Ambassadeurs... Mais de qui et quoi ?

March 25, 2010
Editorial de Olivier Kahn

L’avant-Pessah aura cette année été fertile en idées particulièrement lumineuses. Au firmament desquelles on retiendra celle que Yulki Edelstein, actuel ministre israélien de la Diplomatie publique et de la Diaspora, a sortie de dessous sa kippa.

Pour contrer la vue biaisée que l’étranger en général et la presse en particulier ne cessent de donner d’Israël depuis la guerre de Gaza, «devenons tous des ambassadeurs et expliquons», a-t-il demandé aux Israéliens. Un grand «concept» qui, indirectement, concerne aussi la majorité des Juifs de Diaspora. L’image d’Israël est biaisée ? Alors, prenons le biais de la caricature et diffusons des vidéos pour répercuter des absurdités censées être journalistiques, proposait-il d’abord.

«On» ne nous comprend ou ne veut pas nous comprendre ? Un argumentaire prêt à l’emploi pour expliquer les fondements de notre politique est à la disposition de qui veut bien s’en servir, proposait-il ensuite. On trouve tout cela sur le site www.masbirim.gov.il

Entre des sujets de tout acabit, une sorte de «jingle» y assène que, si l’on en a «assez de la façon dont on nous présente dans le monde», il est possible de changer cette image. Et, parallèlement à des saynètes montrant des acteurs-«journalistes» parlant doctement du chameau comme moyen de transport ou du barbecue comme moyen de chauffage typiques de l’Israélien moyen, il y est question de thèmes plus graves. Comme l’annexion des territoires palestiniens, profilée en résurrection des ancien­nes terres juives, leur évacuation étant présentée comme une «violation des droits de l’homme». Rien de bien original, finalement, si ce n’est que ce vaste programme s’adresse à une septantaine de groupes de travail et vise des secteurs ciblés de la popula­tion susceptibles de devenir autant d’«ambassadeurs». Tout en bénéficiant d’un budget (gouvernemental) de quelque 1,65 million de francs suisses...

Comme l’ont également affirmé nombre d’ONG et d’éditorialistes, ainsi que de nombreux opposants à cette initiative, israéliens ou non, il est plus que douteux qu’une telle démarche parvienne à convaincre d’autres esprits que ceux des convaincus d’avance. Ni à changer quoi que ce soit à «l’image» d’Israël, voire des Juifs, dans le monde.

Pas plus totalement naïfs que définitivement idiots, les opposants au discours de cette propagande simpliste savent parfaitement que pour faire du négoce, il faut au moins avoir quelque chose à négocier. Et que la réputation, c’est bien mais les mètres carrés mieux encore. Ayant l’«image» de l’Etat hébreu au moins autant à cœur que les partisans du «grand Israël», ils sont conscients du fait que le non-gel des «annexions de territoires» ne peut être perçu comme autre chose qu’une colonisation. De même que la construction de nouveaux logements destinés aux Juifs à Jérusalem-Est. De même, mais dans l’ordre du religieux et symbolique, l’inscription du Tombeau de Rachel et du Caveau des Patriarches au patrimoine des sites archéologiques juifs, sur fond de conflit entre Mont du Temple et Esplanade des Mosquées; et la reconstruction de la synanogue de la Hourva si elles ne sont pas accompagnées de gestes forts et concrets envers les Palestiniens. Comme le serait par exemple l’édification, en vieille ville de Jérusalem, d’un Musée de la Tolérance et Centre de la Dignité humaine qui respecterait l’emplacement du cimetière musulman Ma’man Allah et correspondrait vraiment à son nom.

Tout en sachant parfaitement que des actes comme celui du très contesté désengagement de Gaza n’ont pas donné les fruits «promis» par Ariel Sharon, sans nécessairement regretter un Ehoud Olmert esquissant des concessions parce qu’en fin de course politique, ils n’ont aucune envie de se faire les représentants du pilotage à vue de Nétanyahou avec son équipage perversement cacocophone et polymorphe. En cette année du cent cinquantième anniversaire de la naissance de Herzl , ils en viennent parfois à rêver d’un nouveau système politique israélien. Moins dépendant des combinazione. D’où seraient issues une pensée comme une équipe vraiment capables de vouloir et promouvoir une paix. C’est à dire une équité dont ils seraient enfin fiers de pouvoir se réclamer. ●