À deux semaines des primaires du parti Kadima

Richard Darmon, October 9, 2008
La crise politique s’amplifie en Israël…
ehud olmert Sa démission semble lui avoir insufflé une nouvelle énergie ...

Après l’annonce dramatique du premier ministre Olmert, faite le 31 juillet dernier, d’une démission de ses fonctions à l’issue des primaires de Kadima du 17 septembre prochain, la crise politique est arrivée à son paroxysme en Israël où le gouvernement de sursis qu’il dirige encore – et où siègent quatre ministres de Kadima qui sont autant de candidats rivaux à ces primaires – est devenu quasi inopérant.

En dépit de l’incertitude évidente de son gouvernement dans la gestion de la plupart des dossiers en instance (voir notre article sur le budget 2009) et malgré sa promesse de se retirer après le scrutin interne de Kadima, Olmert – qui s’est ainsi senti «les mains libres» – est soudain apparu curieusement fort face aux événements en cascade de la scène politique israélienne … Certains disent même qu'il aurait paradoxalement acquis un «regain d’énergie» du fait qu’il n’a plus à s’inquiéter de son avenir politique: de nouvelles forces qu’il a utilisées ces derniers temps à la fois pour tenter de faire avancer au maximum les négociations avec l’AP afin d’arriver avant son départ à une sorte de «pré-accord» sur les principaux points en litige et, ce faisant, d’entrer lui aussi – in extremis! – dans l’Histoire, mais aussi pour se battre jusqu’au bout afin de prouver son innocence dans les quelque sept affaires judiciaires qu’il a sur le dos. Lesquelles lui valent d’être interrogé par la police au moins 3 heures d’affilée chaque vendredi depuis le début juillet ...
«Interrogé chaque semaine par ses enquêteurs, écrit ainsi l'un des éditorialistes de la presse israélienne, Olmert a besoin de temps pour préparer sa défense, consulter ses avocats, et répondre aux journalistes: il est donc bien peu disponible pour prendre les décisions politiques qui lui incombent. S’il affirme toujours ne pas lire les journaux, Olmert accorde pourtant des entretiens aux grands journaux pour s’attirer quelque sympathie. Or souvent, ces entretiens, qui commencent vers minuit se poursuivent jusqu’à l’aube … Dans ces conditions, comment pourrait-il assurer sérieusement sa fonction de premier ministre …?

Un cabinet devenu la «foire d’empoigne» des candidats à la direction de Kadima
Il ne se passe pas un jour sans que les quatre ministres de Kadima postulant à sa direction – et donc, en principe, au remplacement d’Olmert – ne polémiquent ouvertement entre eux devant les médias, qu’il s’agisse de la ministre des Affaires étrangères, Tsipi Livni (toujours favorite de ces primaires), du ministre de la Sécurité intérieure, Avi Dichter, du ministre de l’Intérieur, Méïr Chetrit, ou enfin du second favori le ministre de la Défense, Shaul Mofaz.
Ce dernier a ainsi été vivement critiqué pour son slogan «Avec moi, pour notre sécurité» et parce qu’il a basé toute sa campagne sur sa riche expérience en matière de Défense en la comparant à celle – inexistante sur ce plan – de Tsipi Livni. «Israël se trouve certes dans un état prolongé de guerre, a relevé Matti Golan, le chroniqueur du journal économique ‹Globes›, et il serait donc souhaitable que son nouveau leader ait de l’expérience et des connaissances en la matière. Mais c’est précisément pour cette raison que Mofaz ne devrait pas être élu. Car voici un homme qui, durant les 8 années précédant
l’élection d’Olmert comme Premier ministre a été aux commandes de notre Défense: 4 ans en tant que chef d’état-major de Tsahal, puis 4 ans en tant que ministre. Or peu après, la 2ème guerre du Liban a éclaté, et la commission Winograd ainsi que
d’autres forums ont tous affirmé sans équivoque que l’armée n’était pas ‹préparée› à ce conflit … En d’autres termes, Mofaz, si plein d’expérience, n’a pourtant pas évité à Tsahal la pire guerre qu’elle ait jamais subie!»

Tsipi Livni reste en tête des son dages … malgré certains «handicaps»
Selon un sondage publié à la fin août par le quotidien «Maariv», Livni augmenterait son écart avec Mofaz dans la course au
leadership de Kadima. En effet, elle pourrait même être élue dès le 1er  tour de ce scrutin  avec 49% des voix contre 28 seulement à Mofaz. Avi Dichter n'obtiendrait que 8,1% et Chetrit 7,6%. Après le retrait de ces deux derniers candidats, Livni serait largement élue dans tous les cas de figure.
Autres données publiées par «Maariv»: 47% des militants de Kadima pensent que Livni est «la plus apte» à assumer le poste de premier ministre contre 27,8% pour Mofaz ; 61% des adhérents de Kadima voudraient que leur prochain président forme un nouveau gouvernement plutôt que de provoquer des élections anticipées, contre 30% préférant l'option électorale.
Si Livni menait la liste de Kadima en cas d’élections anticipées, le Likoud obtiendrait 31 mandats contre 23 pour Kadima, et 12 seulement pour les travaillistes ; ce serait alors Binyamin Netanyaou qui aurait le plus de chance de former une coalition majoritaire. Si par contre c'était Mofaz
le N° 1 de Kadima, le Likoud obtiendrait aussi 31 mandats, contre 16 seulement à Kadima et 16 aux travaillistes.
Mais en fait, le vrai «problème de fond» Livni tient à son manque flagrant d’expérience politique  elle n’a jamais fait ses preuves dans aucun domaine, ni économique, ni sécuritaire, ni social. De plus, elle travaille difficilement avec les autres et certains estiment que son anglais n’est pas «suffisant»…

La position de Barak à la tête du Parti  travailliste déjà remise en cause !
Un vent de fronde serait en train de souffler aujourd’hui dans ce parti. Sa cause: confirmant le profond désaveu
d’une grande partie de l'opinion publique envers Barak, les résultats des derniers sondages (dont certains ne lui donnent que 12 députés) ont poussé certains responsables travaillistes à envisager de nouvelles élections internes afin de se doter d’un nouveau leader plus populaire que l'actuel ministre de la Défense. Lequel doit désormais faire face à deux fronts: le «club des vétérans» du parti comme Moshé  Shahal, Ouzi Baram et David Libaï, et le groupe des leaders plus récents tels Amir Peretz et Byniamin Ben Eliezer qui œuvrerait aussi pour sa destitution … Leur objectif commun: tenter de remplacer Barak par un triumvirat associant Peretz et Ben Eliezer.
Mais se voulant toujours aussi serein et sûr de lui-même, Barak a écarté ces rumeurs de rébellion: selon lui, il ne faut pas s'attarder sur les sondages car, martèle-t-il, «le seul véritable sondage, ce sont les élections au suffrage universel».
Or même s’il a eu l’habileté de ne prendre parti pour aucun candidat des primaires de Kadima, Barak a veillé à rester en contact avec Livni et avec Mofaz qu’il continue d’ailleurs de cottoyer à chaque réunion – toujours houleuse – du cabinet. Son message à chacun des candidats en lice consiste donc à ldire: «Je suis avec vous! Mais je me prépare au jour qui suivra vos élections …»
     Richard Darmon