logo

Il va nous manquer

Par Gisela Blau, September 6, 2010
La peine était profonde et sincère lorsque, le 28 juin, Alfred Donath a été arraché à la vie active de manière inattendue. En souvenir resteront la cordialité et l’optimisme de l’ancien président de la Fédération Suisse des Communautés Israélites (FSCI).
COMPAGNONS DE ROUTE ET AMIS Rolf Bloch, Pascal Couchepin et Alfred Donath (de gauche à droite)

Alfred Donath avait encore eu le plaisir d’être présent en tant que dignitaire de la FSCI en mai, à la veille de l’assemblée des délégués 2010, à son domicile à Genève: il lui revint l’honneur de chanter et réciter de sa belle voix de ténor la prière du «Birkat Hamason» après le dîner officiel. Une tâche qui lui convenait car «c’était un homme profondément ancré dans sa croyance et aux actions en accord avec cette croyance», comme l’a dit l’actuel président de la FSCI Herbert Winter, mardi soir dans son oraison funèbre au cours des obsèques. HebertWinter se montra reconnaissant de l’aide pleine de tact que son prédécesseur lui a manifesté lors de sa prise de fonctions, et il rappela son «immense expérience, sa modestie, sa convivialité, son optimisme et son humour, le respect de ses semblables, toutes ces qualités qui manqueront à la FSCI et à tous». Et d’autant plus à son épouse Léa, ses trois fils et ses deux filles ainsi qu’à ses dix petits-enfants.



Avec le cœur

Fils de rabbin, Alfred Donath, né en 1932, étudia la médecine et fit à l’Hôpital universitaire de Genève une grande carrière en tant que chef du Département de médecine nucléaire, directeur de la radiologie et vice-chancelier de l’université durant de nombreuses années. En tant qu’expert, il fut souvent sollicité par les différentes commissions comme par la Confédération et l’Organisation mondiale de la Santé. Pourtant, la partie de sa carrière qui lui tenait le plus à cœur, c’est au sein de la communauté juive qu’il l’avait accomplie. A Berne déjà, où il était professeur-assistant en pédiatrie avant de se spécialiser en médecine nucléaire, il officia en tant que membre du conseil d’administration de la communauté juive. Durant un quart de siècle, il s’occupa de la FSCI, en tant que président de 2000 à 2008. Malheureusement, il ne connaîtra pas la plus grande ­distinction qu’attribue la Fédération, l’inscription dans le Livre d’Or de la FSCI, honneur qui aurait dû lui échoir en septembre en même temps qu’à l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin.
Alfred Donath était l’amabilité personnifiée. On ne lui connaît aucun mot plus haut que l’autre à l’encontre de ses semblables, leur bien-être était toujours sa toute première priorité. La politique bruyante n’était pas son fort, mais en collaboration avec le conseiller fédéral Pascal Couchepin, autrefois chef du Département fédéral de l’économie, il aborda la question épineuse de la levée de l’interdiction d’abattage rituel. Lorsqu’il s’aperçut que l’opposition acharnée des protecteurs d’animaux se transformait en pure haine antisémite dans certaines couches du public, Alfred Donath eut la sagesse de renoncer à ce changement politique fondamental. Le dialogue interreligieux qu’il influença de manière déterminante lui tenait à cœur.

Engagement pour le droit

Le président de la FSCI pouvait cependant, malgré son esprit conciliant, faire preuve d’entêtement. Lorsqu’il apprit qu’Israel Singer, l’ancien homme fort du Congrès juif mondial (CJM) à New York, avait  manifestement commis des irrégularités financières sur un compte du bureau CJM de Genève, Donath insista, malgré une résistance acharnée, afin d’exiger une enquête à propos de ces opérations. Se basant sur les recherches et les incessants reportages, Alfred Donath ne lâcha pas prise. La faute de Singer a été prouvée à différents stades, celui-ci fut licencié sans délai par l’ancien président du CJM mais  le mérite en était dû en grande partie à Alfred Donath. Pourtant, ses collègues présidents juifs européens le trai­tèrent comme un paria durant ce tenace combat pour la vérité et le frap­pèrent unanimement d’un véritable anathème. Son intervention fut mal récompensée bien qu’il fût un Européen convaincu, comme le décrit l’ancien président de la FSCI Michael Kohn et qu’il se soit toujours prononcé clairement pour l’ouverture initiée par Kohn vis-à-vis de l’Europe juive. Après le départ peu glorieux de Singer, de bien mièvres excuses arrivèrent d’Europe, mais Donath tira généreusement un trait sur cette affaire, tout comme il encaissa sportivement les critiques de gestion fondées de tachles – contrairement à certains collègues de la direction. Avec le nouveau président du CJE, Moshe Kantor, ce fut une bonne collaboration, il resta durant deux ans vice-président du CJE, puis jusqu’à son décès président de la Commission du CJE contre l’antisémitisme. Sa relation avec le nouveau président du CJM, Ronald Lauder, fut également sans nuage. Comme partout où Alfred Donath s’était engagé avec en­thousiasme depuis deux ans: il va nous manquer (cf. p 8).     ●



» zurück zur Auswahl


Mehr zu diesem Thema...

Adieux à Alfred Donath
September 6, 2010