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Revue Juive Nr. 05 2011 Ausgabe: Nr. 5 » December 16, 2011

Une poussée islamique des plus inquiétante

Par Richard Darmon, December 16, 2011
Bruits de chenilles de chars et de batteries de missiles sur fond de charia «démocratique» et d’enrichissement nucléaire iranien à «des fins civiles»: le croissant chiite et la mouvance salafiste accroissent leur pression.
L’HIVER MUSULMAN Vu d’Israël, un tournant à tout le moins peu rassurant

Après que l’Agence internationale à l’énergie atomique eut publié en novembre un rapport accusant (pour la première fois…) l’Iran de préparer des armes nucléaires sous couvert d’«activités civiles énergétiques», l’Egypte a massivement voté pour un Parlement islamique… Et ce, alors que la Syrie semble au bord de la guerre civile tandis que, au Maghreb, la Tunisie et la Libye voisine, débarrassée de Kadhafi, puis le Maroc ont aussi opté – chacun à leur manière – pour la charia coranique, transformant le «printemps arabe» en début d’hiver islamique. Autant de sujets de haute préoccupation pour Israël, désormais livré à un environnement géopolitique et stratégique totalement différent.
Plus de 40 % pour le «Parti de la Liberté et de la Justice» des Frères musulmans et 25 % pour les salafistes encore plus intégristes: c’est le score écrasant réalisé par les deux principales formations islamistes qui, lors du 1er  tour de scrutin parlementaire tenu au pays du Nil, ont relégué très loin le Bloc égyptien, le timide front des partis libéraux (20 %).  Si l’on s’attendait à une forte poussée des Frères musulmans, la grande surprise de ce 1er  tour des élections parlementaires  a été le gros succès des groupes salafistes, menées par le parti Al-Nour, qui ont ensemble recueilli autour de 25 % des suffrages et, dans certaines zones rurales, même souvent devancé le PLJ !
Résultat: neuf mois après les spectaculaires émeutes de la place Tahrir qui ont chassé le président Moubarak, l’Egypte est donc en train d’accoucher, le plus « démocratiquement » du monde, d’un nouveau régime…
Or, comme les islamistes vont rafler au moins les deux tiers des sièges au Parlement, une dure partie de bras-de-fer va s’engager entre le gros bloc islamiste et le GMP, chapeauté par le Conseil supérieur des Forces armées et son président, le maréchal Tantawi, ex-chef d’état-major de l’armée égyptienne.
Principaux points d’achoppement en­tre ce mouvement «civil» islamiste et les militaires assurant la transition depuis la chute de Moubarak: les modalités du «Comité constitutionnel spécial » composé de cent membres de la chambre basse du Parlement, censé être vite mis sur pied afin de rédiger une nouvelle Constitution pour l’Egypte; mais aussi la date précise (avant mai 2012) et le déroulement de l’autre échéance électorale décisive pour les Egyptiens – les élections présidentielles du printemps prochain.



 Une donne stratégique au sud radicalement différente pour Israël !

Même s’il est probable que, en cette période de confusion institutionnelle, les islamistes ne prendront pas de décisions trop importantes en politique étrangère (comme une éventuelle abrogation – qu’ils appellent ouvertement de leurs vœux – du traité de paix signé avec Israël en 1979), puisque c’est le GPM qui aura encore prérogative dans ce domaine, on risque néanmoins d’assister à des tensions entre militaires et islamistes.
Outre le fait fort préoccu­pant au plan stratégique voulant que l’Egypte – après la Tunisie, la Libye et le Maroc – est devenue le 4ème  pays de la façade sud de la Méditerranée à opter pour un régime islamiste suite aux bouleversements du «printemps arabe», un autre sujet d’inquiétude encore plus prégnant  pour Israël a trait à la situation sécuritaire, de plus en plus alarmante, régnant dans la péninsule du Sinaï entièrement li­vrée, depuis dix mois, aux groupes terroristes proches d’Al-Qaïda et du Djihad mondial, ainsi qu’aux gros trafiquants d’armes opérant vers la Bande de Gaza…
Interrogé à propos de cette formidable poussée islamique enregistrée en Egypte, le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, devait dire qu’il s’agissait d’«un événement, très, très, très préoccupant». Et d’ajouter: «Il se pourrait que, à l’échelle historique, ce changement puisse devenir  un jour positif. Mais à court terme, il est très problématique….

Vers une guerre civile en Syrie aux conséquences menaçantes au nord d’Israël

Avec près de 4 000 victimes d’un large soulèvement populaire entamé en mars dernier, la Syrie de Bachar el-Assad  semble être quant à elle au seuil d’une guerre civile. D’autant qu’on a enregistré pour la 1ère  fois, courant  novem­bre, des attaques armées menées à Damas par des milices d’opposants contre les forces de sécurité de l’oligarchie alaouite encore au pouvoir.
Mais Assad s’entête: «Ce conflit se poursuivra aussi longtemps que les pressions pour soumet­tre la Syrie continueront. Car notre pays ne cédera pas!» a-t-il déclaré en précisant que les nombreux cas de torture et d’exécutions sommaires commises par ses forces n’étaient que «de regrettables erreurs»…
Fait illustrant le discrédit de plus en plus large s’étendant contre le régime Assad dans la communauté internationale: malgré les réticences de la Russie et de la Chine, certaines voix commencent à évoquer l’éventualité d’une intervention militaire. Ainsi, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a précisé que la France pourrait soutenir une telle intervention contre le régime Assad, à condition, a-t-il insisté, «qu’elle ne soit pas  unilatérale, mais soutenue par l’ONU». Plus réticente à une intervention, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a déclaré: «Avec une opposition déterminée faite de nombreux déserteurs de l’armée syrienne et bien soutenue au plan financier, je pense qu’on pourrait voir se déclencher une véritable guerre civile en Syrie.»
Nouveau double sujet d’inquiétude pour Israël à sa frontière nord, déjà soumise à de hautes tensions en raison des préparations guerrières incessantes faites au Liban par le Hezbollah pro-iranien, déjà équipé de 50 000 roquettes: quelle sera la nature du prochain régime syrien, alors que ce sont encore les Frères musulmans qui constituent la force la plus nombreuse et structurée dans l’opposition au régime Assad ? Et en cas de chute de la dictature alaouite, qui contrôlera l’armée syrienne et son énorme arsenal de missiles SCUD et d’armes non conventionnelles pointés vers l’Etat hébreu?     
«Plus le régime Assad s’approchera de sa fin, plus il menacera Israël, a averti Shaül Mofaz, ex-chef d’état-major de Tsahal, président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset. Car dans ces derniers moments, il pourrait tenter de détourner l’attention du massacre qu’il a perpétré contre son propre peuple en lançant  un conflit con­tre Israël…» 
Signe encore plus inquiétant et révélateur du fait que la poussée islamique régionale partie du Maghreb qui vient d’atteindre l’Egypte pourrait aussi converger avec la forte menace nucléaire venue de Téhéran: le président iranien, Mahmoud Ahmadinadjad, ne vient-il pas d’appeler de ses vœux, «une union entre l’Egypte et l’Iran – sans doute bientôt envisageable avec l’aide d’Allah  – qui ferait disparaître Israël et remettrait enfin les Etats-Unis à leur juste place »?  



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