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Revue Juive Nr.03 Ausgabe: Nr. 1 » May 7, 2009

Une Flamme Inconnu et à decouvrir

Olivier Kahn, September 17, 2009
Clef pour la compréhension de la Shoah, le film presque éponyme a laissé sans souffle la majorité des spectateurs depuis 1985. Avec ses «Mémoires», l’auteur récidive. Et fait se dire que le sien est entier.

Comme le Mont-Blanc ou le Cervin qui le fascinent tant, la personnalité, l’art et la manière de l’auteur de «Shoah» se reconnaissent de loin. Pour se nuancer considérablement au fur et à mesure qu’on les  approche. Au long des souvenirs et réflexions commentant ses 84 ans d’existence, le réalisateur de «Pourquoi Israël», «Tsahal» ou «Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures» apparaît bien sûr dans quelques-unes de  ses grandes constantes. Mais, avec ce qui a entouré ou sous-tendu  son engagement  quasi permanent (armé dans la Résistance à 17 ans, comme militant anticolonialiste pendant la guerre d’Algérie, ou encore en Juif aussi résolument engagé pour Israël que profondément attaché à sa francité) c’est un Lanzmann parfois  inconnu qui apparaît.
De A comme Arendt à Z comme Zweig en passant par Begin, Ben Gourion, Bouteflika, le dalaï-lama, Fanon, Genet, Grossman, Hillberg,  les Lazareff, Nasser, Sharon ou son cher Marcel Wormser (parmi quelque 1000 noms indexés…), le lecteur est invité à une trépidante chevauchée  sur huit décennies. Mais, si les Mémoires du directeur de la revue «Les Temps modernes» font  prendre part à celui qui passe, ils procèdent aussi d’un continuum très particulier. Car si la chronologie n’en est pas tout à fait absente, elle cède le pas à une réflexion procédant par associations. Ou par liens prenant la forme de rebonds ne devant vraisemblablement rien au hasard, fût-il inconscient, mais obéissant à la logique et continuité intérieure propres à l’auteur.
Ainsi de l’ouverture sur son horreur de la peine de mort, la guillotine et ce qu’il appelle son absence de cou, qui transporte  presque directement à la Résistance armée (dans laquelle, lycéen à Clermont-Ferrand, il s’engage très activement) pour revenir à la découverte d’Israël. Ou encore de la chute du livre en forme de 2ème explication de son titre venant au terme d’une «revisitation» de «Shoah». Entre ces deux pôles, sa famille, ses proches, ses amours, ses amitiés, combats, ou  inimitiés, quelques erreurs et de doutes défilent avec des bonheurs divers.
La «famille» formée avec Sartre et Beauvoir tient  évidemment une place particulière. Mais, de même que l’on peut se demander s’il était indispensable que l’auteur explique comment sa mère quitta son père pour fuir les tendances sodomites de ce dernier (par ailleurs grand résistant lui aussi), on peut préférer les échanges philosophiques ou politiques du trio aux confidences sur l’haleine fétide du «Castor» lors de ses crises d’hystérie. Idem avec le fétichisme de Deleuze ou certains autres réglements de compte voire, parfois, prises de posture.  Autant de réserves qui ne doivent cependant pas occulter l’essentiel. Car il est souvent question de courage dans les faits qu’évoque Lanzmann. Et de son corollaire la peur dont seuls peuvent parler ceux qui ont combattu. Après avoir «pris les armes», puis milité activement pour les indépendantistes algériens, l’auteur qui ne voyait pas de contradiction à écrire simultanément pour «France-Soir», «Elle» et «Les Temps modernes» a pris fait et cause pour Israël. En frôlant parfois l’aveuglement militant diront ceux qui lui reprochent sa proximité avec Sharon; en parfaite cohérence avec la redécouverte de sa judéité (via «La Question juive»…) dit-il. Parallèlement à cette revisitation des 12 années de sa vie consacrées à concevoir puis rendre possible et réaliser «Shoah», une période souvent évoquée mais – à notre connaissance –  comportant ici de troublantes révélations, ces pages sont non seulement importantes mais véritablement  belles.



Elles donnent tout son sens au mot «Mémoires», la catégorie dans laquelle  l’éditeur  a classé cette œuvre malgré les réticences proclamées de l’auteur. Et ce masculin pluriel est encore plus signifiant si l’on prête attention au fait que, tout dicté avant d’être retravaillé qu’il a pu être, ce texte magnifique est dédié à un encore tout jeune fils prénommé Felix.   

«Le Lièvre de Patagonie». Editions Gallimard,  557 pages.



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