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Revue Juive Nr. 11 Ausgabe: Nr. 11 » November 13, 2008

Comment Obama gouvernera-t-il ?

November 13, 2008
Editorial

Calcul. Dans ces premiers jours qui suivent la victoire historique du fils d’un Kenyan et d’une Blanche du Kansas, on ne parle que peu de l’un des secrets du succès de la campagne électorale de Barack Obama: la manière froidement calculée dont Obama a rapidement relégué au second plan ses principes, afin de régler à temps les problèmes qui auraient pu menacer ses chances électorales. Les exemples sont nombreux: d’éminents Afro-Américains, comme le révérend  Al Sharpton ont en permanence été empêchés de faire scandale avec des dia¬tribes embarrassantes, car Obama ne voulait pas attiser les réserves des Blancs peu cultivés. L’équipe d’Obama n’a pas soufflé mot, lorsque les républicains ont utilisé sous une forme méprisante des termes comme «arabe» et «musulman» lors de leurs manifestations électorales. Seul  Colin Powell a exprimé son indignation à propos de ces maladresses au plus haut point antiaméricaines. Et lorsque la télévi¬sion Fox, réputée pour ses idées de droite, a traité de « terroriste » l’historien Rashid Khalidi, professeur à l’Université de Columbia à New York et descendant d’une très ancienne famille de Jérusalem, Obama n’a pas non plus eu le moindre mot pour défendre son ancien voisin de Chicago.  Il était probablement trop important de ne pas froisser les électeurs juifs, dont Obama a cherché avec ténacité et succès à s’attirer les sympathies. Depuis 20 ans, le prochain président est évidemment très populaire auprès de la communauté juive de Chicago, mais il a cherché à éviter tout risque dans sa campagne électorale, même le moindre soupçon de sympathie avec les musulmans, les Arabes et surtout avec les Palestiniens. 



Mise en scène. Les campagnes électorales sont des mises en scène. Rien ne peut y changer. Mais que – justement – Obama, qui a agité le fanion de la justice et de l’égalité des chances dans son programme de changements, n’ait eu aucun scrupule à taire ses principes et certains aspects compliqués de sa biographie pour ne pas compromettre son succès, soulève la question de savoir comment il gouvernera. Obama aura-t-il, pour l’amour de la vérité et le bien à long terme de la Nation, l’entendement et les nerfs nécessaires pour aller jusqu’à irriter des groupes d’électeurs importants, des fractions ou des alliés ? Balaiera-t-il sous le tapis des conflits jusqu’à ce qu’ils se changent en crises, afin d’obtenir des résultats positifs dans les sondages?

Détermination. Ces questions ne doivent pas mettre en doute la légitime euphorie qui règne après la victoire d’Obama. Toutefois cet homme de 48 ans, malgré tout son talent, et un étonnant mélange de flegme et d’autodiscipline, n’a jamais vraiment consenti à s’engager dans des combats difficiles sur des questions politiques spécifiques. C’est peut-être la raison pour laquelle Obama a rendu public, le jour même de son élection, le nom d’une personnalité qui signalise sans équivoque sa détermination à vouloir parfois ôter ses gants de velours si besoin est: Obama a demandé au député démocrate Rahm Emanuel, de Chicago, de prendre le poste de chef de cabinet  à la Maison-Blanche. M.Emanuel, 49 ans, a été un conseiller de premier plan dans l’administration Clinton. Outre une extraordinaire intelligence, on lui prête également une extrême dureté en politique, qui confine à l’absence de scrupules. Il conviendrait parfaitement dans le rôle d’exécuteur et de dompteur dans le gouvernement Obama. De plus, M. Emanuel est Juif. Et le rôle éminent qui lui serait attribué serait donc accueilli comme un signal ¬positif au moins par un groupe d’électeurs d’Obama.



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