A propos de Lionel Elkaim, bientôt rabbin de Lausanne
Al’approche de son demi-siècle, Lionel Elkaim a déjà derrière lui un bel itinéraire. Né à Miliana (Algérie) en 1961, au sein d’une famille séfarade traditionnelle où l’on tenait une boucherie cacher (que gérait déjà son grand-père), il a rapidement franchi la Méditerranée pour grandir à Nice en fréquentant le mouvement de jeunesse Bné Akiva dont il deviendra un des animateurs. C’est là qu’il rencontre son premier maître, le grand rabbin Kling dont il aime évoquer le grand charisme, la profonde culture et la personnalité exceptionnelle. Mais il a aussi particulièrement à cœur de citer le rabbin Ringer, qui dirigeait le Cercle des étudiants juifs de Nice et qu’il dépeint comme un Hassid extrêmement ouvert. «Ce dernier collaborait avec le rabbbin Mergui, dit-il, tous deux ayant le juste contact avec un milieu étudiant extrêmement divers qu’ils ont su fédérer avec un discours cohérent.» Venu à Montreux en 1977, il y termine ses études profanes tout en approfondissant ses connaissances talmudiques au sein de la Yeshiva Etz Haïm que dirigeait le rabbin Botschko. Puis il s’envole pour Jérusalem afin d’y acquérir une formation d’enseignant au sein de la Yeshivah Hechal Eliahou où il étudie particulièrement l’exégèse des grands textes.
«Les mélodies changent mais...»
Il obtient le diplôme d’Etat israélien d’enseignement de Bible, Talmud et pensée juive. Ce qui ne l’empêchera pas de faire son service militaire dans les rangs de Tsahal et même de prendre part à la guerre du Liban en 1982 (dans les télécommunications, tient-il à préciser). Revenu en Suisse en 1996 avec son épouse Myriam, fille du rabbin Claude Lederer, de Strasbourg, pour enseigner tous deux à l’Ecole juive de Lausanne, il devient ministre du culte à Fribourg tout en exerçant différentes responsabilités d’enseignant dans les écoles juives et milieux associatifs ou communautaires, notamment lausannois et genevois. Ils ont trois enfants : Esther (21 ans), Moria (19 ans) et Yaïr (16 ans).
Convaincu par le rabbin Alain David Nacache de le seconder, il devient en 2007 délégué rabbinique de la CILV tout en continuant à enseigner. Et à chanter puisqu’il est aussi un hazan apprécié qui pratique avec autant de bonheur le rituel séfarade de son enfance niçoise que le rituel ashkenaze avec lequel il s’est familiarisé à Montreux. Une faculté qui, lorsqu’on lui demande s’il ne se sent pas parfois en danger de shizophrénie, lui fait dire en souriant: «Les mélodies changent mais, quand je prie ou chante, j’adore le même D-ieu…»
Métier et vocation
Son maître mot ? Il semble que ce soit celui de «responsabilité», qu’il fait fraterniser avec «fermeté», surtout lorsqu’il parle de transmission et de tradition tout en évoquant aussi l’ouverture et le respect de l’autre que lui ont enseignés ses maîtres. Sa candidature était appuyée par les rabbins Saul David Botschko, le fils du directeur de son ancienne Yeshiva de Montreux, Abraham Weingort, de Jérusalem, que les Juifs vaudois et français connaissent bien, et Moché Ben Abbou, de Gilo. Tous trois se sont engagés à le préparer aux examens finaux du diplôme de rabbin. Une fonction qu’il ne voit absolument pas comme un «métier» mais, dans le droit prolongement de sa longue activité d’animateur et enseignant, et avant tout comme une vocation. Doté d’un sens certain de l’humour, quand quelqu’un lui demandait pourquoi il «faisait pas rabbin», il répondait parfois en citant un witz transmis par son beau-père: «Rabbin? Mais ce n’est un métier pour un juif!» Désormais il pourra aussi ajouter qu’il a changé d’avis pour faire mentir l’adage selon lequel «certains rabbins prêchent comme des hazanim tandis que certains hazanim chantent comme des rabbins».