Cinéma
Hors du circuit médiatique et subventionné des TV et des festivals, les images sur le Proche-Orient et le conflit israélo-palestinien parlent. Et l’accueil qu’elles rencontrent dit beaucoup de choses. Il y a eu le succès authentiquement populaire des deux films israéliens que sont «Le Retour de la Fanfare», d’Eran Kolirin, et «Valse avec Bachir» d’Ari Folman (dont la non-palme au festival de Cannes continue à tenir l’affiche en Suisse romande et, n’en déplaise à certains, en Israël aussi). Puis le tabac judéo-arabe des «Citronniers» d’Eran Riklis et Suha Arraf. Après le relatif succès d’estime de «Beaufort», la fiction de Joseph Cedar sur le retrait israélien du Liban-Sud en 2000, c’est en ce moment «Le Sel de la Mer» de la Palestinienne Anne-marie Jacir qui pourrait bien prendre la corde. Assez curieuse traduction du titre original «The Salt of This Sea», il est aussi efficace pour la cause qu’il défend que l’avait été «Noces en Galilée» du Palestinien Michel Khleifi (film réalisé en 1987 avec le concours des Israéliens) ou de son très contesté «Route 181», réalisé avec Eyal Sivan.
Au moment où le droit au retour revendiqué par les Palestiniens refait surface et va peser lourdement sur les éventuelles futures négociations entre les successeurs d’Olmert avec le peut-être toujours en place Mahmoud Abbas, il met en scène la «visite» en Israël d’une Palestinienne nommée Soraya (Suhei Ammad) et ayant grandi en Amérique. Avec tous les obstacles qu’elle doit franchir ou surmonter malgré son passeport, d’abord du côté israélien, puis auprès des siens à Ramallah, il aussi pose des questions de fond. Surtout lorsque, voulant surtout symboliquement récupérer l’argent gagné puis laissé par son grand-père chassé de Jaffa en 1948, elle se heurte à un véritable déni sous forme de fin de non-recevoir de la Banque nationale palestinienne.
Entre son physique et son éducation, tout le monde – y compris chez les Palestiniens – se ou lui demande ce qu’elle est venue faire à Ramallah… Sauf peut-être Esmad (l’acteur Saleh Bakri, déjà remarqué dans «Le Retour de la Fanfare»), un serveur de restaurant d’à peu près son âge, qui – sauf à se résigner à un avenir muré et sans horizon – ne peut ni rester ni sortir. L’enfant de Brooklyn rêvant de ses racines à Jaffa … Celui de Ramallah condamné à ne sentir la mer que de loin et rêvant de Canada … Le tout sur fond de gros notables et autres petits potentats ou poussahs … Si la scène du hold-up n’évite pas tous les clichés, la rencontre des deux jeunes gens et leur cavale en Israël, mais aussi sur la terre de leurs ancêtres, est filmée avec beaucoup de talent et de pudeur. Elle prend la forme d’un pèlerinage sauvage entre les interdits et murs en tout genre. Bien entendu, quoique pas entièrement fermé, le film n’est pas tendre avec l’occupation israélienne. Surtout lorsque, par exemple, Soraya est invitée par la nouvelle occupante du lieu à visiter et même habiter un temps l’ancienne maison familiale de Jaffa. Ou que l’ancien village d’Esmad est raconté par un prof israélien à ses élèves devant le couple entre deux esquives de patrouilles policières.
Entre «La Maison» (1980), «Une maison à Jérusalem» (1988) et «News from Home» (2006), la trilogie d’Amos Gitai sur les tribulations historiques de la famille Touboul, de Colomb-Béchar, de l’économiste Haim Barkaï et du Dr. Dajani, le Palestinien chassé, abordait – dans une tout autre veine – un problème sinon similaire du moins très proche. Elle ne semble pas avoir rencontré le public. Plus récemment, en dépit du concours de Juliette Binoche, Jeanne Moreau et Barbra Hendricks, son assez rocambolesque «Désengagement», – Coproduit par Arte, non plus. Mais, autant les scènes d’évacuation de colons confirmaient son talent pour les grandes scènes de groupe en mouvement, autant le scénario des funérailles et retrouvailles de la famille juive en France puis de la fille devenue mère avec son enfant devenu colon en Israël dégageaient un parfum de scénario de commande à tous les niveaux. On va d’ailleurs retrouver en 2009 Jeanne Moreau dans «Plus tard tu comprendras», le film que Gitaï a terminé cette année à partir du livre autobiographique de Jérôme Clément – par ailleurs président d’Arte – à la mémoire des déportés. Et cette œuvre est également coproduite par Arte… Rencontrera-t-elle plus le public que «Le Désengagement»? Après le Léopard d’honneur de Gitaï au festival de Locarno pour l’ensemble de son œuvre, c’est ce qui est souhaité de mieux au réalisateur de «Kaddosh» ou de «Kedma» et «Terre promise»…
Olivier Kahn
Famille Elkabetz le retour
En attendant qu’un courageux diffuseur helvétique veuille bien permettre au public de voir (enfin) «Les 7 Jours», le film de Ronit sur le rituel du deuil dans une famille juive, ceux qui reçoivent le canal Arte en TNT pourront se consoler en (re)voyant «Prendre Femme», le film de Ronit et Schlomi Elkabetz (2004), une sorte de biographie familiale axée sur une femme désirant ardemment que son mari s’affranchisse de la religion. Tout un programme … (vendredi 17 octobre, 14h50, jeudi 23 octobre, 14h55).