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Au cœur de la cité horlogère inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité

Propos recueillis par Olivier Kahn, September 28, 2011
Comme bien des communautés juives suisses, celle de La Chaux-de-Fonds et du canton de Neuchâtel devient parfois un «objet» d’étude. Entre un mémoire venant de lui être consacré et le regard de son très présent président, coup d’œil sur une vie communautaire «pas triste».
Sa très belle «esquisse», par Sandro Cubeddu, illlustre bien le mémoire de Sarah Blum

A l’instar de celles de  Fribourg, Lausanne, Genève, Porrentruy ou  Bienne, la communauté  du canton de Neuchâtel peut se pencher sur son passé. Et pas seulement celui de sa superbe synagogue, désormais classée monument historique (qui fut bâtie en 1886 sur le modèle de celle de Strasbourg). Actuellement, après des publications aussi différentes que la brochure du cent-cinquantenaire (1983) ou, en 2003, des «Parias de La Chaux-de-Fonds»*, le livre d’Ivan Dalain-Lévy sur l’émeute antijuive de 1861, Sarah Blum, un de ses jeunes membres, vient de consacrer un mémoire universitaire aux années 1933-1945 étudiées sous l’angle des «structure, bienfaisance et position face à l’antisémitisme»**. Autant d’axes passionnants (lire p. 18) qui incitent  à d’abord demander à l’inoxydable président Bertrand Leitenberg où en est sa communauté.
«Aujourd’hui», répond le solide dirigeant (président depuis 1997, il incarne aussi  la quatrième génération à la barre de l’entreprise familiale de  meubles et décoration portant son nom dans la capitale horlogère), «la Communauté israélite du canton de Neuchâtel est d’abord formée de 70 familles, ce qui représente quelque 130 personnes. Rapportés aux 200 membres d’il y a quelques années, ces chiffres s’expliquent notamment par l’évolution démographique. Et le fait que celui qui veut garder son identité juive a tendance à aller dans une ville lui proposant  une école juive ainsi qu’un miqveh, voire une université. Mais il serait faux de laisser dire que notre communauté est moribonde car elle s’adapte en faisant preuve d’une réelle unité.  Nous n’avons qu’une synagogue mais elle témoigne d’une réelle présence juive tant locale que  cantonale.  Voire régionale car nous avons d’excellentes relations avec les communautés voisines, y compris en France proche. Pour ne prendre qu’un exemple, sitôt élus, les deux coprésidents de notre grande voisine de Lausanne et du canton de Vaud  nous ont dit être à notre disposition pour étudier des possibilités de collaboration, ce qui a été plus qu’apprécié.



revue juive: En termes d’effectif communautaire, l’alyah vous pose-t-elle un problème de contradiction?
Non car  c’est un choix que nous respectons et l’important est que chaque Juif puisse s’épanouir en s’impliquant, que ce soit en Israël ou ici.

La communauté chaux-de-fonnière et neuchâteloise a-t-elle, comme d’autres, aussi eu la chance de s’enrichir de la présence de beaucoup de  Sefardim?
Actuellement, nous comptons environ un tiers de Juifs du «Sud» et je peux vous dire que cet apport est très positif [ndlr:  le président a lui-même épousé une demoiselle Boubokza, originaire  de Tunis, et semble en être des plus heureux].

Cela n’a pas généré, comme cela s’est vu ailleurs, de problèmes d’organisation et répartition des rites pour le  culte?
Non car il y a ici une vie juive très respectueuse des options ou sensibilités de chacun  et c’est – entre autres – pour cette raison qu’il est important que Michel Margulies, notre guide religieux (qui enseigne d’ailleurs aussi à l’école juive  de Lausanne) continue à animer religieusement  notre communauté.

En somme, vous définissez toujours vo­tre communauté comme vous le faisiez voilà quelques années, à savoir «modérément pratiquante, respectant le choix individuel de chacun tout en étant profondément attachée  à la tradition et tenant particulièrement à garder un rabbin suivant rigoureusement la halakha» ?
Absolument et dans ce cadre, l’important est que toute personne désirant conserver son identité juive puisse le faire en y prenant plaisir avec sa sensibilité. Cela signifie aussi que nous sommes une présence dans un grand centre et dans une région à la vie de laquelle nous participons profondément.

Ce qui signifie tout autant écouter que parler?
Bien sûr. Et avoir un regard sur ce qui peut se dire ou écrire, voire se faire au niveau de la ville ou de la région et de leurs institutions. Par exemple, en tant que membre fondateur du groupe interreligieux du canton de Neuchâtel, je peux vous dire qu’il est très important qu’il y ait une présence juive active dans une instance permettant aux musulmans, bouddhistes, bahaïs et bien entendu chrétiens de se rencontrer. De même avec la LICRA.

Justement, l’antisémitisme est-il un souci ici ?
Il est arrivé que des pierres soient jetées sur la synagogue, comme sur d’autres bâtiments aux alentours, ce qui indique donc un geste  ne relevant probablement pas spécifiquement de l’antisémitisme que l’on ne ressent pas ou en tout cas peu ici. Le fait que, contrairement aux autres cantons romands, le canton de Neuchâtel ne soutienne pas financièrement les visites  scolaires à Auschwitz organisées par la CICAD  nous déçoit. Mais, que ce soit dans nos rapports avec les autorités ou dans l’image que la population se fait de nous, notre communauté est d’autant ­mieux acceptée que les uns comme les autres sont conscients de ce qu’elle a ­apporté à la ville et à la région.
En revanche, à la suite d’un article de «L’Express», extrêmement tendancieux et remettant en question le droit d’Israël à l’existence, nous sommes intervenus en collaboration avec  la CICAD. Là aussi, même si c’est difficile, lorsque certaines limites sont franchies il est important qu’une communauté juive  réagisse au niveau de sa région.

En somme, votre «rentrée» s’annonce bien…
Comme toute communauté nous devons être vigilants et notre taille nous oblige à l’être encore plus particulièrement car, même si nos finances sont saines, le nombre de  membres n’augmente pas mais les charges fixes comme celles du cimetière ou de la synagogue ne diminuent pas non plus. Il faut donc s’organiser, faire des choix, s’adapter et trouver les meilleures solutions, notamment pour les bâtiments dont nous sommes responsables ou, dans le cas de la synagogue classée monument historique, coresponsables  avec la Ville et le canton.
Et puis, indépendamment des visites de la synagogue, la Journée européenne de la culture aura été pour  l’un de nos membres faisant partie d’une chorale de la ville l’occasion de proposer un concert de chants liturgiques juifs et de chants israéliens. Vous voyez, même si les choses sont différentes de ce qu’elles étaient il y a 50, 30 ou même 20 ans, le comité essaie de trouver des solutions pour les Juifs du canton. Et ce n’est pas parce que les choses sont différentes qu’elles sont forcément  tristes!


*Editions Cabedita



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