engageons à nouveau à travailler ensemble et avec d’autres partenaires de bonne volonté pour aborder les menaces auxquelles nous sommes tous confrontés. Alors que nous œuvrons pour affronter les défis de notre temps, nous sommes très attentifs aux traditions religieuses qui nous ont enseigné – chacune selon la voie qui lui est propre – la compassion, le pardon, la réconciliation; toutes choses essentielles pour une paix véritable.»
«Nous exhortons, respectueusement, le G8 à reconnaître, faciliter et soutenir effectivement l’importance d’une coopération multireligieuse car des étapes sont nécessaires pour avancer vers le bien commun,
Lumière au pays du Soleil Levant.»
Louis Bloch