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Revue Juive Nr.03 2010 Ausgabe: Nr. 3 » May 6, 2010

Des perspectives pas vraiment évidentes

RICHARD DARMON, May 6, 2010
La bataille de Jérusalem s’est transformée en bras de fer israélo-américain mettant en cause un «accord tacite» sur les constructions. Et le succès de la «méthode Obama» pose problème.
JOE BIDEN ET «BIBI» NÉTANYAHOU Dès le début de la rencontre, plusque des divergences


Le combat pour Jérusalem est revenu au centre du processus diplomatique en cours au Proche-Orient : soutenus par les pays arabes, les Palesti­niens insistent – plus que jamais depuis 1948 – pour vouloir en faire la capitale de leur futur Etat. Ce qu’Israël refuse car il est exclu pour lui de diviser à nouveau la capitale «réunifiée» de l’Etat hébreu, seul cœur spirituel et politique du peuple juif. Or c’est précisément sur ce point qu’a éclaté voilà quelques semaines la crise la plus grave jamais enregistrée depuis trois décennies entre Israël et les Etats-Unis...

Après que, en novembre dernier, le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne eut ­adopté une résolution pro palestinienne exigeant «l’arrêt immédiat des activités israéliennes dans la partie Est de la ville» et la création de «la capitale de la future Palestine dans les quartiers arabes de la cité», le président américain, Barack Oba­ma a affirmé haut et fort que Jérusalem-Est est un «territoire palestinien occupé» et que les Israéliens n’ont pas le droit d’y habiter ou d’y construire. Et ce, en contradiction avec la tradition diplomatique américaine prévalant jusque-là et surtout de l’accord tacite passé en octobre dernier avec le gouvernement Nétanyahou sur la légitimité de la poursuite des activités israéliennes de construction dans ce secteur de la ville.

Exploitant l’annonce maladroite du feu vert de l’Etat hébreu à la construction de 1600 logements dans le quartier de Ramat-Shlomo, à l’est de Jérusalem, faite en mars dernier, en pleine visite en Israël du vice-président américain Joe Biden, la Maison-Blanche a tenté d’obtenir de Nétanyahou qu’il gèle toute construction dans cette capitale qu’elle voudrait à terme partager entre Israéliens et Palesti­niens.

L’allié de toujours...

On se souvient que la crise entre Jérusalem et Washington, qui mûrissait depuis l’entrée d’Obama à la Maison-Blanche, avait éclaté au grand jour lors de la visite de Nétanyahou aux Etats-Unis du 22 au 24 mars, en faisant apparaître de sérieuses divergences entre l’Amérique et son «allié de toujours» au Proche-Orient. Au départ, une polémique stratégique de taille entre les deux pays: le lien établi d’emblée par Obama entre le dossier palestinien et celui, beaucoup plus global, du nucléaire iranien.

Estimant en effet que si Israël faisait d’autres concessions à l’Autorité palestinienne (AP) afin de relancer les pourparlers suspendus depuis 15 mois, cela lui amènerait l’aide des pays arabes modérés pour stopper les inquiétants préparatifs nu­cléaires de l’Iran, Obama a accru ses pressions dans ce sens sur l’Etat hébreu. Alors que, à Jérusalem, on estime au contraire que ce n’est qu’une fois le danger nucléaire iranien écarté qu’on saura se montrer plus souple avec l’AP, ce qui n’a pas empêché Nétanyahou de reconnaître en juin 2009 le principe de la création d’un Etat palestinien à l’ouest du Jourdain.

Résultat: malgré ses réticences, le cabinet de centre-droite de Nétanyahou fut en octobre 2009 le 1er gouvernement israélien à geler pour dix mois la construction dans les localités juives de Cisjordanie, sauf à Jérusalem, même si cela contredisait l’accord Oslo 2 de 1994 avec Arafat autorisant les constructions juives au delà de la Ligne verte de 1949 dans l’attente d’un traité de paix – jamais signé – sur le statut final des territoires.

Mais ça n’a pas suffi: affaibli par la division entre le Hamas (qui règne à Gaza) et son parti, le Fatah, qui contrôle 70 % de la Judée-Samarie, le président de l’AP, Mahmoud Abbas, a mis deux autres conditions inacceptables à la reprise des pourparlers: le gel de la construction à Jérusalem-Est et un accord préalable d’Israël sur l’étendue territoriale de son futur Etat qui devrait regrouper peu ou prou les régions conquises en 1967 par Tsahal lors de la Guerre des Six-Jours.

Face à cette surrenchère de l’AP, Obama a lui aussi exigé ensuite le gel des constructions à Jérusalem, estimant (comme l’a déclaré la secrétaire d’Etat Hillary Clinton) que «toute nouvelle construction à Jérusalem-Est met en danger la reprise des pourparlers et expose au grand jour les divergences Israël-USA que les extrémistes de la région veulent exploiter». Nétanyahou devait quant à lui répliquer en disant: «Le peuple juif construisait déjà Jérusalem voilà 3 000 ans tout comme il y construit à présent. Jérusalem n’est pas une implantation, c’est notre capitale!» Or durant les deux tête-à-tête très tendus intervenus le 24 mars dans son Bureau ovale de Washington, puis lors des «négociations secrètes» menées depuis avec Jérusalem, Obama n’a pas pu obtenir de Nétanyahou le gel de la construction à Jérusalem, même si Israël s’est dit prêt à appliquer certaines mesures de confiance comme la libération – sans contrepartie – de centaines de prisonniers terroristes du Fatah.

Des signes de détente ?

Fait intéressant : si cette crise entre Israël et les Etats-Unis n’est pas encore résorbée, il semble bien qu’elle soit gérée ces derniers jours de manière plus prudente et moins passionnelle à Washington. Ainsi, le président Obama a-t-il sans doute tenu compte des protestations qui se sont élevées chez les congressistes et dans l’opinion publique américaine (restée très majoritairement favorable à Israël) contre sa nouvelle politique proche-orientale.

Quant à Nétanyahou, il a fait stopper de facto certains chantiers de construction à l’est de Jérusalem, sans toutefois accepter de renoncer officiellement à construire dans cette partie de la ville. De plus, il aurait marqué quelques points au regard d’Obama en proposant la création d’un Etat palestinien avec des «frontières provisoires» sur 60 % des territoires disputés, tout en demandant en contrepartie un report des pourparlers sur le statut de Jérusalem. Une offre aussitôt repoussée par l’AP…

Or après la visite fin avril – en Israël et à Ramallah – de George Mitchell, l’envoyé américain au Proche-Orient, ce début de climat d’apaisement entre Jérusalem et Washington pourrait permette l’ouverture prochaine des «pourparlers de proximité» entre Israéliens et Palestiniens, et ce, «sans condition préalable» comme on le répète à Jérusalem. Nétanyaou n’a d’ailleurs pas exclu que certaines «idées» soient alors soumises sur l’avenir de la capitale israélienne, tout en précisant que les véritables discussions sur ce thème ne débuteront qu’avec les négociations directes sur le statut final.

Mais, au-delà des péripéties de ce bras de fer Jérusalem-Washington, on peut se demander comment la « méthode Obama » pourrait réussir là même où tous les autres présidents américains ont échoué depuis plus de quatre décennies…






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