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Revue Juive Nr. 04 2011 Ausgabe: Nr. 4 » September 29, 2011

Le chofar: entre appel à la guerre et versement de larmes

September 28, 2011
Alors que nous nous apprêtons à entamer une nouvelle année, Roch-Hachana, tout d’abord synonyme de retrouvailles familiales, répond à tout un programme, auquel ne manqueront ni les douceurs traditionnelles ni les mélodies chargées de souvenirs et porteuses d’émotion.
SHOFAR Symbole pour l’unité

C’est effectivement un grand jour, d’une part nommé yoma arikhta par les Sages du Talmud, qui prescrivirent un calendrier couronné d’un Roch-Hachana de 48 heures. Toutefois, il l’est également par son imposante signification morale et l’impact qu’il est censé occasionner sur notre conscience  religieuse. Lorsqu’il s’agit de Roch-Hachana, le livre des Nombres parle de yom teroua : « Au septième mois, le premier jour du mois, il y aura pour vous convocation sainte: vous ne ferez aucune œuvre servile. Ce sera pour vous le jour du son du chofar. » Sur le plan de la conception religieuse, chez la plupart des Juifs, le chofar est considéré comme un simple instrument qui a comme vocation sacrée, le rapprochement de nos cœurs au Maître du monde. Malgré tout, nous ne sommes pas toujours conscients de la profonde signification du chofar ! Une  mise à jour de nos connaissances en la matière, s’impose donc, afin de nous imprégner au mieux, de la portée de ses sonneries.
Il est utile de rappeler que dans des temps bien éloignés de nous aujourd’hui, le chofar était voué, outre les sonneries de Roch-Hachana, à être également utilisé lors de moments de catastrophes et de guerres.



« Quand donc vous marcherez en bataille, dans votre pays, contre l’ennemi qui vous attaque, vous sonnerez des trompettes avec fanfare; vous vous recommanderez ainsi au souvenir de l’Eternel votre ­Dieu, et vous recevrez assistance contre vos ennemis. »
Nous pouvons dire, que le chofar posséderait donc plusieurs visages. Il  servait à alerter le peuple, l’appeler au combat et tout aussi bien à éveiller les cœurs d’Israël à la techouva !

Il est étonnant, s’exclamait le Rav Yéhiel Weinberg, il y a près d’un siècle, que ces mêmes sonneries puissent être destinées à deux fonctions si contradictoires. La voix qui ramène l’homme à la morale, serait-elle adéquate à éveiller la violence des guerriers ? Comment concilier ces deux objectifs opposés, que couvre l’utilisation du chofar ? D’autre part, cette question n’évoquerait-elle pas en réalité d’autres contradictions toujours actuelles ?

Parmi les nombreuses valeurs chères à la civilisation moderne, aucune autre que la religion ne se trouve tant ébranlée lors de conflits armés.
On prend souvent à partie les religions dans leurs diversités, qui, malgré l’enseignement qu’elles dispensent à travers le monde depuis 2000 ans, n’ont pas encore réussi à réprimer les instincts bestiaux. Il est vrai que l’homme moderne échafaude des complots meurtriers, d’une ampleur et d’une cruauté, que l’humanité ne connaissait pas. Sans aucun doute, une foi, comme la nôtre, réclamant l’amour du prochain ne peut mener l’homme à de tels agissements, sans perdre son âme.
Or notre Torah, nous enseigne, que même le chofar de la guerre contribue depuis toujours à l’objectif moral. Le peuple d’Israël ne s’est jamais compromis à déclencher une guerre, en vue de conquérir des terres. Ce n’est  ni en vue d’imposer sa domination sur d’autres peuples, ni pour renforcer son pouvoir, que les Hébreux étaient en conflit avec leurs voisins. Leur objectif consistait, en harmonie avec l’enseignement de Moïse, à apporter un esprit humain et une morale, à des peuplades barbares. Josué, le successeur de Moïse, fut chargé de la conquête d’eretz Israël. Il  invita en premier lieu à la paix toutes les peuplades. Cette invita­tion consistait adopter les conditions d’une vie morale nécessaires à l’entente entre les peuples, en renonçant à l’idolâtrie, afin d’éviter toute perte humaine. A travers les conditions de paix qu’Israël posait, nous sentons les motivations hautement morales de son combat, conclue le Rav Weinberg.

Le chofar est un cri de guerre, certes, mais il vient également réveiller la conscience de l’homme et l’engager à l’action. Roch-Hachana est une déclaration de guerre, pour laquelle l’homme doit s’armer. Mais il ne s’agit pas d’une guerre fratricide, opposant l’homme à son prochain. C’est un combat qui se déroule à l’intérieur de l’homme, entre l’esprit et l’animal qui est en lui.
Cependant, nous évoquerons également dans nos prières le jour de Roch-Hachana, le son d’un autre chofar. Le grand chofar ! Celui qui se fera entendre le jour de l’arrêt du combat. Le cri, qui ne sera plus un cri de guerre, mais de victoire, et résonnera d’un bout à l’autre de la Terre.
En ce jour résonnera la grande trompette; alors arriveront ceux qui étaient perdus dans le pays d’Achour, relégués dans la terre d’Egypte, et ils se prosterneront devant l’Eternel, sur la montagne sainte, à Jérusalem.   



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