Prosioniste et propalestinien!
Contrairement aux apparences, le titre ci-dessus n’est pas une reprise de gag emprunté au cher Michel Boujenah (qui, d’ailleurs, lorsqu’il s’était défini comme sioniste ET palestinien – notamment à la une de notre feu confrère «Tribune juive» – n’était pas du tout dans son habituel registre comique et reprenait un thème certes minoritaire mais déjà passablement dans l’air de l’époque). Il ne s’agit pas davantage d’une espèce de centrisme pour ne pas prendre parti. Mais, au contraire, de ce que peuvent inspirer, ou confirmer sur arrière-fond de grandes manœuvres ayant abouti à différer l’entrée de la Palestine dans le si harmonique «concert des nations», de tout récents événements théoriquement beaucoup plus «proches» de nous. Comme la mise sur orbite de l’Initiative de Genève dite «2.0» et le «lancement» de JCall-Switzerland (voir en page 6).
Quoique bien distinctes, dans leur conception comme par leurs fondements et moyens, ces deux démarches sont concomitantes. Et, même si la reprise du plan de paix de l’initiative se veut globale tandis que les militants de JCall visent d’abord et surtout la politique du Gouvernement israélien depuis la diaspora, elles ont en commun de prôner le respect de l’autre.
«C’est reparti… Vous qui vivez bien à l’abri, vous n’allez tout de même pas prétendre dire aux Israéliens ayant démocratiquement élu leurs dirigeants ce qu’ils doivent faire? Ni envisager de leur imposer du dehors une paix qu’ils n’ont pas choisie? Et puis toutes les enquêtes “objectives” le montrent : ni l’“Autorité” ni la société palestinienne ne veulent de votre “paix”. Quant au Hamas, mais avec tout ce qui se passe et pas seulement à Gaza… Nous aussi on est contre la guerre mais, c’est comme pour la peine de mort, que Messieurs les assassins commencent… Qu’ils commencent par arrêter les attentats et de tirer leurs roquettes. Et puis, si vous avez honte d’être Juif restez avec votre bien nommé double point zéro», diront les adeptes de la pensée style «Raison garder»,
le contre-feu allumé par Shmuel Trigano et Raphaël Drai pour tenter de faire échec à «L’appel à la raison» lancé par JCall (Europe…).
Le problème est que, malgré les parfois brillantes imprécations lancées contre les prétendus «alterjuifs», on trouve tant dans l’Initiative de Genève 2.0 que dans JCall, des gens ayant assumé ou assumant de grandes responsabilités. Dans l’armée, le renseignement ou le Gouvernement israélien, par exemple, pour ce qui est de l’initiative, mais qui côtoient leurs adversaires ou ennemis d’hier en accomplissant l’immense effort de dialoguer concrètement. Dans la diplomatie suisse à son plus haut niveau pour ce qui est de JCall puisque deux anciens ambassadeurs suisses, et non des moindres, en sont des membres fondateurs sans que leur judéité – sujet qui, soit dit en passant, ne devrait regarder qu’eux – en semble pour autant altérée ou aliénée.
Que ce soit à l’Initiative 2.0 ou à JCall, non seulement on ne croit pas que tous les problèmes vont se résoudre comme par miracle mais on est extrêmement pointilleux sur les questions touchant à la sécurité. Celle des uns comme celle des autres… Car personne ne rêve, fût-ce furtivement, que des solutions miracle vont tout résoudre par enchantement. Pas plus la question des territoires que celles du retour ou de l’indemnisation des réfugiés palestiniens (soigneusement remises à plus tard en septembre 1993) que n’importe quelle autre. Mais, elles sont abordées et non mises sous le tapis pour exploser à retardement. Si bien que, en fin de compte, côté juif en tout cas, se déterminer par rapport à ces deux démarches, sans nécessairement suivre tous les politologues s’étant donné rendez-vous dans la revue «Cités» (voir en page 23) c’est aussi choisir le type de Juifs ou de sionistes, auquel on veut ou peut appartenir. Ceux qui, dans les hôpitaux israéliens par exemple, soignent l’arrivant quel qu’il soit . Ou ceux qui plantent des arbres et construisent des logements d’un côté du mur mais démolissent des maisons, annexent des cimetières ou coupent des oliviers centenaires de l’autre. Ceux pour qui, la question de la sécurité étant donc de celles sur lesquelles on ne transige pas, plutôt que de le murer il faut déjà au moins prendre le risque de tracer un vrai chemin à la paix. ●


