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Revue Juive Nr.04 Ausgabe: Nr. 4 » September 17, 2009

Les quatre temps du «nouvel an» juif

Gilles Bernheim, 
grand rabbin de France, December 10, 2009
Selon la lecture qu’en fait le grand rabbin de France Gilles Bernheim, la Michna nous enseigne que, de Tichri à Eloul, l’année juive commence à... quatre reprises. Explications.
LE CHOFAR Rigoureusement interdits les jours de Shabbat, ses sonneries sont codifiées de manière extrêmement précise et significative

On fête en ce jour la création de l’homme. Mais Roch ha-chana inaugure un autre commencement, celui de notre vie intérieure, susceptible de renaître, d’aller à neuf vers un avenir ouvert. C’est pourquoi s’amorce en ce jour un travail de mémoire, un difficile retour sur soi, lesquels nous livrent, dépouillés, au jugement divin. Le son du chofar timbre à nos oreilles, à nos cœurs. Déjà des pleurs, ou bien des soupirs, des sanglots.
La Michna enseigne à propos de l’expression Roch ha-chana que, en fait quatre “nouvel an”, et non pas un seul, ponctuent l’année juive. Le Roch ha-chana du mois de tichri marque le rappel de la création du monde et de la naissance de l’humanité. La formation d’Israël en tant que nation est célébrée au premier du mois de nissan, qui est lui-même le mois de la sortie d’Egypte. Renvoyant au politique, cette date était aussi celle retenue par le peuple hébreu pour l’investiture des rois. «Le Roch ha-chana des arbres» se fête au quinze chevat, marquant le renouvellement de la nature à la fin de l’hiver. Quant au nouvel an fiscal, il se situe au premier éloul.
Ce calendrier n’est pas conçu en fonction d’un cycle astral, et ne répond à aucun ordre cosmique dont il serait le reflet; mais c’est un calendrier à quatre “têtes”. Chacun de ces repères a pour vocation de susciter un bilan et de provoquer un travail de conscience tant au niveau des valeurs que de l’engagement. Mais en quatre temps, orientés chacun sur un autre axe, un autre niveau de notre inscription au monde: dans ce qui fonde notre humanité en tant qu’être moral d’une part, en tant qu’être de nature d’autre part, puis dans ce qui nous constitue tant au plan politique, social qu’économique.
Mais il y a plus: au-delà du travail de conscience, c’est un travail de mémoire spécifique qui est requis pour chacun des “nouvel an”. L’histoire du peuple juif vise à s’édifier sur la reconnaissance de quatre “dettes” fondatrices et structurantes, c’est-à-dire ce sur quoi et à partir de quoi une histoire peut avoir lieu.
Fêter la naissance de l’humanité à Roch ha-chana, c’est fêter d’abord la création d’un espace de liberté où l’homme a pour mission de parachever l’œuvre commencée par D-ieu.
Célébrer le nouvel an des arbres, au moment dit-on où la sève se reprend à circuler en eux, nous engage à une égale reviviscence de notre vie intérieure.
“Le nouvel an des rois” doit forcer l’évocation de la sortie d’Egypte dans notre regard au politique. La mémoire de la sortie d’Égypte en ce sens, c’est le rappel de la constitution d’une société à partir d’une maturité de ses membres, dans l’achèvement d’un travail d’identité, et dans la perspective d’un espoir collectif dont la réalisation n’est pas immédiate mais à venir.
Le nouvel an des prélèvements et des dîmes renvoie plus précisément à la question de la dette. La dette est une contrainte qui empêche d’envisager l’avenir, elle force l’attention à se concentrer sur le passé. Elle interdit en quelque sorte qu’on regarde à nouveau vers le futur tant qu’on ne s’est pas acquitté de ce qui nous retient dans le passé, un passé qui précisément «ne passe pas», qui ne fait que se répéter dans l’exigence réitérée des créanciers (c’est l’une des raisons de l’interdiction du prêt d’argent à intérêt dans la Torah). Le fait de ne pas payer ses dettes oblitère par ailleurs la possibilité de se repentir, car se repentir signifie précisément pouvoir envisager un avenir différent du présent et du passé. Or si la vie est tout entière absorbée par le remboursement des dettes, il est impossible qu’elle bénéficie d’un regard neuf et libéré, capable de prendre un certain recul, et de se dégager de l’activité répétitive ou monotone. D’où la nécessité d’un nouvel an pour la fiscalité d’Israël, suggérant ainsi un regard neuf sur les devoirs et les dettes d’argent.
La place centrale faite à la techouva, au repentir à Roch ha-chana comme à Kippour, implique comme autant de conditions de ce repentir, la prise en compte des «quatre dettes fondatrices» marquées par les quatre nouvel an. Roch ha-chana les récapitule pour témoigner que l’existence d’une communauté, voire d’une nation, est aussi bien l’instrument de la réalisation d’un projet global pour l’humanité, que le «laboratoire» des relations avec autrui, dans leur inscription dans la nature, le temps historique et le monde. Puissent nos prières du mois de tichri réaliser nos vœux de santé et de réussite pour chaque membre de notre communauté, et de paix pour Israël.



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