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Double discours

Alexander Alon, September 17, 2009
Après le tollé provoqué par le discours du président iranien à la Conférence mondiale contre le racisme, qui s’est achevée le vendredi 24 avril, les délégués ont adopté une déclaration finale largement expurgée. Bien des Etats en sont cependant restés à leur rhétorique anti-israélienne initiale dans les sessions publiques de la conférence.
Contre le racisme Des étudiants juifs manifestent à Genève

L’ambiance dans les salles de l’ONU à Genève est détendue. Après le tollé provoqué par la diatribe qu’a prononcée le président iranien Mahmoud Ahmadinejad lors de l’ouverture de la conférence, les délégués d’Etat et d’organisations non gouvernementales se rencontrent sans grand tapage médiatique à des séminaires qui tournent autour du racisme. D’animées rencontres non officielles en¬tre les délégations ont également lieu à la cafétéria. La déclaration finale de la conférence a été publiée mardi, ¬après des mois de marchandages sur les passages que les pays occidentaux jugeaient inacceptables. Comme par exemple la condamnation unilatérale d’Israël ou la propagation du «concept» de la diffamation des religions. Les Etats occidentaux avaient combattu ce concept, car il ne sert qu’à protéger une croyance précise – et non les opinions individuelles. Craignant que ce concept puisse limiter la liberté d’expression, les Etats occidentaux l’ont totalement rejeté.

Défection de nombreux Etats

Ces points ont été éradiqués du document que les délégués de l’ONU ont adopté mardi soir à Genève. Bien que les perspectives de pouvoir signer un texte épuré aient déjà été bonnes avant la conférence, de nombreux pays comme le Canada, Israël, les Etats-Unis, ainsi que certains Etats de l’Union européenne, comme la Pologne, l’Italie, la République tchèque, et l’Allemagne ont boycotté la conférence.  Que le fait soit en relation avec le document lui-même est cependant douteux. David P. Forsythe, professeur de politologie à l’Université du Nebraska, pense que le président américain Barack Obama utilise l’absence des Etats-Unis à la conférence pour « gagner des points » auprès  d’Israël. Afin de faire plus tard pression sur l’Etat hébreu et obtenir des concessions dans le processus de paix, Obama pourrait faire valoir, qu’avec le refus des Etats-Unis de participer à la conférence, il a déjà prouvé son soutien à la légitimité d’Israël.
Urs Saxer, professeur de droit international à l’Université de Zurich, constate que la plupart des points de la déclaration finale sont «absolument incontestés». Les passages sensibles ont été soit éliminés du document préparatoire, soit expurgés: pas de référence à Israël et rappel de l’Holocauste.

Une déclaration finale désamorcée

La réaffirmation de la Conférence de 2001 était un autre point de discorde dans les négociations. Les Etats-Unis et Israël étaient d’avis que la réaffirmation de la déclaration de 2001 dans le texte final de cette année était problématique, surtout que dans la première déclaration de Durban, le conflit du Proche-Orient était mentionné comme seul conflit armé. La majorité des organisations juives reprennent également cette critique, car la réaffirmation des points adoptés en 2001 se retrouve en première ligne de la nouvelle déclaration. Saxer confirme que cela valide une nouvelle fois l’ancienne déclaration, bien qu’il soit logique qu’une conférence de suivi se réfère à  la déclaration initiale.
Toutefois, dans de tels cas, c’est le nouveau texte qui compte. Cette question reste cependant ouverte, car en politique, certaines questions sont intentionnellement laissées sans réponse pour arriver à un consensus.
Saxer souligne que la déclaration représente surtout un appel aux Etats et aux sociétés civiles à s’activer dans la lutte contre le racisme et à coordonner les politiques nationales.  Dans le débat politique, la déclaration pourrait aider à inviter les Etats signataires à agir. A l’objection souvent formulée que certains accords de droit international abordent déjà le thème du racisme, Saxer répond que les instruments légaux s’y rapportant ne décrivent pas toujours les mesures à prendre. Mais que, ici, c’est le cas.
Pour Saxer, il est frappant, mais non surprenant, que le document ne mentionne pas la discrimination en raison de l’orientation sexuelle, ce qui dans une déclaration occidentale aurait inévitablement été le cas. Cela montre que le sujet est encore difficile à aborder dans un agenda global. Questionné sur la manière dont il juge les Etats qui adoptent une attitude douteuse vis-à-vis des principes des Droits de l’homme, mais signent tout de même cette déclaration, Saxer répond que le processus ne devient ainsi pas obsolète et qu’une conférence comme celle-ci veille à ce que le sujet qu’elle traite, dans ce cas le racisme, continue à être «sous pression». L’Etat signataire ne peut ensuite prétendre que le sujet ne le concerne pas. A propos de la visite contestée du président Ahmadinejad, Saxer constate que l’on ne peut légalement interdire à un chef d’Etat de prendre part à une conférence de l’ONU, et qu’en sa qualité de pays d’accueil, la ¬Suisse n’aurait pas non plus pu refuser l’entrée au président iranien.

Rhétorique inchangée

Mais les discours publics qu’ont tenus les représentants des Etats pendant la conférence montrent bien que la déclaration finale est le fruit d’une diplomatie de coulisses. C’est ainsi que le délégué des Emirats arabes unis a souligné une fois de plus son soutien au concept de diffamation des religions qui a été rayé de la déclaration, posé le peuple palestinien en victime d’incitation à la haine et de diffamation religieuse – autrement dit de racisme israélien. Au cours de la même séance, la délégation iranienne a réitéré son soutien aux paroles qu’a prononcées son chef d’Etat, et a récusé les reproches de diverses délégations qui accusaient le discours d’Ahmadinejad d’avoir été séditieux.  C’est la preuve que les positions de différents Etats ne changent pas vraiment, malgré l’adoption d’une déclaration finale consensuelle. Doris Angst, secrétaire générale de la Commission fédérale contre le racisme (CFR), rend hommage aux prestations diplomatiques, car aucun pays n’est montré du doigt dans la déclaration. Elle estime que le texte est équilibré et contient nombre de passages qui permettent à l’avenir et en comparaison avec la déclaration de 2001, de mieux protéger les victimes du racisme. Que, par exemple la protection de discriminations multiples et de discriminations racistes a été renforcée, que la protection des employés de maison mi¬grants est également mentionnée explicitement. L’article 68, qui constate l’augmentation ces dernières années d’actes propageant la haine contre les minorités ethniques et religieuses par le biais de la presse écrite et également électronique, sera par exemple important pour le travail de la CFR et l’application de mesures préventives au niveau national. Le comportement des organisations juives à la conférence est resté le même malgré l’adoption de la déclaration finale.





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