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Revue Juive Nr.02 2011 Ausgabe: Nr. 2 » April 8, 2011

Montée des tensions tous azimuts dans et aux frontières d’Israël

Richard Darmon, April 8, 2011
De l’horrible massacre perpétré à Itamar par des fanatiques islamistes qui ont égorgé cinq membres de la famille Fogel – dont un bébé de quatre mois – aux salves à répétition de plus de 200 obus et roquettes tirés en quelques jours par les terroristes de Gaza sur les villes du sud d’Israël, en passant par l’attentat à la bombe de Jérusalem – le 1er du genre depuis trois ans – et aussi les inquiétudes suscitées au nord du pays par la manière dont pourrait réagir le régime syrien aux abois de Bachar Assad, remis en cause par l’ampleur des émeutes populaires, le moins que l’on puisse dire, c’est que la situation se réchauffe sensiblement dans toute la région!
BACHAR EL-ASSAD Un héritier en sursis et pour combien de temps?

Deux analyses prévalent au sein de l’establishment sécuritaire israélien concernant le contexte de la tuerie d’Itamar et les attaques terroristes qui ont suivi: ce massacre n’est-il qu’un «acte isolé» commis par des assassins locaux peu organisés qui auraient réagi impulsivement aux incessants appels au meurtre lancés contre les Juifs au long de tous les sermons faits dans les mosquées et les écoles palestiniennes de Judée-Samarie? Ou bien, de manière bien plus inquiétante, cette horreur s’inscrirait-elle plutôt dans un processus de réchauffement progressif de la rue palestinienne et de radicalisation des dirigeants de l’AP et du Hamas? Lesquels envisagent de faire route ensemble en formant un gouvernement d’union nationale dans la perspective de la proclamation unilatérale – peut-être dès septembre prochain à l’ONU – d’un Etat palestinien indépendant sur les territoires contrôlés par Israël depuis juin 1967, Jérusalem-Est compris…
Une analyse confirmée à la fois par le pilonnage ultérieur du sud du pays aux obus de mortier et aux roquettes  Kassam et Grad à partir de Gaza, puis par l’attentat à la bombe meurtrier commis le 24 mars à Jérusalem.
Autre phénomène qui illustre encore plus le climat effervescent qui règne chez une partie des jeunes et des militants nationalistes palestiniens face à la division Hamas-Fatah qui, à leurs yeux, porte préjudice à leur cause: le fait que plus de 320 000 personnes ont souscrit sur Facebook à un appel au lancement d’une «3e Intifada» par de grands rassemblements et manifestations de masse en Israël et sur ses frontières prévus le 15 mai prochain, jour anniversaire de la création de l’Etat hébreu en 1948 – une démarche voulant s’inscrire dans le contexte général des soulèvements actuellement en cours dans tout le monde arabe. 



L’horreur d’Itamar, un tournant dans l’attitude des Israéliens face à la violence «génocidaire»  palestinienne ?

Côté israélien, on note aussi un certain «ras-le-bol» face à la violence palestinienne qui pourrait, selon certains observateurs, faire de  l’insupportable tragédie d’Itamar un véritable tournant pour tout le pays face aux Palestiniens.
En effet, la profonde affliction et l’immense colère qui se sont emparées de beaucoup d’Israéliens après ce sauvage massacre pourraient peut-être bien faire de cet événement un catalyseur en forme de véritable secousse tellurique et le transformer en une «date fatidique» dans la longue histoire du conflit israélo-palestinien. Lequel serait désormais entré dans «une impasse sans fin»! D’autant que, ensuite, le climat sécuritaire n’a fait que s’envenimer, ôtant toute crédibilité aux illusions déjà bien branlantes – depuis l’échec avéré du processus d’Oslo ressenti comme tel par une nette majorité d’Israéliens – d’une paix possible avec des Palestiniens. Car leur société tout entière n’est-elle pas loin d’être mûre pour un compromis historique, et ne préfère-t-elle pas inciter dans tous ses médias, sa vie culturelle et ses établissements scolaires au meurtre des Juifs, alors même que son leadership maintient des revendications maximalistes, grâce à l’appui inconditionnel d’une bonne partie de la communauté internationale?
Car pour beaucoup d’Israéliens, deux facteurs structurels se sont combinés en ce mois de mars à l’immense indignation provoquée par le massacre des cinq habitants d’Itamar égorgés dans leur sommeil: d’abord la conscience de plus en plus aiguë qu’il n’existe aucun réel partenaire de paix  palestinien, la mort d’Arafat et son remplacement par Abou Mazen en  2005 n’ayant rien changé en la matière; mais aussi l’immense ras-le-bol de bien des citoyens de l’Etat hébreu de  voir la communauté internationale délégitimer sans cesse  leur pays, non pour ce qu’il fait mais pour ce qu’il est – à l’ouest tout comme à l’est de la «Ligne verte» –à savoir un Etat juif surgi du désert qui réussit!
Des mensonges éhontés du rapport Goldstone et de toutes les résolutions partiales de l’ONU, aux  tenaces pressions exercées de longs mois durant – uniquement sur Israël – par l’administration Obama et l’Union européenne pour pousser à «un gel des constructions juives» en Judée-Samarie et à Jérusalem-Est, en passant par l’insistance obstinée des médias du monde à présenter la présence de Juifs sur des régions pourtant historiques d’Eretz Israël comme  illégitime» et «provocatrice», tout cela a beaucoup érodé le sentiment, longtemps prégnant dans l’opinion, de devoir tenir compte du «regard de l’autre» et des pays étrangers dans ce qui se décide et se fait ici… Si bien que, aujourd’hui, les Israéliens semblent davantage appeler de leurs vœux  une politique plus indépendante respectant les intérêts bien compris de tout le peuple juif!

Des inquiétudes aussi face au risque qu’Assad dérape…

Alors que le président Bachar Assad s’était vanté à la mi-février que si la Syrie avait pu rester à l’abri de la vague de soulèvements frappant tout le monde arabe, c’était bien «parce que son gouvernement est toujours resté en adéquation avec la volonté du peuple, toujours hostile à Israël», la grande rébellion qui n’a cessé de se développer depuis le 18 mars dernier semble contredire de plein fouet ce vœu pieux du despote à la tête de l’une de pires dictatures de tout le Proche-Orient …
Or ce que la clique de généraux, de barbouzes et d’agents iraniens qui entourent Bachar Assad redoutait est arrivé: après dix jours d’émeutes durement réprimées par l’armée ayant débuté à Deraa, au sud du pays, et ayant fait plus d’une centaines de morts et bien plus de blessés, ce mouvement de protestation – qui a désormais des revendications précises en faveur de la démocratie – s’étend même à d’autres villes. Un incendie qui devrait encore se propager, ce qui placera l’oligarchie alaouite et le parti Baas à la tête de la Syrie depuis plus de 40 ans devant un lourd dilemme: soit lâcher du lest en formant un gouvernement d’union avec l’opposition et en lançant des réformes pour tenter de désamorcer la crise;  soit réprimer dans le sang les foules d’insurgés – comme l’avait fait Hafez Assad en 1982 contre les Frères musulmans – avec cette fois l’aide des miliciens du Hezbollah et des Gardes révolutionnaires iraniens…
Or cette situation est bien sûr suivie de près en Israël pour trois raisons essentielles: d’abord le fait que la Syrie est, comme l’Egypte, un pays frontalier d’Israël, tout changement de régime susceptible d’y intervenir devenant une nouvelle donne stratégique; ensuite le fait que la vague actuelle de protestation touchant pour l’instant le sud syrien jouxtant la frontière du Golan pourrait rendre la situation très volatile dans toute la région; enfin, l’on redoute aussi à Jérusalem que le régime Assad – s’il devait être menacé par un mouvement populaire de grande ampleur - ne recoure à des provocations militaires au nord d’Israël, notamment avec l’aide du Hezbollah pro-iranien, pour tenter de provoquer une guerre risquant alors de déboucher sur un conflit régional…



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