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Revue Juive Nr.01 2010 Ausgabe: Nr. 1 » February 18, 2010

Un nouveau livre sur l´Histoire de la culture européenne

Barrett Pashak, March 25, 2010
Avec Homère, Moïse, Aristote (et quelques autres)... Ou comment peut se revisiter un mot qui faisait sortir son revolver à certain haut gradé nazi.

Martin Rodan, professeur de littérature française à L´Uni­versité Hébraïque de Jérusalem vient de publier chez l’éditeur suisse Peter Lang un nouveau livre «Notre culture européenne, cette inconnue.» Cet ouvrage qui se réfère à l´analyse culturelle du philosophe Constantin Brunner, procède de l´idée que le concept de génie est la clef de la compréhension des fondations des cultures. Rodan présente dans cette perspective l´histoire culturelle d´Europe. Il commence avec Homère, montrant comment ce grand génie de l´art est la source de tout ce que nous comprenons comme constituant la culture grecque. Ensuite, il présente Moïse comme l´initiateur du deuxième fil de la culture européenne, celui des religions monothéistes. Le développement de ces cultures est explicité comme un processus complexe d´imitations, de matérialisations et de réalisations des idées et des idéaux de leurs grands fondateurs. Chaque culture atteint finalement son sommet dans les personnes des génies, artistes, philosophes ou prophètes, dont les actes, les paroles et les œuvres expriment l´idéal du fondateur.

Rodan démontre ensuite comment chacune de ces cultures subit un déclin. Dans le cas des Grecs, c´est l´alliance des représentants du pouvoir et de la science qui avilit l´idéal socratique. Cette alliance a été scellée par Aristote et Alexandre, et elle continue à définir notre civilisation jusqu’aujourd´hui. Suite à la collaboration entre la superstition populaire avec la scolastique oppressive, la culture mosaïque, elle aussi, est dégringolée, finissant par établir le monde médiéval. Et encore, ce processus se poursuit même jusqu´à nos jours, bien que jamais ouvertement avoué. L’écroulement du Moyen Age est dû au rétablissement des fils jumeaux de son origine, à savoir les cultures homérique et mosaïque authentiques. Cette récupération fut le projet de la Renaissance et de la Réforme, et elle atteint son apogée avec Spinoza, qui devient de cette façon le fondateur de la culture européenne moder

Un orgueil outrecuidant

Le monde moderne est cependant perçu comme un tourbillon de tendances et d´idées contradictoires, formé par une technologie robotique qui prend le dessus conjointement avec l’orgueil de l´homme outrecuidant dans ses triomphes sur le monde matériel. Ce développement va à l´encontre de l´enseignement de Spinoza qui accentue toujours la primauté de l’intuition holistique sur un rationalisme réducteur. Dans le chapitre sur «le siècle des génocides», Rodan montre que la Shoah des Juifs d´Europe fut aussi la conséquence effroyable d´un cynique mésusage de la pensée occidentale. Le dernier chapitre du livre est consacré à la civilisation mondiale contemporaine, qui d´une part ouvre l´espace à l´homme pour une pleine réalisation de ses capacités physiques et intellectuelles, mais d´autre part menace de le priver de son individualité et de son identité.

Malgré le fait que ce livre est très concis et complètement concentré sur son sujet, il contient une quantité énorme de faits, de citations et de références. Il est à cet égard tout à fait conforme à la méthode du travail de Brunner et de ses commentateurs: une vaste érudition est déployée pour présenter un sujet complexe de façon minutieuse et néanmoins attrayante. En utilisant cette méthode de Brunner, Rodan a réussi à présenter l´histoire entière des cultures de l´Occident d´une façon facile à lire et tout à fait convaincante. En bref, ce livre est une source excellente pour la compréhension du phénomène de l’histoire de la culture. Surtout. la discussion sur la culture et la littérature françaises est une joie à lire et pourrait s´avérer utile aux étudiants et aux professeurs. Les chapi­tres qui présentent la culture grecque sont d´une fraîcheur remarquable.

Le livre contient des éléments de fantaisie, d´esprit et des jeux de mots. L’intrigue est présentée comme un dialogue entre le narrateur et ses divers appareils ménagers: son ordinateur, son encyclopédie, son projecteur, son réfrigérateur et sa bien-aimée poupée gonflable. Cette astuce s´avère efficace et elle est aussi très amusante. Il faut avoir un courage considérable pour renoncer au sérieux des exposés érudits dans une présentation intellectuelle de l´Histoire. Le livre est néanmoins complété par l´index et par une vaste bibliographie des œuvres citées ou mentionnées dans le texte.

Nouveau Montaigne?

Le récit s´ouvre comme une tentative de narrateur de convaincre ses appareils de lui imprimer un passeport européen. Il parie que s´il réussit à présenter de manière convaincante l´histoire de la culture européenne par les œuvres d´une poignée de génies, alors il méritera le passeport. Je ne sais pas s´il obtiendra son passeport à l’Europe; mais il nous a ouvert la voie
pour une meilleure compréhension des chefs-d´œuvre des grands hommes de l´humanité.

Il s’agit aussi d’un travail profondément personnel. A la fin, on sent qu’on connaît vraiment Martin Rodan: son humour, sa passion, sa connaissance, sa ­bienveillance, et même ses regrets. Il nous confie qu´il écrit dans l’esprit de Montaigne c´est-à-dire quand il décrit le monde, il peint en effet soi-même. Ici, il n´y a pas de développements des ques­tions pratiques, aucune corrélation avec les sciences naturelles ou sociales, et certainement aucune prescription politique. Rodan reste dans le royaume exclusif de la pensée, laissant à chacun de ses lecteurs la formation d’une praxis vivante basée sur cette pensée. C´est justement cet esprit de liberté qui est la qualité la plus attrayante de ce livre.






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