Des prévisions économiques plutôt optimistes de la Banque d’Israël

Richard Darmon, December 10, 2009
D’après un tout récent rapport publié le 1er septembre par la Banque centrale israélienne, la croissance économique pour l’année 2009 ne sera pas négative (soit -1,5 %) comme initialement prévu, et elle atteindra même + 2,5 % en 2010. Des chiffres qui annoncent une probable sortie de la crise internationale qui avait démarré à la fin 2008. Et ce, malgré la probable persistance du chômage, voire même son aggravation dans certains secteurs d’activité…
TRAFIC A l’image de la circulation, l’économie sera tantôt fluide, tantôt engorgée, tantôt bloquée

Compte tenu des résultats économiques positifs enregistrés au second trimestre 2009 – à la fois au plan mondial et en Israël – et du fait des prévisions améliorées concernant la croissance mondiale et les flux en hausse du commerce international, nos  propres prévisions macro-économiques pour 2009 et 2010 en Israël ont été relevées, explique ce rapport assez optimiste de la Banque d’Israël. En se fondant sur les résultats de l’économie nationale relevés lors du premier semestre 2009 et sur les indicateurs économiques des derniers mois, il apparaît que la fin du déclin de l’activité économique qui n’était attendue qu’en décembre 2009 est entrée dans les faits au second trimestre 2009.»  
Un bond de 2,5% de croissance en 2010, mais le chômage en hausse…
La Banque d’Israël prévoit donc une croissance nulle (0 %) pour 2009 au lieu des -1,5 % annoncés en avril dernier, mais une nette reprise en 2010 avec un taux  de 2,5% pour 2010. «Nos prévisions de croissance pour 2010, ajoute encore ce document de la Banque centrale, se basent sur une croissance pressentie de 6,3% du secteur des exportations et sur une hausse plus modérée de 2;7 % de la consommation intérieure.»
A noter que cet optimisme a toutefois été tempéré par d’autres prévisions moins euphoriques publiées par le ministère israélien des Finances selon lesquelles la croissance de 2009 resterait négative 
(-1 %), le taux de 2010 ne connaissant quant à lui une hausse que de + 1,5 %. Cependant le point le plus marquant et inquiétant de ce rapport de la Banque d’Israël concerne sa prévision selon laquelle le chômage va continuer à augmenter: «Au second trimestre 2009, le taux de chômage est monté à 8,1 % – un niveau qu’il va sans doute conserver jusqu’à la fin de l’année en cours. Mais en 2010, nous pourrions craindre une montée en flèche  du chômage qui pourra atteindre jusqu’à 8,3 %.»
De nombreux secteurs 
déjà touchés par la crise de l’emploi
Des prévisions en quelque sorte confirmées par d’autres données publiées début septembre par l’Office central israélien des statistiques (OCIS) selon lesquelles Israël a compté en avril et juin dernier quelque  241 300 chômeurs, soit 13 000 de plus qu’au premier trimestre 2009 où le taux de chômage n’atteignait que 7,6 % et 66 400 chômeurs de plus que pour la même période de 2008.
A noter que parmi les milliers de sans-emploi actuels, on compte une majorité de femmes, soit 8,2 % contre 7,9 %  de chômeurs hommes. C’est l’industrie qui a été la plus touchée par le chômage avec une perte de 10 200 emplois par rapport à  2008. Quant aux autres branches d’activités en crise, il s’agit des administrations et de la fonction publiques, du secteur alimentaire et du logement, de l’éducation, et du commerce en gros et au détail et du bâtiment qui a également subi des pertes d’emplois.
Mais d’autres secteurs et domaines d’activité se sont développés: ainsi, quelque 6900 nouveaux employés municipaux ont pu trouver un emploi, alors qu’on enregistrait des milliers de nouveaux postes dans le secteur financier, les banques et les compagnies d’assurances, ainsi que certaines institutions financières ou dans les métiers de la santé et du bien-être social.
Par contre, les nouveaux diplômés sortant de l’université ou des instituts professionnels  connaissent depuis le début 2009 un sort plus difficile qu’au premier semestre  2008. A noter aussi que le plus grand nombre de nouvelles propositions d’emploi concernait les salariés sans formation, dont 15 300 ont pu trouver un emploi. C’est en fait la région de Jérusalem qui  est actuellement la plus touchée par le chômage avec un taux de sans-emploi atteignant les  9,7% de sa population active au début 2009, pendant qu’on relevait  9,1 %  dans le nord, 8,3 % dans le sud du pays, 7,2 % pour Haïfa et sa région et enfin seulement  6,9 % pour Tel-Aviv.
La peur du retour de l’inflation 
conduit à une hausse du taux d’intérêt
En ce début septembre, la Banque centrale d’Israël s’apprête à monter de 
0,25 %  le taux d’intérêt pour le porter à 0,75 %. Depuis le début de la crise financière internationale démarrée à la fin 2008, la Banque d’Israël sera en fait la première banque centrale du monde développé à augmenter ses taux d’intérêt. En effet, la plupart des banques centrales ne prévoient pas encore d’augmenter leurs taux d’intérêt avant la fin de l’année 2009, voire à la mi-2010. Mais l’économie israélienne risque de s’en trouver en meilleure situation que la plupart des autres économies mondiales. Les banques privées devraient elles aussi augmenter de 
0,25 % leurs taux d’intérêt sur les découverts.
En effet, a commenté un haut fonctionnaire de la Banque d’Israël, le taux de 0,5 % institué en mars dernier convenait à une économie en situation de forte récession, mais Israël ne se trouve plus du tout actuellement dans cette conjoncture: suffisamment d’indices montrent bel et bien une sortie de plus en plus évidente de la crise.
La Banque centrale a expliqué que l’inflation est effectivement en train de relever la tête: l’indice des prix à la consommation a ainsi augmenté de 1,1 % en juillet, et ce, à l’encontre de toutes les prévisions. Or depuis le début de l’année, on a enregistré une hausse générale des prix de 3,2 % - un chiffre qui passe à 3,5 % pour les douze derniers mois!  Il était donc grand temps que la Banque centrale prenne cette dérive inflationniste en compte, quitte même à risquer de limiter quelque peu la croissance économique. On sait en effet que des taux d’intérêt trop bas peuvent certes soutenir la croissance, mais qu’ils encouragent l’inflation. Or, la mission centrale de la Banque d’Israël et de son gouverneur, le brillant économiste israélo-américain Stanley Fisher, est de garder l’inflation à un taux compris entre 1 % et 3 %, ce qui correspond grosso modo à une relative stabilité des prix. Mais une inflation supérieure à 3,5 % – comme lors de ces douze derniers mois – risque de précipiter dangereusement le pays au-delà de la fourchette escomptée par la Banque centrale.
A noter que cette mesure de la Banque d’Israël n’a pas trop satisfait les industriels israéliens qui redoutent que la hausse prévue du taux d’intérêt ne renforce trop le shekel face aux devises étrangères. Et que cela nuise gravement aux exportations en «bleu et blanc»…