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Revue Juive Nr.04 Ausgabe: Nr. 4 » September 17, 2009

Le vaste problème de la transmission

December 10, 2009
Après l’interview de l’auteur et le point de vue du professeur Jacques Ehrenfreund, nous publions aujourd’hui un extrait de la réflexion du professeur Maurice-Ruben Hayoun. Intertitres et coupures de la revue juive.
SHLOMO SAND Des éléments biographiques à tout le moins influents

L’essai de Shlomo Sand continuant à susciter la polémique, et notamment à fasciner ceux qui n’admettent pas l’existence d’un peuple juif sur une terre sienne, les réactions continuent de nous parvenir. Aujourd’hui, nous publions des  extraits de celle aimablement transmise par le  professeur de philosophie juive à l’Université de Genève Maurice Ruben-Hayoun. On peut en lire la totalité sur le blog de la «Tribune de Genève» (mrhayoun.blog.tdg.ch).    
«Voici un livre qui doit vraisemblablement son existence à deux préalables: l’un relève de la vie personnelle de l’auteur (...) tandis que l’autre part d’une rivalité, voire même d’une opposition entre deux chapelles universitaires: les historiens du judaïsme qui forment un bloc à part dont M. Sand se sent injustement écarté, et celle des départements d’histoire générale, dont fait justement partie l’auteur. Le problème est que ce ressentiment  transparaît tout au long de l’ouvrage et en compromet la portée et la valeur.(...)Car, avec du ressentiment, on peut tout faire, sauf de l’Histoire.
»(...)Ce livre pose aussi le douloureux problème de ceux qui, vivant en Israël ou souhaitant s’y établir, se voient rappeler, le cas échéant, le caractère douteux de leur ascendance juive aux yeux des autorités religieuses, seules habilitées à déterminer le statut personnel des citoyens juifs de ce pays.(...) L’aspect autobiographique qui constitue l’arrière-plan de cet n’est pas nié, bien au contraire, il figure même dans les toutes premières pages.

Du «négasionisme»?

»(...) L’auteur va même jusqu’à nier la continuité historique [juive] qu’il résume en une formule lapidaire: de l’exil jusqu’à la Shoah. Il prône donc une évidente discontinuité dans l’héritage du peuple juif là où l’historiographie, religieuse ou laïque, opte résolument pour une continuité presque sans faille.
»(...) Les connaissances de l’auteur de ce livre en matière de religion juive semblent parfois laisser à désirer: il aurait dû savoir que déjà dans la Mishna Avot, on indiquait qu’il ne manque (théoriquement) aucun chaînon  dans la transmission qui commence avec Moïse au Sinaï et se poursuit avec les maîtres du Talmud… C’est assurément une vue de l’esprit, mais cela s’appelle la tradition, en hébreu la chaîne traditionnelle, sharshérét ha-qabbala…
«(...)Déroulons de proche en proche, les conséquences des affirmations de M. Sand: le peuple qui se dit juif, depuis l’exil de 70 (dont l’auteur nie l’existence), oui, tous ceux qui se disent juifs aujourd’hui en se considérant comme les descendants et les héritiers des anciens Hébreux ou Judéens, assument une identité qui n’est pas la leur…  C’est tout de même un peu triste à lire… Et les Israéliens et les juifs, en général, auront dû attendre ce grand historien pour le leur apprendre et leur révéler la  vérité sur eux-mêmes…
»D’ailleurs, un peu plus loin dans son livre, M. Sand dit ne pas comprendre que l’on accorde aux juifs du monde entier (par la Loi du Retour), le droit de s’établir à tout moment sur la terre d’Israël, bien qu’ils n’aient pas de lien direct avec Eréts Israël (que l’auteur met toujours en guillemets), tandis que de «pauvres citoyens arabes», pourtant nés sur cette même terre, sont privés de cette prérogative… En d’autres termes, l’Etat d’Israël se voit contester le droit d’être un Etat juif. De même, d’ailleurs, que l’histoire juive n’aurait pas, selon notre auteur, le droit de se constituer en discipline scientifique spécifique mais devrait se fondre sagement dans le giron de l’Histoire générale…  En fait, si Heinrich Grätz, le père de l’historiographie juive moderne, avait écrit vers 1845 un texte intitulé La construction de l’histoire juive, M. Sand propose, quant à lui, un essai sur sa déconstruction systématique(...).»

Bible et historicité

«(...) Mais l’auteur tente de  prendre le problème à la source et se penche sur la littérature biblique dont il sonde la fiabilité. La critique biblique, en tant que discipline académique est tout juste effleurée dans ce livre alors qu’elle aurait dû y occuper une place de choix. (...) Certains éléments de base eussent été plus clairement rappelés s’il avait vraiment lu ou simplement parcouru les travaux de Gerhard von Rad ou ceux, moins connus mais tout aussi importants, de Albrecht Alt. Il cite deux ou trois noms, dont celui de Martin Noth: mais en a-t-il fait son profit? Et on ne parle même pas du Talmud qui avait relevé les contradictions et les anachronismes du texte biblique, soulignant que la Bible ne se voulait pas un Précis d’histoire avec des dates exactes et autres…  Des commentateurs bibliques du Moyen Age emboîtèrent le pas à la littérature talmudique, comme, par exemple, Abraham ibn Ezra en lequel même un homme aussi critique que Spinoza voyait le père de la critique biblique.
Mais voilà, cette littérature fait partie de la chasse gardée des spécialistes d’histoire juive, un secteur (voir supra) que l’auteur ne voit  pas d’un très bon œil et dont il conteste la légitimité. (...)»
Des cinq origines possibles à la trilogie livre-peuple-terre via l’historicité de la bible, les conversions massives ou la mythologie et la mémoire greffée, avec l’érudition et le sens critique qu’on lui connaît, M.Hayoun détaille et discute ensuite très longuement les affirmations de ShlomoSand. A lire sur mrhayoun.blog.tdg.ch    [rj]






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