Chronique de plus de 100 ans de vie communautaire
Attendu depuis de longues années – et même comparé à un cousin du Loch Ness… – le livre d’Anne Weill-Lévy est bien plus qu’une histoire de la vie juive lausannoise. Très documenté, l’impressionnant travail de la magistrate à la Cour des comptes du canton de Vaud n’établit pas seulement une minutieuse chronologie des hauts faits et menus gestes ayant donné naissance à ce qui fut la CIL avant de devenir la CILV. C’est un savant et souvent plaisant récit agençant et commentant parfois les très nombreuses données qu’elle a pu recueillir en compulsant les archives, notamment communautaires. Et, de type finalement plus familialo-communautaire que scientifique il donne envie d’aller plus loin.
L’histoire de la synagogue est donc narrée par le menu, mais pas seulement,. Et il est émouvant de voir comment, après que, en 1848, quatre chefs de famille (les frères Weiller, MM. Maas et Lévy-Picard) eurent informellement fondé la Communauté israélite de Lausanne, celle-ci fut peu à peu structurée entre 1865 et 1870. Ou comment les premiers offices furent célébrés dans l’appartement d’un des membres puis dans un local de la rue du Petit-Saint-Jean avant d’émigrer à la «maison Mercier», au Grand-Chêne, jusqu’à ce que – celle-ci s’avérant inadaptée – il soit décidé de se lancer dans la grande entreprise qui va être commémorée en novembre.
Sous réserve de ce qui aura été conservé du «tapuscrit» original dans l’édition définitive (qui a demandé des années de travail et, croyons-nous savoir, connu beaucoup d’étapes intermédiaires), ce texte est aussi une belle mise en perspective de l’histoire des Juifs en Suisse et en Romandie. Parfois très drôle, comme lors d’épisodes tels que l’enfermement d’un commerçant dans sa glacière par un rival mécontent, cette chronique est aussi le livre de celles et ceux qui, jour après jour, firent en sorte que les Juifs établis en terres vaudoises soient acceptés puis reconnus. Et ce n’est pas pour rien que, parmi les listes de noms qu’il comporte, figure celle des personnes passées à Lausanne entre 1933 et 1945. Elle « constitue un hommage à tous ceux qui ont péri dans la Shoah tout comme à ceux qui par leurs qualités de cœur ont su préserver nos coreligionnaires de la botte nazie en les acceptant et en les soutenant dans ce pays. Privés ou fonctionnaires, Juifs et non-Juifs. Il fallait du courage. Ils l’ont eu. Merci», dit le texte dédié à des membres de la famille de l’auteur dont certains, comme Lucie Aubrac,sont devenus célèbres malgré eux. Ainsi qu’au grand rabbin Georges Vadnaï. O.K.
Le livre sera disponible au secrétariat de la CILV et auprès de l’auteur au moment des commémorations. Une partie peut dèjà en être consultée sur http://www.cisrl.ch/dl/histoire.dot


