logo
Revue Juive Nr. 9 Ausgabe: Nr. 9 » October 9, 2008

Révélation d’une stèle

Gisela Blau, October 9, 2008
DAVID JESELSOHN Plus qu’à une manie, sa passion de la collection ressort à un pur amour de l’art

La vision de Gabriel
La résurrection après trois jours est inscrite dans la tradition juive. C’est ce que révèle une épitaphe datant du Ier siècle avant notre ère. Lorsque David Jeselsohn acheta, il y a près de dix ans, la stèle sur laquelle était écrit ce texte, il n’avait encore aucune idée de son contenu explosif.

Le monde des spécialistes bibliques et des théologiens chrétiens est en ébullition. La cause en est une épitaphe, vieille de plus de 2000 ans, écrite sur une stèle, et dont personne ne met en doute l’authenticité. A la ligne 80, l’archange Gabriel ordonne impérativement à quelqu’un de ressusciter dans les trois jours et de vivre. «Hayé», vis, commande l’auteur de la ligne. S’il en est ainsi, cela montre que la résurrection dans un délai de trois jours était inscrite dans la tradition juive de son époque et n’est donc pas une unicité chrétienne après la crucifixion de Jésus. Rien d’étonnant dès lors que le monde scientifique frémisse. Le texte écrit sur la stèle est généralement appelé «Vision de Gabriel» ou «Révélation de Gabriel».  Sous les titres anglais («Gabriel’s Vision » et «Gabriel’s Revelation») Google livre déjà plus de 10,7 millions de citations, respectivement 1,75 millions de pages à ce sujet. En cherchant sur la «Pierre du Messie» («Messiah Stone) ou sur «La Pierre de Jeselsohn», on tombe également sur nombre de textes. Car David Jeselsohn de Zurich est le possesseur de la stèle. Et pendant longtemps, il ne savait pas combien  était explosive la nouvelle acquisition de sa collection.

Une découverte moyenâgeuse
Depuis 40 ans, Jeselsohn collectionne des pièces archéologiques de la région méditerranéenne orientale en rapport avec
l’histoire juive, la Bible et Israël. Notamment des tessons de poterie ornées d’inscriptions («ostraca»), des lampes à huile, pièces de monnaie, écrits, etc. Diplômé en sciences économiques, il s’installa à l’époque pour une douzaine d’années en Israël et fit des études complémentaires en archéologie à l’Université de Tel-Aviv. Dans les milieux spécialisés, il est considéré comme un collectionneur éclairé.
Un jour, un marchand d’antiquités jordanien lui proposa une tablette de pierre ornée d’écriture hébraïque. Jeselsohn s’en fit envoyer une photographie, alla examiner la pierre aux dépôts francs de Zurich, se décida enfin à l’acheter et l’emmena chez lui. Un texte de 87 lignes écrites à l’encre, en deux colonnes comme dans la Torah ressort clairement sur la tablette de pierre d’à peine un mètre de long et 40 cm de largeur. La stèle présente deux cassures et certains mots sont partiellement effacés. Mais Jeselsohn, qui sait lire les textes anciens non seulement en hébreu, mais également en araméen et grec, put déchiffrer des mots comme «Israël», «Dieu d’Israël» «Jérusalem». Il pensa que la découverte datait du Moyen Age.  «Heureusement que la pierre a manifestement été conservée au sec et était recouverte de sable», dit le collectionneur, «Sinon l’écriture aurait certainement disparu.» Il attire l’attention sur le fait que le délai de trois jours se retrouve à maintes reprises dans le judaïsme, par exemple chez Abraham, Moïse et le prophète Hosea.

Un manuscrit en pierre
Il y a trois ans, Jeselsohn reçut à Zurich la visite d’experts israéliens en écritures bibliques, qui voulaient faire une étude sur sa collection de tessons ornés d’inscriptions. Le collectionneur raconte comment il leur montra enfin sa stèle et le déclic qu’elle provoqua chez Ada Yardeni, paléographe de renom. Il lui donna la permission d’en faire une copie, et elle lui attesta qu’il possédait un «manuscrit en pierre». Des indices linguistiques et formels lui permirent de dater la pierre du dernier siècle avant notre ère, dont datent également les manuscrits de Qumran.
La tablette n’est cependant pas l’objet qui touche de plus près le collectionneur. «Le verre doré, présenté dernièrement dans un article, est plus proche de mon cœur, dit-il. Et également l’empreinte du sceau du roi Hiskia ou le morceau d’une cruche, sur lequel apparaît pour la première fois le nom de Bar Korba.» Il refuse de se prononcer sur la valeur de la stèle. «Que vaut Mona Lisa» répond-il en souriant à la question?

Un messie avant Jésus
Il y a environ un an, Ada Yardeni et Binyamin Elitzur, experts en écriture hébraïque, ont longuement étudié l’inscription dans un article qu’ils ont rédigé pour le magazine israélien «Cathedra». Pour Israël Knohl, professeur en Etudes bibliques à l’Université hébraïque de Jérusalem, cette pierre pourrait étayer l’édifice qu’il avait déjà commencé à construire dans de précédentes interventions. Il avait publié, en l’an 2000, le livre «L’autre Messie», qui présente la thèse d’une révolte juive en Israël, qui aurait eu lieu après la mort du roi Hérode, en l’an 4 avant notre ère, et aurait été brutalement mâtée par l’armée d’Hérode et les Romains. Le «Messie assassiné», fils de Joseph, mentionné pour la première fois dans le Talmud (Soukka 52a), s’appuierait sur des faits historiques. L’historien Flavius Josèphe, rapporte comment Simon, un insurgé de la maison de David, qui se nommait roi et vivait en Transjordanie, a été tué par un général. L’endroit où la stèle a été découverte pourrait effectivement se trouver en Transjordanie, mais le marchand d’antiquités est décédé et sa famille ne sait rien de plus à ce sujet. Knohl a taxé la mort de «L’autre Messie» de nécessaire pour faire vivre la rédemption du peuple juif. S’appuyant sur les écritures apocalyptiques, il parvient à la conclusion que l’on croyait déjà à une résurrection dans les trois jours et à la montée au ciel dans un char. La tablette de pierre de Gabriel étaye la thèse de Knohl. N’y est-il pas écrit quelque chose à propos de «mon serviteur David» et d’un Prince des Princes? Knohl a réussi à déchiffrer le mot «vis», que Yardeni a accepté.

Objet pour le Musée d’Israël
L’inscription sur la stèle a officiellement fait sensation après que le correspondant du «New York Times» en eut parlé en juin, juste avant l’ouverture de la conférence sur les 60 ans de la découverte des manuscrits de la mer Morte, à Jérusalem. Du côté chrétien, dit Jeselsohn, il faut s’attendre à trois sortes de réactions: indifférence, excitation, surtout dans les très religieux Etats du Sud des Etats-Unis, et la conception que Jésus était un personnage historique, mais essentiellement juif.
«Nous devons considérer l’histoire sous l’angle des temps extrêmement troublés de l’époque», dit Jeselsohn. «Ils étaient marqués pas des mouvements d’indépendance et des idées ésotériques. Les canons de la Bible n’étaient pas encore fixés, Jésus et ses adeptes formaient une secte dans le judaïsme. Vint alors Paul, puis l’acceptation des chrétiens par l’empereur Constantin le Grand qui marqua le commencement de leur triomphe. La découverte de la stèle renforce la compréhension de Jésus, le texte n’enlève rien.»
Il n’a pas encore été possible d’étudier à fond tous les mots de la pierre, même
s’ils sont lisibles, comme par exemple «Kitoth». Toutes sortes de savants se penchent maintenant sur le sujet. La stèle repose pour le moment en sécurité dans des conditions climatiques optimales et devrait un jour être exposée au Musée d’Israël à Jérusalem, où les visiteurs peuvent admirer déjà bien d’autres superbes exemplaires de la collection Jeselsohn. C’est lui qui préside aussi les Amis suisse du Musée.

     Gisela Blau


» zurück zur Auswahl