Bons Juifs et bons Suisses de «La Tchaux»

September 28, 2011

 Intitulé «La Communauté israélite  de La Chaux-de-Fonds  de 1933 à 1945 structure, bienfaisance, position face à l’antisémitisme»** et dirigé par le professeur Laurent Tissot, dans le cadre de l’Institut d’histoire de l’Université de Neuchâtel, le mémoire de maîtrise de Sarah Blum ne  correspond pas seulement aux stricts critères du genre.  Il s’en échappe parfois un peu aussi et propose un voyage  en profondeur, aux résonances personnelles et contenues mais presque intimes, dans la vie d’une communauté juive suisse pendant la grande tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Car après le rappel des conditions, souvent héroïques, dans lesquelles la vie juive s’est développée en Suisse jusqu’à l’émancipation puis l’intégration socioprofessionnelle et l’émergence d’un pa­tronat juif horloger, après la recension très précise  des circonstances dans lesquelles est née puis a grandi la communauté chaux-de-fonnière, c’est de ses réactions dans l’accueil des Juifs fuyant les persécutions  nazies dans une Suisse largement défavorable qu’il est  principalement question.  Parallèlement aux  plus qu’intéressantes analyses des détails sur la constitution (dès 1862) puis le fonctionnement de la caisse centrale de  bienfaisance, des hommes et des femmes émergent alors littéralement du passé et certains de leurs parcours constituent un grand exemple de solidarité comme de non-passivité. Souvent au prix d’une dure opposition aux institutions, non seulement suisses mais parfois aussi juives comme ce fut, notamment,  le cas de Paul-Maurice Blum, l’arrière-grand-oncle de l’auteur, avec le Gemeindebund.  Qui, après avoir vu clair ( bien avant 1942…), a lutté non seulement contre l’antisémitisme ambiant mais pour riposter activement (en prônant par exemple le boycott des produits allemands alors qu’on sait aujourd’hui comment une partie de l’industrie et de la banque. a «coopéré». Et, surtout, faire  le plus possible pour sauver et aider les coreligionnaires réfugiés (ou tentant de le devenir…).  Aussi profondément bon Juif que bon Suisse, ainsi apparaît ce meneur d’hommes combatif dont l’exemple est d’autant plus à méditer que ce mémoire, ouvre des perspectives d’analyse, parfois critiques et reflétant une belle indépendance d’esprit, sur la judéité helvétique. On espère voir prolongé et développé  un jour ce beau travail, qui a commencé par un considérable dépouillement d’éléments d’archives souvent totalement indédits et ne demandant qu’à être mis en valeur.     [O.K.]


** Pour se procurer l’ouvrage, s’adresser à Laurent et Florence Blum, rue des Chevreuils 45, 2300 La Chaux-de-Fonds.