A l’ombre d’une communauté en fleur

Propos recueillis par Olivier Kahn, September 28, 2011
Six mois après son élection, la coprésidence semble tourner à plein régime. Entre petites et «grandes» nouvelles, coup d’œil sur les itinéraires, façons de faire et premiers pas du duo Alain Schauder-Marianne Gani.

L’une a non seulement été présidente du Tribunal d’arrondissement de Nyon mais après avoir exercé de multiples responsabilités communautaires, notamment au comité du Gan puis comme secrétaire général  de la CILV, fut la très appréciée vice-présidente d’Antoine David lors de la précédente mandature. L’autre ne s’est pas contenté  de 27 ans à la direction des RH  du groupe hôtelier Hyatt pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient mais a activement fait partie  de deux comités précédents (avec les présidents Pierre Ezri et Jean-Pierre Bloch). Et pourtant, ça tourne! semblent dire implicitement  la petite-nièce d’Adrien Thélin (le conseiller d’Etat vaudois qui, voilà maintenant 101 ans,  prononça  le discours inaugural de la synagogue lausannoise) comme celui qui fut à la tête de 20 000 collaborateurs avant de fonder «SchaudeRH», sa propre société de conseil. Tout en précisant, explicitement cette fois et quasiment de concert: «Le secrétariat étant partagé, Marianne s’est  spécifiquement chargée des relations extérieures et de la culture tandis que le centre communautaire, les relations humaines et la coordination du comité ont échu à Alain. On a accepté cette responsabilité parce que, pour avoir souvent et longtemps eu l’occasion de travailler ensemble sur le terrain communautaire, on se connaissait très bien et on avait plein de choses en commun. Notamment l’envie que “ça”  marche!» Un propos que, en alternance mais presque d’une même voix, les deux coprésidents explicitent  ainsi: «Il faut vraiment dire que nous bénéficions du travail très important qui a été accompli avant nous.» Et Alain Schauder de préciser, en solo cette fois:  «L’important, c’est que le comité ait du plaisir à travailler et que cela se fasse sans prise de tête afin que perdure – une notion à laquelle je tiens beaucoup – l’ambiance communautaire actuelle. Ce qui ne signifie pas nécessairement chercher l’idéal de l’unanimité mais plutôt savoir trouver une bonne et durable majorité.» «Donc discuter puis respecter la décision prise», souligne Marianne Gani, avant de préciser:  «Il est très important de responsabiliser les membres, non seulement  du comité mais de la communauté et, d’ailleurs, dans le prochain «Shalom» [titre du bulletin communautaire] une sorte d’appel à  une forme d’engagement, même  limité dans la durée, sera lancé à ceux et celles qui éprouvent parfois des difficultés d’emploi du temps mais qui, autrement, seraient prêts à prendre des responsabilités. Je comprends  ceux qui sont freinés parce que en pleine période de travail mais tout le monde peut faire quelque chose et si chacun  s’engageait sur un projet spécifique, un pas énorme serait accompli.» «D’autant que, au comité comme au sein des commissions où s’effectue un travail vraiment remarquable, nous sommes tous bénévoles», rappelle  Alain Schauder.

A propos de tout ce qu’implique la vie de la synagogue au centre du Shtettl lau­sannois, la recherche d’un hazan a finalement abouti à l’engagement de Mendel Naparstek, déjà assistant rabbinique, qui sera «coaché» dans le rite ashkenaze par Alain Blum pour les fêtes. Et, autre information devant être  détaillée dans le prochain «Shalom», la commission synagogale et le comité ont décidé de modifier l’alternance  des rites séfarade et ashkenaze en consacrant désormais un Shabbat complet par mois au rite séfarade au lieu des deux vendredis soirs jusqu’ici pratiqués en alternance.  Ce qui, lorsqu’on les interroge sur la parité en la matière (les Ashkenazes et Séfarades  représentant actuellement chacun à peu près 50 %  des 600 familles) fait dire à Alain Schauder  et Marianne Gani que «la CILV étant historiquement une communauté ashkénaze, il s’agit d’un pas considérable que la commission synagogale a largement débattu et qui, en permettant aux uns de se familiariser avec les us et coutumes des autres, est synonyme d’ouverture».

Toujours au chapitre du personnel communautaire, la CILV a trouvé un maadrich en la personne de Yannick Cohen  qui, ayant déjà exercé une fonction similaire en région lyonnaise et déjà très bien intégré à Lausanne, semble particulièrement à même de succéder à Sylvie Bercowitz auprès des «petits» comme des «ados» ou étudiants. «Si on arrive à maintenir la synergie actuelle entre le rabbin, le maadrich et le hazan, alors on sera sur la bonne route», commentent les deux coprésidents.
Pour ce qui concerne le centre communautaire, cette route va devoir  passer très bientôt par le comblement d’un grand vide. Moins celui du déficit  structurellement chronique (déjà considérablement  réduit il continuera à être assumé en raison de l’importance du centre pour le lien communautaire) mais celui que va créer le prochain départ de Michaela Borros, sa directrice. Une décision motivée, après huit ans d’intense activité, par des raisons familiales et personnelles, à la fois extrêmement regrettée et très respectueusement saluée par le comité. Lequel, dans une let­tre spécialement adressée aux membres, a rendu un émouvant hommage à celle qui «après deux ans de bénévolat avait accepté de travailler à 70% pour en fait se dévouer à 200%».

Sur le plan extérieur, le calme apparemment revenu après le tourbillon du centenaire ne semble en tout cas pas sy­nonyme d’immobilisme. Des réunions régulières ont lieu, avec Herbert Winter et Sabine Simkhovitch-Dreyfus, pour améliorer les modes du travail commun  entre la FSCI et la CILV, voire préciser qui fait quoi ou trouver des terrains de synergie. Un mot qui pourrait bien ne pas relever que de la tarte à la crème contemporaine lorsqu’on sait que, en plus d’avoir offert à d’autres communautés de mettre certaines activités en commun (voir en page 15), la CILV vient de prendre une initiative importante. Et qui laissera sans doute songeurs  quelques responsables de la presse juive puisqu’il s’agit – ni plus ni moins… – d’offrir une page   dans le bulletin «Shalom» à d’autres communautés. Ainsi qu’à la FSCI  ou à la CICAD (avec laquelle la CILV a d’ailleurs aussi eu des rencontres «sur le thème de la coordination de la communication et notamment pour préciser qui dit quoi»). En  ajoutant à cela la prochaine refonte du bulletin «Shalom» (qui sera plus «sexy») et la prochaine mise à disposition d’un «kit» d’information destinés aux nouveaux membres sur l’ensemble du réseau communautaire, au lieu et place de la brochure actuelle, le moins qu’on puisse dire est que la communication ne semble pas en voie de devenir une parente pauvre pour la direction actuelle de la CILV.

Cela  suffira-t-il à maintenir l’ambiance de sérénité créative retrouvée depuis maintenant presque trois ans? Alain Schauder convient que, actuellement l’impression de traverser une période idyllique prévaut. Mais elle est toutefois tempérée par les très nombreux rappels récemment adressés pour cotisations impayées, certaines depuis 2008. Des rappels qui… rappellent… l’appel jadis lancé par le décidément très kennédyen président Jean-Pierre Bloch. Dont la référence au «civisme communautaire» évoquait beaucoup un certain: «Ask not what your country can do for you but what you can do for your country» (traduction libre: Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais demandez-vous plutôt ce que vous pouvez faire pour lui)…