Quand on entend le mot «religion »…
lndépendamment de la reprise des négociations dites «directes» entre Israéliens et Palestiniens, le prochain commencement de Tichri aura été précédé par deux événements qui n’auront fait ni les manchettes de la presse écrite ni l’ouverture des journaux radio-télévisés mais n’en ont pas moins ce que l’on est convenu d’appeler «une certaine importance». Le premier est la nomination de Herbert Winter à la présidence du Conseil suisse des religions. Le deuxième la Journée européenne de la culture juive (pour Genève, lire en page 39).
Dans le premier cas, a déclaré avec satisfaction la Fédération suisse des communautés israélites, c’est la première fois qu’un Juif se voit chargé de cette fonction depuis la création de cet organisme en 2006 et elle y voit une reconnaissance de l’engagement de l’actuel président de la FSCI pour le dialogue interreligieux. On se permettra d’ajouter ici que cette marque de confiance vient certainement aussi honorer le travail accompli dans le domaine par ses prédécesseurs. Et notamment celui d’Alfred Donath, qui a intensément œuvré pour la reconnaissance et le respect mutuels des courants religieux en Suisse (comme ailleurs) sans jamais faire de concession sur la spécificité du fait juif.
Indépendamment des félicitations d’usage, on souhaite aussi un certain courage au nouveau président. Et beaucoup de clairvoyance. Car, comme le déclarait il y a peu Sabine Simkhovitch-Dreyfus, sa vice-présidente à «L’Hebdo» dans un dossier intitulé «Juifs en Suisse une communauté écartelée»: «Depuis deux ans, la situation des libertés religieuses nous préoccupe beaucoup.» Et de citer l’initiative antiminarets, la remise en cause des cimetières dits confessionnels ou de la circoncision par les écologistes, bref «la tendance à gauche comme à droite de faire de la religion un danger, et donc d’en limiter l’exercice».
Le deuxième cas repose, mine de rien, la vieille question des civilisations et de leurs cultures dans leur rapport aux religions. Sans rouvrir ici le vieux débat sur l’antagonisme entre le religieux et la laïcité, une journée comme celle de la culture juive en Europe – avec les correspondances qu’elle établit parfois entre le spirituel, le liturgique et le monde de la raison ou des arts dits «profanes» – ne peut que susciter l’intérêt à l’idée d’une présence juive de ce type dans 200 villes européennes. Reste tout de même à voir si l’occasion de rencontre ainsi créée sera de celles ne convainquant que les persuadés d’avance ou de celles qui ouvrent les esprits par temps d’alarmante recrudescence des manifestations d’antisémitisme et racisme en tout genre.
A ce sujet, puisque nous sommes, paraît-il, aussi en pleine ère des icônes, certains «arrêts sur image» s’imposent. Le mercredi 18 août dernier, par exemple, le journal «Le Monde» proposait à ses lecteurs deux photographies presque en regard. En page 2 sur une colonne et demie, la fameuse photo répandue par Facebook de la soldate israélienne posant en Cisjordanie devant des prisonniers palestiniens aux yeux bandés et aux mains attachées. En page 3, sous un titre sur 5 colonnes, la photo de Michael Bloomberg rencontrant différents dignitaires religieux (dont un imam et un rabbin) partisans de la construction d’une mosquée sur le site de Ground Zero.
La première était titrée : «Une photo scandalise en Israël». La deuxième: «La croisade de Michael Bloomberg». La soldate avait intitulé son cliché «Armée – la meilleure période de ma vie». Le maire de New York déclarait pour sa part : «Nous trahirions nos valeurs et ferions le jeu de nos ennemis si nous traitions les musulmans différemment de tout autre.» La première inspire du chagrin et de la pitié; la deuxième une certaine fierté et reconnaissance. Elle ferait presque mentir le très pascalien «l’homme ne fait jamais le mal aussi complètement et aussi joyeusement que lorsqu’il est question de religion». En ce début d’année, il n’est pas interdit de se pencher sur ce qui fait leur différence.


