Un évêque au secours du judaïsme et des Juifs
Si Mgr Lefebvre veut retourner au christianisme originel il ne doit pas revenir au latin mais à l’araméen et à l’hébreu.» Cette phrase traduit, en quelques mots, la pensée profonde de ce prélat hors du commun. Pendant la guerre, simple abbé, il a fourni de faux papiers à de nombreux Juifs pourchassés mais c’est au Concile Vatican II qu’il donna sa pleine mesure et se révéla un farouche défenseur du Judaïsme et des Juifs. Parmi ses très nombreuses interventions, 16 au total, on n’évoquera ici que celles relatives au judaïsme puis celles dédiées à l’Homme de notre temps. Sa 9ème intervention, le 21 septembre 1964, porte sur «L’importance et les conclusions du dialogue judéo-chrétien». L’abbé Bernard Xibaut, dans son ouvrage de référence sur le Concile relève quelques phrases clefs de cette longue intervention. Ainsi: «Ce ne sont pas seulement les juifs de l’Ancien Testament mais encore les juifs d’aujourd’hui qui sont les vivants témoins (VIVI TESTES en capitales) de la Tradition biblique.» D’où la conséquence: «Les chrétiens ne doivent donc pas considérer les juifs comme les membres rejetés du Peuple de Dieu mais au contraire explorer et faire fructifier quotidiennement nos richesses communes.» Autres conséquences: les «doctrines fausses sur les juifs» et l’expression de «peuple déicide÷ doivent être absolument supprimées. Il en est de même de «tout appel à la conversion du peuple juif». Qu’en sera-t-il de l’interdiction de toute conversion d’une autre religion, d’un musulman, par exemple, au christianisme? Réponse de Mgr Elchinger: «La déclaration sur les Juifs doit clairement être distinguée de celle sur les autres religions non chrétiennes.» Pour tenir ce langage (en 1964) devant les Pères conciliaires, Mgr Elchinger a reconnu qu’il lui a fallu du courage. De même lui en aura-t-il fallu pour intervenir en faveur de la réhabilitation de Galilée. Elargissant ou prolongeant son propos,il lancera dans sa 10ème intervention (21 octobre 1964): «Il faut sauver la vie». L’abbé Xibaut précise la pensée de Mgr Elchinger: «La lutte pour sauver la vie humaine dans le monde d’aujourd’hui, mais aussi pour sauver ce qui est proprement humain dans l’homme.» Le progrès technique, à lui seul, n’améliorera pas la qualité profonde de l’homme, Il dénoncera le «processus moderne de massification qui engendre la dépersonnalisation(...) la superstition de la quantité, ennemi de toute véritable vie intérieure». Ce qui ne l’empêche pas de condamner l’individualisme, de réclamer la justice sociale. D’autres problèmes sont traités avec brio par l’évêque de Strasbourg, la vie familiale, l’éducation, en vue d’une vie harmonieuse qui contribue à l’épanouissement de l’Homme. Et, conclura Mgr Léon-Arthur Elchinger, tous ces problèmes «ne doivent pas être abordés avec des raisonnements de professeur, mais avec un souffle de prophète». Dont acte.


