Mission impossible pour la Commission Trajtenberg
Nous entrons dans des temps difficiles pour plusieurs raisons, a annoncé Stanley Fischer, le gouverneur de la Banque d’Israël, dans une déclaration qui résume bien les ambiguïtés de la situation actuelle. Mais au plan économique, je suis sûr que nous disposons des instruments pour faire face avec succès à tous les défis qui se profilent… Et ce, pour autant que nous agissions avec responsabilité et que nous ne soyons pas amenés à payer un prix trop lourd pour les développements internationaux en cours ni pour les réformes à engager dans le pays. (…) Mais il est vrai qu’une grave détérioration de nos relations avec la Turquie ou encore la création unilatérale d’un Etat palestinien pourraient affecter notre économie.»
Des données et appréciations a priori rassurantes…
Avec une croissance positive atteignant ces six derniers mois les 4,5 %, une production industrielle et une consommation des ménages en nette hausse, le tout doublé d’un taux de chômage au plus bas depuis 25 ans (5,5 %), d’une inflation encore fort raisonnable (2,8 %), sur fond de notations internationales d’«excellence», l’économie israélienne semble a priori fort bien se porter.
C’est ainsi que l’agence mondiale de cotation du crédit Standard & Poor vient de faire passer les capacités à long terme de crédit international d’Israël de la note A à la note A+, en qualifiant comme suit la conjoncture locale : « L’économie israélienne est robuste et prospère, dotée d’institutions de gestion efficaces et d’une politique budgétaire et fiscale en voie de consolidation, avec des performances extérieures très solides.(…) Et ce, grâce à la fermeté des décisions prudentes prises au plan macroéconomique par les responsables économiques et fiscaux israéliens. (…) D’autant que ce pays vient d’augmenter son potentiel de revenus énergétiques grâce à la découverte récente d’importants gisements maritimes de gaz et de pétrole.»
«Cette nouvelle notation positive d’Israël par Standard & Poor reflète qu’au niveau global, notre économie fonctionne bien, précise Pinhas landau, un expert financier de Tel-Aviv. Les indices-clés que sont le progrès de la croissance ainsi qu’une inflation et un chômage limités attestent qu’Israël a traversé sans trop d’encombres la crise financière internationale apparue fin 2007. Et ce, en net contraste avec la situation prévalant aujourd’hui dans certains pays d’Europe ou même aux Etats-Unis!»
L’envers pas toujours reluisant de la médaille !
«Pourtant, relève aussi Landau, beaucoup de gens font face à de sérieuses difficultés économiques avec des prix de consommation en hausse et des salaires stagnants, ce qui grève le budget des ménages – particulièrement dans la classe moyenne. Or, même si l’Etat a engagé un processus de réduction des impôts directs, les taxes et impôts indirects perçus à tous les niveaux continuent de les pénaliser lourdement.» Et c’est un fait que ces derniers mois, les prix des principales denrées alimentaires ont continué de monter et que les hausses de salaires ont été bloquées.
De surcroît, compte tenu des prix toujours rédhibitoires pratiqués dans la «bulle» du secteur immobilier, de plus en plus de jeunes couples éprouvent d’énormes difficultés à devenir propriétaires d’un appartement. Cela à l’heure où, en plus, les prix des logements en location plafonnent et où, au plan national, six familles de grands oligarques disposent de 30 % du crédit et contrôlent presque tous les médias… Autant de facteurs qui ont entraîné cet été des centaines de milliers d’Israéliens – jeunes et moins jeunes – à descendre à plusieurs reprises en masse dans les rues pour réclamer des réformes et davantage de «justice sociale».
Il faut dire que cette situation fait que la plupart des ménages a toujours du mal à boucler leurs «fins de mois» ! Ainsi, d’après l’Office central israélien des Statistiques, la majorité des foyers du pays connaissent de sérieux problèmes de liquidités financières: en 2010, une famille israélienne « moyenne » gagnait 12 020 shekels nets par mois, mais dépensait 13 496 shekels – un déficit mensuel qui a atteint 17 712 shekels sur toute l’année... En contrepoint, le revenu brut par ménage en 2010 (une donnée théorique regroupant toutes les ressources confondues) a augmenté de 3, 2 % en termes réels, soit un apport moyen de quelque 14 385 shekels sur l’année, pendant qu’en juin dernier, le salaire brut moyen atteignait 9124 shekels, au lieu de 8 668 shekels en mai.
Les défis presque impossibles de la Commission Trajtenberg
Regroupant une cinquantaine d’experts économiques et d’acteurs sociaux, cette structure de travail érigée en août par le gouvernement Netanyahou après les grands cortèges de protestation de l’été, planche toujours sur un train de réformes dans quatre domaines principaux : l’ouverture à la concurrence de secteurs-clés de l’économie nationale pour éliminer les vestiges de la trop grande monopolisation qui se perpétue dans certaines branches d’activité; la réduction des impôts directs perçus sur les revenus faibles ou moyens, et la taxation davantage les hauts revenus ; la relance du marché immobilier par la construction rapide de nouveaux logements à prix abordable et la mise en location de milliers d’appartements sous supervision de l’Etat ; l’amélioration certains services publics de santé et d’éducation comme l’instauration de la « longue journée scolaire » dans le primaire et le secondaire, ou les aides à la préscolarisation des enfants en bas âge.
Mais deux problèmes majeurs risquent de réduire ces efforts à néant ou, au mieux, d’en réduire l’impact.
L’impératif – sans cesse rappelé par Netanyahou et Fischer – que, vu l’austérité budgétaire caractérisant la politique financière du pays, ces réformes soient «autofinancées» par des deniers publics à prélever sur d’autres postes déjà définis du budget de l’Etat; Et sa conséquence: l’inévitable polémique à « boulets rouges » qui vient de s’ouvrir entre le Trésor et son ministre, Yuval Steinitz, qui ne veut pas entendre parler d’une aggravation du déficit budgétaire pour ces réformes, et le ministre de la Défense, Ehoud Barak, qui ne veut pas réduire son budget (déjà en compression par rapport à 2010) d’environ 2 milliards de shekels pour financer ces changements.
L’argument massue et fort réaliste de Barak qui fait hésiter Netanyahou: la situation géopolitique et sécuritaire régionale peu brillante, surtout face aux velléités palestiniennes d’indépendance, aux bouleversements dans les pays arabes et aux intentions belliqueuses de la Turquie et de l’Iran…


