Juif en Suisse ou Suisse juif…
Dans le genre saga de famille sur papier faisant presque plus fort que la TV et le tout-électronique, l’œuvre de l’écrivain juif zurichois autour de l’emblématique communauté d’Endingen essaimée à Baden et Zurich demeurera un cas. écrite pour les Juifs de Suisse (éventuellement aussi Suisses juifs…), elle a d’abord conquis l’Allemagne et les Pays-Bas. Puis maintenant la France où l’on parlait même d’un prix littéraire… Or, justement, comme toute bonne série ¬télévisée (indépendamment de nombreuses chansons, l’auteur a signé plusieurs sitcoms dont «Fascht e Familie» et «Fertig Lustig»), le pavé de Lewinsky est construit selon le principe de la boucle autour d’arborescences ayant certaines récurrences pour ressort. Sans déflorer le plaisir de sa lecture, on peut donc dire qu’on y retrouve cycliquement le personnage ou plutôt l’esprit principal éponyme. Dont la présence est d’autant plus prégnante qu’il est censé être absent mais, tout filigranesque que soit son rôle, a une fonction des plus importante tout au long des cinq époques, concues comme autant
de tableaux traversés par les familles Meijer, Pomeranz, Pollack et Kamionker entre 1871 et 1945.
Autant que Salomon, «Janki», Golda, Hannele ou Rachele et Golda, la hevra, le beheime et les tissus fins (de France…) puis la médecine et des professions de plus en plus «en vue» jouent des rôles particulièrement importants dans l’histoire de cette mischpo’he. Dans laquelle plus d’une famille juive suisse ashkénaze se reconnaîtra et que l’on dirait droit sortie d’une adaptation des livres faisant actuellement florès sur les communautés. Entre la tentation de l’assimilation, voire de la conversion, les sirènes du communisme, la Mob, le péril du nazisme, la Shoah, le grand espoir du sionisme ou le sort du mamzer et les joies ou difficultés de la différence, elle parcourt toutes les strates du paysage mental juif ashkenaze depuis la fin des guerres napoléoniennes. Mais, que ce soit à travers les combats (gagné pour le droit de cité, perdu contre l’interdiction de la she’hita), certaines variations judéo-alsaciennes à résonances aujourd’hui presque «lacaniennes» (Désirée et la déchirée…), le fantasme d’une nièce «visitée», les considérations morales ponctuant le récit ou les interprétations successives de la halakha face à la modernité, voire les odeurs ramenées de tous les pays traversés, l’oncle Melnitz revient toujours. Avec des histoires de deuil et de vie qui ne semblent pas nées que par hasard…
Grasset, 776 p
A l’invitation de la LICRA, lundi 17 novembre 2008, à 20 heures 30, Salle des Vignerons du Buffet de la Gare de Lausanne, Charles Lewinsky s’exprimera sur le thème: «Suisse juif ou Juif suisse».


