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Revue Juive Nr.03 2010 Ausgabe: Nr. 3 » May 6, 2010

Une certaine unité et une grande diversité

par Peter Abelin, May 6, 2010
Avec ses quelque 5000 âmes, Genève représente le deuxième centre de la vie juive en Suisse à côté de Zurich. Et la Communauté Israélite de Genève (CIG), hôte de l’imminente Assemblée des délégués de la FSCI, place la soirée d’ouverture sous le signe de la « Diversité juive », un signe valable non seulement pour elle-même mais aussi pour tous les Juifs genevois organisés dans d’autres communautés.
BETH YAACOV Erigée entre 1857 et 1859 par l’architecte zurichois (et protestant) J.H.Balhofer, également connue sous le nom de «grande synagogue», la vénérable bâtisse vient de valeureusement passer le cap des 150 ans

Pas moins de 30 millions de francs ont été investis au cours des dernières années en travaux d’infrastructures, et donc pour l’avenir, par les deux plus grandes communautés juives à Genève. Il y a trois ans, la CIG a mis en service son centre communautaire « ma.com » de l’Avenue Dumas, et il y a deux mois, la Communauté Israélite Libérale de Genève (GIL) a pu inaugurer sa nouvelle synagogue en son centre communautaire de la route de Chêne (voir la rj du 26 mars dernier). Depuis la dernière vague d’immigration il y a 50 ans, la CIG a constamment compté 2500 personnes, tandis que le GIL, fortement grandi au cours des ans, approche à son tour la barre des 2000 membres. S’y ajoutent la petite communauté orthodoxe « Mahsike Hadass » ainsi quele « Beth Habad », qui fait partie du mouvement Loubavitch. Au total, pas moins de sept synagogues sont à la disposition des Juifs genevois, parmi lesquelles se trouve aussi Hekhal Haness, la synagogue sépharade fondée par Nessim Gaon en 1972 et qui fut en 2007 victime d’un incendie criminel non élucidé jusqu’à nos jours. De plus, le tissu juif genevois compte aussi deux garderies maternelles, deux écoles et une maison de retraite juives, plusieurs restaurants cacher et nombre impressionnant de 60 associations juives.

Au milieu de toute cette diversité, la CIG revendique néanmoins le rôle de dirigeant parmi les Juifs genevois, (comme l’a souligné son président Ron Aufseesser au cours de son entretien dans la dernière «rj»). En même temps, il attache aussi de l’importance au fait qu’une collaboration étroite et facile existe, notamment avec la communauté libérale, et qu’elle s’étend jusqu’à l’organisation commune de la sécurité et des services sociaux. Mais à l’exclusion toutefois du domaine religieux. Autre singularité: la CICAD, qui comme chacun le sait est une association portée par toutes les communautés de la Suisse romande pour lutter contre l’antisémitisme et la diffamation est également basée à Genève. Et, comme le précise Me Sabine Simkhovitch-Dreyfus, qui a précédé Ron Aufseesser à la présidence de la CIG et est aujourd’hui vice-présidente de la FSCI, cette institution, est aussi soutenue par ladite FSCI (Fédération suisse des communautés israélites). Qui est également active dans le domaine des activités pour les jeunes sous forme d’aides financières: «Nous soutenons les communautés majeures pour le fait qu’elle font du travail aussi dans leur région, et en revanche nous économisons les frais pour un propre animateur de jeunesse pour la Suisse romande», dit-elle.

Le «modèle genevois» est également caractérisé par les affiliations doubles aux deux communautés les mieux implantées. Celles-ci sont facilitées par des cotisations essentiellement plus favorables que celles habiituellement perçues en Suisse alémanique. Ce qui s’explique en partie par le fait que les données fiscales ne sont pas publiquement accessibles à Genève. Et que, par conséquent, l’estimation des membres se fait sur base de déclaration personnelle et de négociation.

Biens fonciers et source de revenus

«Nous avons la chance de pouvoir compter sur de généreux donateurs quant à de nouveaux projets, mais les frais pour le personnel de cuisine ou de secrétariat ne sont pas couverts par des sponsors», explique Ron Aufseesser. Afin qu’un planning fiable du budget soit quand même possible, la CIG compte sur les recettes de location de ses ­biens fonciers. Ainsi, l’ancien centre communautaire de la rue Saint-Léger a été, ­après le déménagement il y a trois ans, entièrement renouvelé, et pouvait ensuite être loué à une banque. De même, au nouveau centre communautaire ma.com qui appartenait avant à La Poste, les étages plus hauts sont utilisés par des locataires comme la Swisscom ou une école. Il est donc même envisagé de renforcer ce pilier financier par une surélévation du bâtiment, afin de pouvoir financer le désir d’une grande salle de communauté par ces recettes. Aujourd’hui, la salle de prière, initialement installée de manière provisoire, dans laquelle ont lieu les cultes sépharades, sert aussi de salle de réunion multifonctionnelle.

Les cultes ashkénazes sont par contre tenus dans la synagogue Beth Yaakov qui, en 2009 lors de son jubilé, a été élargie par une salle souterraine. Ron Aufseesser qualifie le bâtiment, situé centralement à la «Place de la Synagogue», de «carte de visite historique» visitée par de nombreuses classes d’école et d’autres hôtes. Une «Commission de dynamisation» devra maintenant développer des idées ultérieures, qui pourraient aller de l’encouragement de la visite des cultes jusqu’à des manifestations pour la formation continue religieuse et une exposition sur l’histoire des Juifs à Genève.

Pas de sociétés parallèles

Même si les cultes sépharades et ashkénazes ont lieu en des endroits géographiquement séparés, Ron Aufseesser conteste résolumentt l’idée qu’il y ait deux sociétés parallèles religieuses dans sa communauté. Même si un fidèle d’origine marocaine peut avoir d’autres conceptions d’une communauté juive ou des tâches d’un rabbin qu’une personne née à Genève, il y a de plus en plus de liens familiers entre les deux groupes. «Vu de la Suisse alémanique», ajoute Sabine Simkhovitch-Dreyfus, «on a souvent l’impression que les Sépharades soient un groupe homogène. Or il y a entre les Turcs, les Iraniens, les Marocains, les Egyptiens et les Libyens des différences aussi grandes que celles entre les Juifs alsaciens, allemands ou polonais.» Les traditions respectives sont toutefois cultivées et encouragée ultérieurement – soit par l’organisation des cours de cuisine alsacienne, iranienne ou marocaine, soit par des minyanim selon les rites différents. «Je trouve particulièrement intéressant de visiter ces derniers à Yom Kippour», dit Ron Aufseesser.

Autant les Juifs sont intégrés solidement aux niveaux social et politique, autant Genève reste quand même le seul canton de Suisse qui interdit à ses minorités religieuses d’enterrer leurs défunts selon leurs propres règles. Pour des raisons historiques, un cimetière juif a été créé à Carouge à la fin du XVIIIème siècle, mais son expansion ultérieure était bloquée par la loi sur les cimetières de 1876. Par la suite, en 1920 un cimetière juif a été inauguré à la localité frontalière de Veyrier, dont la salle de recueillement se trouve sur territoire suisse mais les tombes sur territoire français. En prévision du fait que la limite de sa capacité devrait être atteinte dans 20 ans au plus tard, une révision de la loi sur les cimetières a été proposée, mais elle a subi un échec devant le Conseil d’Etat en 2006. Même si ce dernier a ensuite approuvé un compromis permettant à la CIG de constituer aussi des tombes dans la partie suisse de la surface du cimetière de Veyrier. Les besoins seront donc satisfaits pour les quelque 20 années à venir. Mais, commente Ron Aufseesser d’une voix un peu résignée: «Cette solution pragmatique n’est pas idéale, même si nous devons nous en accommoder.»

Pro-FSCI mais sans passion

Juste avant la fin de sa présidence, statutairement limitée à quatre années, l’avocat Ron Aufseesser souhaitera les 12 et 13 mai la bienvenue aux délégués de la FSCI – pour la première fois de nouveau à Genève depuis dix ans. Et le fait que la soirée d’ouverture soit placée sous le signe de la Diversité juive n’est évidemment pas uniquement dû au hasard. «Cela nous donne l’occasion de mettre en valeur la diversité de notre communauté et de la ville internationale dans laquelle nous pouvons vi­vre.» La question de savoir si l’organisation faîtière juive jouit d’une importance en Suisse romande moindre est pourtant déniée par le président de la CIG: «La plupart des gens reconnaissent le rôle politique important de la FSCI», explique-t-il. En revanche, il manque probablement un enracinement émotionnel, pratiqué pendant des générations comme en Suisse alémanique, admet-il. Tout en précisant q’il ne s’agit pas d’un phénomène spécifiquement juif: «Les Genevois en général se sentent moins fortement Suisses que les habitants d’autres cantons.» ●







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