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Revue Juive Nr.02 2011 Ausgabe: Nr. 2 » April 8, 2011

Un regard nostalgique en arrière

Par Daniel Zuber, April 8, 2011
Ils arrivaient en Suisse dans les années cinquante et soixante, couramment comme réfugiés ou migrants du monde arabe. Des décennies plus tard, ils suivent à la télé les révoltes et bouleversements en leur pays d’origine, et des souvenirs, souvent douloureux, remontent.
CANAL DE SUEZ En 1957, les soins attentifs du Gouvernement égyptien ne portaient pas sur des navires de guerre iraniens mais sur les bateaux affrétés à la va-vite pour le «départ» des Juifs égyptiens

Le monde arabe est secoué. En Tunisie, on a vu le troisième gouvernement de transition après la chute de Zine el-Abidine se former juste récemment. Et aussi en Egypte, sept nouveaux membres du gouvernement civil de transition ont prêté serment le 7 mars. Mais le pays n’a pas retrouvé son calme, même deux mois après la chute de Hosni Mubarak. Des troubles et protestations sont à observer également au Bahreïn, au Yémen, à Oman, en Algérie et au Maroc. L’Arabie saoudite a strictement prohibé toutes les manifestations; le régime à Téhéran essaie de juguler les protestations. Pendant la rédaction de ces lignes une guerre civile sévit en Libye. Selon les rapports des médias, les indices d’un défi du régime Kadhafi semblent s’épaissir en ce moment. Les bouleversements ont en même temps évoqué la crainte que des extrémistes puissent profiter du vide surgi et que, ainsi, un terrain fertile à des actions antisémites et des pogroms soit disponible.



Juifs en danger ?

Début février, une manifestation antisémite devant la plus grande synagogue de Tunis a été organisée par des fondamentalistes musulmans. Le président de la communauté israélite de Tunis, Roger Bismuth, a cependant relativisé cet incident en l’évoquant pour la revue juive. Il n’y aurait pas eu d’autres incidents depuis; il acclamerait personnellement bien les bouleversements en Tunisie, les Juifs seraient une part du peuple tunisien, et il y aurait des fois aussi en Suisse des incidents antisémites, comme l’a prouvé par exemple la récente attaque contre l’assistant du rabbin à Lausanne. M. Bismuth n’a pas connaissance de Juifs de Tunis qui auraient quitté le pays à cause des bouleversements. En Tunisie, il y a à présent environ 2000 Juifs. Mais, l’«Algemeiner Journal» a entre-temps rapporté que six familles juives ont fait leur Aliya en vertu de ces bouleversements. En Egypte, où aujourd’hui vivent moins de 100 Juifs, l’antisémitisme sévissait déjà avant la chute de Moubarak. Sandro Manzoni, né à Alexandrie et fondateur de l’association l’«Amicale Alexandrie hier et aujourd’hui» raconte que par exemple le livre «Mein Kampf» (Mon combat) peut être acquis tout simplement aux kiosques. Les hostilités antisémites sont dirigées principalement contre Israël. Du Maroc, où de nos jours vit encore le plus grand nombre de Juifs dans l’Orient arabe, aucuns rapports récents sur des incidents antisémites ne sont parvenus.

Un long chemin

Entre 1948 et 1970, presque 800 000 Juifs ont quitté la péninsule Arabique et l’Afrique du Nord, la plupart du temps en fuyant, ou en cherchant un avenir meilleur. Ainsi,  en Suisse il y a un grand nombre de Juifs séfarades provenant de ces régions. Parmi eux, Norah Lambelet. La pédagogue retraitée vit aujourd’hui à Lausanne; sa famille a été expulsée d’Egypte après la crise de Suez sous le régime de Gamal Abdel Nasser. MmeLambelet avait 15 ans quand elle a quitté le pays de sa naissance et de son enfance. Les images des changements actuels en Egypte donc font remonter ses propres expériences: « Ces images des manifestants et révoltes évoquent des souvenirs cachés profondément – des souvenirs douloureux », dit-elle. Néanmoins elle espère des changements positifs au Proche-Orient. Sandro Manzoni  vit aujourd’hui à Genève. Son association, l’«Amicale Alexandrie hier et aujourd’hui» compte actuellement environ 1000 membres actifs et 5000 inscrits, dont 200 en Suisse. A peu près la moitié des inscrits seraient d’anciens Juifs égyptiens. Quelques synagogues, cimetières et d’autres biens culturels juifs existeraient encore, mais ne seraient plus utilisés, dit-il. Dans son association on partage de beaux souvenirs, on parle de la culture et de l’histoire. Des différences religieuses ne seraient pas importantes. Pour maints Juifs égyptiens, il est encore à présent souvent pénible et douloureux de parler du passé. M.Manzoni juge le bouleversement en Egypte positif et pense qu’il représente une chance. «Le peuple fait preuve d’une certaine maturité. Les gens réalisent que le sous-développement existant n’est pas la faute du colonialisme, de l’impérialisme, des USA ou d’Israël, mais que le problème doit être résolu de l’intérieur.» Pourtant, comme le dit Manzoni, le chemin à parcourir sera long.
De son côté. le grand rabbin Marc Raphaël Guedj, directeur de la fondation Racines et sources, voit une lueur d’espoir en ces révoltes de l’Orient arabe. Mais comme Sépharade, il n’aperçoit pas les changements actuels différemment qu’un Juif ashkénase, un Israélien ou un Européen. Il se souvient d’avoir dû prendre la fuite de l’Algérie quand il avait dix ans. Puis s’être retrouvé à Toulouse, où il est resté jusqu’à ce qu’il émigre en Israël à l’âge de 18 ans pour accfomplir sa formation de rabbin. A presque  30 ans, il devenait rabbin à Paris et plus tard grand rabbin à Metz. En 2001, arrivé à Genève, il a également fondé Racines et sources afin de promouvoir le dialogue interreligieux.

Aucune raison de paniquer

Roger Chartiel est depuis une année le président de la Communauté Israélite de Genève (CIG). Né en 1943 à Marnia, près de la frontière algéro-marocaine, il est venu en Suisse en 1962 pour faire ses études d’architecture, ce qui a été rendu  possible par l’organisation ORT. L’année passée, il a pris sa retraite et dès juin 2010 assumé la présidence de la CIG. Son attitude vis-à-vis des changements dans le monde arabe est très ouverte. Plus spécifiquement,  les développements dans les relations entre l’Egypte et Israël seraient observés très attentivement au Maroc et avec un peu de souci, dit-il. Robert Naggar, né à Alexandrie, voit les révoltes comme une nécessité sur le chemin menant à la démocratie. «Cela devait se produire», commente-t-il. M.Naggar a quitté Alexandrie à 17 ans. Quand il faisait ses études en Angleterre, la crise de Suez a  éclaté; une rentrée n’était plus possible. Après dix ans en Angleterre il se retrouvait aux Etats Unis et plus tard en Italie avant de s’établir en Suisse. Les pertes et l’exil ont d’abord été très durs pour les Naggar, autrefois très aisés en Egypte. «Mais nous n’avions pas autre choix que de nous adapter aux circonstances et de continuer notre chemin», dit aujourd’hui Robert Naggar.
On ne doit pas s’attendre à ce que beaucoup de nouveaux réfugiés arrivent en Suisse à cause des bouleversements actuels. Michael Glauser, porte-parole de l’Office fédéral des migrations, a affirmé que, jusqu’ici aucun réfugié de l’Orient arabe n’est venu en Suisse suite aux révoltes. Et de préciser que des préparatifs ont été observés, mais qu’on ne sait pas exactement  si des réfugiés viendront. Quant aux bouleversements à venir pour les communautés juives restant sur place,  l’expectative est de mise. «Je ne suis pas une boule de crista», souligne Roger Bismuth. Pour qui n’existent cependant pas de raisons de paniquer.   

 



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