Analyse

Richard Darmon, October 9, 2008
Tzipi Livni face à de nombreux défis…
<b>tzipi livni</b> «Et sans Shas, il n'y aura pas de gouvernement»

Si dans un délai de 28 jours à compter du 21 septembre dernier, jour de la démission officielle du premier ministre Ehoud Olmert (qui reste entre-temps chef d’un «cabinet de transition»), Tzipi Livni parvient à former un nouveau gouvernement capable, avant toute chose, de recevoir l’approbation majoritaire de la Knesset, elle devra s’occuper «à chaud» de nombreux et délicats dossiers en instance. Or une partie de la presse nationale doute encore de ses capacités !

Des décisions fatidiques et lourdes de conséquences afin de stopper – quand et comment ? – ou de laisser s’achever la course folle du régime des ayatollahs iraniens vers le nucléaire militaire; les hauts risques de crise financière puis de dépression économique en Israël même dus au dernier «Krach» des grandes banques et sociétés américaines d’investissement; la relance des pourparlers avec l’Autorité palestinienne (AP) en vue de conclure un accord définitif qui, murmure-t-on sérieusement ces jours-ci à Jérusalem, serait déjà « fin prêt » (y compris concernant l’évacuation de 95 % de la Judée-Samarie et le partage de Jérusalem…); la reprise attendue des discussions de paix avec la Syrie en vue d’«échanger le Golan contre la paix» ; la réorganisation judiciaire et constitutionnelle déjà initiée en partie par l’entreprenant ministre de la Justice, Daniel Friedman, qui a commencé à limiter les pouvoirs de la Cour suprême pour mieux laisser le Parlement légiférer; les discussions puis l’adoption – qui seront certainement fort laborieuses avant le 31 décembre prochain – du projet de budget pour 2009 (censé poursuivre la «politique d’austérité» des lois de finance précédentes) par une Knesset plus que jamais divisée; le fait intolérable au «Pays des Prophètes» – et particulièrement ressenti en cette péridode des fêtes du Nouvel An hébraïque – que 20% des Israéliens (dont au moins un million d’enfants) continuent à vivre «sous le seuil de pauvreté» et à ne pas manger normalement alors que la partie supérieure des couches favorisées s’enrichit chaque jour davantage: tels sont les sept principaux dossiers que devra traiter Tzipi Livni dès son entrée en fonctions… Et ce, sans compter d’autres «urgences» presque aussi importantes, comme la crise aiguë du système d’éducation, la grave pénurie des ressources en eau ou la nécessaire réforme d’un système politique national de plus en plus bloqué et inadéquat!


Une nouvelle coalition gouvernementale ou des élections anticipées ?

Dès qu’elle fut désignée le 23 septembre dernier par le président de l’Etat, Shimon Pérès, pour former un nouveau cabinet, la ministre des Affaires étrangères a d’emblée proposé à tous les grands partis – dont le Likoud – de constituer un «gouvernement d’union nationale» afin justement de pouvoir faire face à tous ces lourds défis en associant à la gestion du pouvoir la plupart des formations politiques influentes du pays : «J'appelle le leader du Likoud, Binyamin Netanyahou, à rejoindre le gouvernement d'union nationale que je compte diriger», a-t-elle ainsi déclaré.

Une proposition aussitôt repoussée par le Likoud qui préfèrerait de loin des élections législatives anticipées afin de «redistribuer les cartes» … D’autant que le principal parti d’opposition – toujours grand favori dans les sondages d’opinion – ne reconnaît pas à Livni la légitimité sufffisante pour former le nouveau gouvernement et devenir premier ministre: «Comment la N° 1 de Kadima, qui vient d’être élu par son parti avec 16 936 voix – soit 0,23% seulement des Israéliens! – peut-il avoir la prétention de diriger le pays sans recourir à un scrutin politique national!? s’est offusqué le député Guidéon Saar, chef du groupe parlementaire Likoud. Ces primaires de Kadima constituent une farce pseudolégale qui portera préjudice à la démocratie israélienne! (…) Livni a voulu se montrer respectable en proposant un cabinet d’union, mais, en fin de compte, ce fut plutôt pathétique …»

Au Parti travailliste, au delà des surprenants zigzags initiés par son N° 1, Ehoud Barak – qui a d’abord fait mine de s’allier avec le Likoud pour tenter d’«enterrer» Kadima … avant d’accepter de former un cabinet commun de centre-gauche avec Livni – on ne cesse de faire monter les enchères pour accepter de siéger dans un gouvernement commun jusqu’en 2010, date prévue pour les prochaines législatives. Donné nettement perdant derrière le Likoud et Kadima avec une douzaine de députés seulement (au lieu de ses 19 actuels), le chef travailliste fait tout en effet pour éviter l’éventualité d’éléctions anticipées dans les prochains mois!

Autre formation vélléitaire: le Shas qui aimerait bien rester dans le nouveau cabinet s’il obtient satisfaction pour ses renvendications sociales (une hausse immédiate et conséquente des allocations familiales), mais qui pressurisé par son électorat plutôt à droite, demande d’emblée des garanties contre la division de Jérusalem … Elie Ichaï, le leader du Shas, devait ainsi déclarer: «Si le nouveau gouvernement assume réellement le fait qu'il existe dans ce pays un million d'enfants souffrant de la faim, si dans le cadre des négociations avec l'AP aucune concession de taille n'est accordée – surtout concernant Jérusalem – nous resterons dans cette coalition. Mais dans le cas contraire, nous la quitterons. Et sans Shas, il n'y aura pas de gouvernement!»

Fait attestant que la «premier ministrable» brasse très large afin de former sa coalition parlementaire: en s'entretenant fin septembre avec le N° 1 du parti d'extrême gauche Meretz, Haïm Oron, Livni lui a demandé de faire lui aussi partie du prochain cabinet: «Je ne suis pas prête à payer le prix d'un arrêt des négociations avec nos voisins, a-t-elle affirmé. Elles vont donc se poursuivre aussi bien avec les Palestiniens que les Syriens.»


Une partie de la presse reste assez sceptique sur Livni
«Alors que, une décennie plus tôt, elle était totalement inconnue du grand public puisqu’elle n’est entrée à la Knesset qu’en 1999 au 18ème rang sur la liste des 19 députés élus du Likoud, écrit ainsi David Horovitz dans le quotidien en anglais «The Jerusalem Post», son passage météorique dans plusieurs ministères des cabinets Sharon n’a pas fait beaucoup impression. Quant à ses succès diplomatiques aux Affaires étrangères, ils laissent plutôt à désirer ! La météorique Mme Livni va donc devoir déployer de redoutables qualités pour fonder les bases consensuelles du soutien populaire dont elle a grand besoin.»

«Malgré tous les interviews qu’elle a données avant les primaires de Kadima, relève lui aussi Yossi Verter dans «Haaretz», Livni reste un complet mystère, une énigme ! Car personne ne sait vraiment si elle est capable de gérer la sécurité, l’économie et les crises politiques à répétition: le «triangle des Bermudes» de tout premier ministre israélien. Elle n’a en effet jamais pris de décisions fatidiques. Or l’Histoire risque fort de lui présenter le dilemme le plus redoutable auquel n’a encore jamais fait face aucun leader du pays: attaquer ou non

l’Iran! Elle pourrait causer la surprise et réussir – ou pas – dans ses fonctions. Mais pour l’intérêt général, il serait préférable qu’elle forme un gouvernement au moins quelques mois avant toute élection pour que nous puissions vérifier si elle est faite pour ce poste… »    Richard Darmon