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Revue Juive Nr.02 2011 Ausgabe: Nr. 2 » April 8, 2011

Malgré un bon taux de croissance, l’économie est au bord de la «surchauffe»…

Richard Darmon, April 8, 2011
4,6 %: tel est le taux de croissance de l’activité économique de l’Etat hébreu pour l’année 2010. Or, malgré ce bon résultat – en tout cas bien supérieur à ceux d’une moyenne de 2,8 % obtenus par la plupart des pays de l’OCDE à laquelle Israël a adhéré cette année-là – le pays est en passe de subir une dangereuse surchauffe inflationniste due à plusieurs facteurs combinés. Lors des 12 derniers mois l’inflation a ainsi atteint 3,6 % et, même en excluant la flambée des prix des carburants, les prix au détail progressent au rythme annuel de 3,5 % – bien loin de la barre des 3 % d’abord fixés par le Trésor !
TEL AVIV Les craintes de voir se créer des «bulles» économiques semblent plus que fondées

D’après les dernières données publiées par l’Office central israélien des statistiques (OCIS), l’activité de l’économie nationale s’est accrue de 4,6 % en 2010. Et ce, alors que ce même taux était de 0,8 % en 2009 et de 4,2 % en 2008 – des chiffres qui confirment les estimations préliminaires publiées en fé­vrier dernier. Or la donnée la plus significative  pour les consommateurs israéliens est celle du PNB par habitant qui a fait en 2010 un bond de 2,7 % après déduction de l’inflation, alors qu’il avait baissé de 1,1 % en 2009 et augmenté de 2,4 % en 2008. Mais alors que la production et la consommation s’emballent et que les prix des produits de première nécessité dérapent, le shekel reste encore surévalué.
Des données qui ont poussé certains experts à redouter le développement d’un éventuel risque de surchauffe de l’économie nationale, même si – c’est plutôt un bon signe – le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 7,8 % au 4ème trimestre 2010, un taux de croissance que l’on ne trouve qu’en Chine et en Inde! Mais en examinant en détail la plupart des grands indicateurs économiques, on a en effet de bonnes raisons d’être quelque peu inquiet quant à l’avenir, car la consommation des ménages continue de s’emballer, alors que l’inflation relève dangereusement la tête, pendant que l’immobilier flambe littéralement et que le shekel est toujours surévalué par rapport aux principales monnaies étrangères – en fonction des décisions constantes prises par la Banque d’Israël dans ce domaine… Si bien que les craintes de voir se créer et se développer plusieurs «bulles» économiques financières et surtout immobilières semblent de plus en plus fondées.



Savoir «lire entre les chiffres»!

D’un côté, toutes les composantes de la demande ont vite progressé dans la seconde moitié de 2010: les dépenses publiques
(+ 6,5 %), la consommation des ménages (+ 4,5 %), les investissements (+ 18,8 %) et les exportations de biens et services (+ 7,1 %).  Si bien qu’on peut affirmer que cette croissance positive israélienne est surtout due à la consommation élevée des particuliers et des différents services de l’Etat. A preuve : la consommation des ménages pour les  biens durables a fait un bond de 10,1 % au 2ème semestre 2010, dont une hausse de 18,4 % pour les achats de voitures et de +4,1 % pour les achats de meubles.
Or, à l’opposé, la croissance des exportations en «bleu et blanc» s’est sensiblement ralentie en ce 2ème semestre 2010 : certes, les flux d’exports ont augmenté de 7,1 % en termes annuels, mais si l’on ne tient pas comte, dans ce chiffre a priori positif –  des exportations de diamants et des activités des start-up israéliennes dans la branche du high-tech, leur hausse n’est que de 3,7 %, soit bien moins que le progrès des importations (+ 9 %) pendant la même période. Ce qui veut dire qu’une large part de la consommation israélienne locale se porte sur des produits le plus souvent importés, avec pour conséquence inévitable d’aggraver le déficit de la balance commerciale globale d’Israël.
Toutefois, comme souvent en matière économique, il faut savoir relativiser les statistiques qui ne sont que des «moyennes». Ainsi se réjouir du fait que la consommation des ménages est en «nette progression», boom qui ne concerne pas vraiment tout un chacun car ce n’est guère le cas pour 1,7 million d’Israéliens vivant en dessous du seuil de pauvreté» – en fait 1 citoyen sur 4 — ni pour les 700 000 personnes gagnant le salaire minimal, soit 1 salarié sur 3! Et ce, alors que la plupart des membres des classes moyennes s’appau­vris­sent et qu’une minorité de privilégiés des couches les plus élevées de la société – comme les promoteurs immobiliers, les magnats du gaz et les importateurs de voitures s’enrichit chaque année davantage !

Le grave danger des «bulles», surtout dans l’immobilier…

Les prix de l’immobilier en Israël sont-ils bel et bien entrés dans une nouvelle «bulle» ? Selon le Global Property Guide, on pourrait effectivement le penser en constatant que les prix de ce secteur ont connu un rythme d’augmentation classé comme le 3ème  au monde en 2010, avec une augmentation (ajustée à l’inflation) de quelque 13,4 %. D’après cette enquête, la reprise de l’immobilier reste bel et bien  au point mort dans certaines parties du monde: les prix de l’immobilier ont ainsi diminué en chiffres réels dans quelque 21 des pays analysés par le Global Property Guide, pendant qu’ils augmentaient dans 15 pays seulement.
Le pays ayant connu le rythme de hausse le plus rapide est la Lituanie, avec une augmentation de 19,1 %, suivie par Singapour (13,6 %), puis par Israël avec ses 13,4 %. En comparaison, les prix de l’immobilier aux Etats-Unis ont baissé de 5,3 %, tandis qu’en Irlande, ils chutaient de 11,6 %.  Ainsi fallait-il en 2010 quelque 129 mois de salaire moyen (soit presque 11 ans de revenus) à un Israélien pour acheter un logement moyen, contre 118 mois en 2009 et 105 mois en 2008! « En dépit des politiques de crédit plus strictes et des mises en garde successives de la Banque centrale, écrit encore le Global Property Guide, les prix de l’immobilier ont continué de monter en Israël avec des pourcentages d’augmentation à deux chiffres. Le rythme de cette forte hausse a certes diminué ces derniers mois, mais les autorités monétaires sont à juste titre inquiètes.»
Résultats: l’économie israélienne a nettement tendance à  devenir une « économie de bulles » où les prix montent sous l’effet de la spéculation, sans plus de rapport avec la valeur intrinsèque des biens ou l’activité économique concrète. Des bulles immobilières ou monétaires qui génèrent directement la surchauffe et dont l’éclatement – devenu à terme inévitable comme aux Etats-Unis –  aura sans doute des conséquences négatives sur toute l’économie nationale.   



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